Ed Atkins: la tyrannie technologique

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S'il y a une expo à voir en ce moment, c'est bien celle du Britannique Ed Atkins à DHC/ART. Pour l'originalité de son expression par la vidéo, ce qui va combler les geeks de la génération Y. Et pour son message sous-jacent : vivez pleinement votre vie sans être esclave de la technologie...

Au centre, Even Pricks, 2013, projection vidéo avec... (Photo Marco Campanozzi, La Presse) - image 1.0

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Au centre, Even Pricks, 2013, projection vidéo avec son multicanal 5.1, 8 minutes, en boucle. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Gavin Brown's enterprise, New York/Rome

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Au centre, Hisser, 2013, projection vidéo avec son... (Photo Marco Campanozzi, La Presse) - image 1.1

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Au centre, Hisser, 2013, projection vidéo avec son multicanal 5.1, 21 minutes 51 sec, en boucle. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Gavin Brown's enterprise, New York/Rome

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Il est toujours captivant et en même temps troublant de se trouver devant une oeuvre qui, à première vue, ne vous parle pas. Quand on n'est pas de la génération des jeux vidéo et des images générées par ordinateur, c'est un peu ce qu'on ressent au début avec les immenses projections d'Ed Atkins. Et pourtant... 

Présentées sous forme d'installations à DHC/ART, les vidéos du petit génie britannique m'ont littéralement absorbé, envoûté et, disons-le, conquis. Dans Ribbons, une vidéo de 13 minutes, un jeune homme torse nu, un peu perdu (« bankrupt » est tatoué sur son front), s'enivre. On assiste à sa déchéance nocturne (« in ribbons » signifie « en lambeaux ») et aux symptômes de sa dépression. Atkins traite le personnage de lâche, d'« asshole ». Un personnage qui a tatoué « fuck the hater » sur la poitrine, mais c'est lui, en quête d'amour, qui semble se haïr. 

Lyrique, Ribbons a aussi son moment de grâce quand le personnage finit par se réfugier dans la spiritualité et dans l'art, fredonnant un passage de la Passion selon saint Matthieu de Bach. « Mein Gott... Mein Gott... »

Atkins s'intéresse à l'éthique de la vie humaine, à l'évolution de la notion d'identité, à la nécessité de réaliser l'importance de la vie, au fait aussi que nous sommes tous uniques et, en même temps, liés les uns aux autres. 

Ce lien apparaît dans Safe Conduct, une vidéo projetée sur trois assemblages de quatre écrans suspendus. Une vidéo parodique sur les rocambolesques mesures de sécurité dans les aéroports du monde entier et dans laquelle le substitut d'Atkins dépose son arme puis un ananas, ses dents, son foie et finalement sa tête... le tout au rythme cadencé du Boléro de Ravel.

Vulnérabilité sociale, vulnérabilité personnelle, Happy Birthday ! ! les aborde aussi. Atkins y élabore une réflexion existentielle sur le temps, ce passé, ce présent, cet avenir qui habitent l'homme et le perturbent d'autant plus que la technologie a changé nos perceptions temporelles. L'oeuvre évoque les promesses non tenues (« I will... I will... »), promesses d'agir, promesses de se souvenir (« You are always on my mind », chante Elvis) et s'achève par un espoir de changement : « Now ! ». 

ALIÉNATION

Dans ces vidéos rythmées par des extraits de musique populaire, les personnages ne finissent pas leurs phrases, communiquent avec difficulté. Affaiblissement, perte d'estime de soi, déconnexion de la réalité, isolement, narcissisme, dépression, Ed Atkins critique la société d'aujourd'hui, si aliénée au monde numérique : télévision, téléphone, internet, ordinateurs, caméras, jeux vidéo, etc. 

Son message traverse ainsi toutes ses oeuvres : sortez autant que possible de l'artifice technologique ! Vivez ! N'oubliez pas le présent ! Ni les autres qui vous entourent ! Une ode contre la léthargie. 

MESSAGE COMPLEXE 

Établi à Berlin, Atkins crée des vidéos complexes, sans la continuité narrative et formelle à laquelle on est habitué. Il privilégie les coupures, les changements de rythme, les greffes de forme et de contenu. Pour mettre en exergue le galimatias qu'est la représentation humaine actuelle. 

Cela prend plusieurs visionnements pour bien saisir toutes les nuances de ces oeuvres qui agglomèrent des éléments disparates comme pour un casse-tête. « Lors du premier visionnement, tu te dis : "mais qu'est-ce que c'est que ça ?", dit Cheryl Sim, commissaire de l'exposition. Après, tu comprends que son travail est un plaidoyer sur la liberté d'être et de sentir, de se connecter à soi-même et avec les autres. » 

Il est aussi préférable de visionner les vidéos en suivant leur chronologie de création, soit en commençant par celles présentées au 451, rue Saint-Jean avant les deux installations du 465, rue Saint-Jean. Cela permet de constater une évolution dans la forme. 

« J'essaie de rester en contact le plus possible avec le développement technologique », dit l'artiste de 34 ans qui ajoute n'avoir pas été un fou des jeux vidéo dans son enfance. 

« J'ai aimé les dessins animés, évidemment, mais en fait, j'ai d'abord fait des films plus tard et ensuite j'en suis venu aux images générées par ordinateur. Elles m'ont permis d'atteindre une certaine interaction que je recherchais. Vous savez, je ne condamne pas l'évolution technologique car on compte tous sur elle pour vivre et je n'aurais pas de carrière sans elle ! » 

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Modern Piano Music, d'Ed Atkins, présentée à DHC/ART (451 et 465, rue Saint-Jean, Montréal), jusqu'au 3 septembre. Du mercredi au vendredi, de 12 h à 19 h, et les samedis et dimanches, de 11 h à 18 h.




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