Annie Hémond Hotte et Louis Bouvier: pour la richesse des réflexions

Annie Hémond Hotte expose au Centre Clark son... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Annie Hémond Hotte expose au Centre Clark son corpus Panic Myth. Résidant à Brooklyn, elle n'avait pas exposé en solo à Montréal depuis quatre ans.

Photo Bernard Brault, La Presse

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Intéressant duo actuellement au Centre Clark où l'équipe coordonnée par Manon Tourigny et Roxanne Arsenault a programmé Annie Hémond Hotte, une étoile montante de la peinture contemporaine, et Louis Bouvier, maître ès installations. Tous deux exposent des créations branchées sur l'histoire de l'art autant que sur l'actualité.

Annie Hémond Hotte a beaucoup bourlingué ces dernières années. Après un bac en arts obtenu à Concordia en 2004, elle est partie huit ans à Londres, où elle a fait sa maîtrise. Elle a ensuite vécu à Chicago, puis a déménagé à Brooklyn il y a un an. 

La Québécoise commence à se tailler une belle place dans le milieu de l'art. Ces trois dernières années, l'artiste de 36 ans a exposé à New York, Boston, Chicago, Milwaukee, Atlanta, en Estonie et en Lituanie. L'an dernier, une de ses figurations, The Feminist (machine guns), était en couverture du renommé magazine américain New American Paintings. Pas pire.

On retrouve d'ailleurs chez Clark ses personnages de féministes endurcies aux seins généreux et aux mamelons dressés comme des armes. Des peintures très flashy et ludiques en apparence. Avec des couleurs vives - style pop art ou graffiti - à réveiller un mort! 

Mais à y regarder de plus près, la touche acidulée et surréaliste d'Annie Hémond Hotte a aussi de la profondeur. L'artiste évoque dans ses toiles la place de la femme en peinture, notre propension très XXIe siècle à un égocentrisme superficiel, l'essor des réseaux sociaux ou encore l'actualité politique sur la scène internationale. Avec des clins d'oeil, ici et là, à l'histoire de l'art, notamment au modernisme, à Picasso, Braque ou Fernand Léger. 

Trump, le «choc»

Son corpus Panic Myth a été fortement influencé par l'élection de Donald Trump, le 8 novembre dernier. L'artiste explique qu'habitant aux États-Unis, elle a été assez marquée par le «choc» provoqué par ce résultat inattendu. 

«J'ai vu la dépression des gens, ça m'a imprégnée. Il y a donc beaucoup de ça dans l'exposition», affirme Annie Hémond Hotte, à propos de l'impact de l'élection de Donald Trump sur ses oeuvres.

Si l'atmosphère a été lourde à New York (et l'est encore), elle a toutefois choisi d'y aller a contrario et de privilégier le jaune dans ses peintures. Le jaune, cette couleur qu'on associe souvent aux réjouissances. Pourtant, ce n'est pas le cas ici. Les personnages d'Hémond Hotte sont anxieux, apeurés, voire déprimés. 

Dans la toile The Monumentales/Mr et Mme Monument - avec ce je-ne-sais-quoi de fauve et de cubiste -, le couple qu'elle a peint a la mine totalement découragée. Et dans The Lunatic Astronaut, le Terrien est même parti pour une autre planète!

Titulaire d'une maîtrise en arts visuels et médiatiques... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 2.0

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Titulaire d'une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l'UQAM, Louis Bouvier est un artiste doué et passionné par la recherche de sens. Il présente au Centre Clark une installation panachée intitulée Toujours en quête de la compréhension totale et absolue.

Photo Bernard Brault, La Presse

La guerre des dieux

La toile centrale de l'expo, The War of the Gods/La guerre des capitaux, montre dieux et déesses flottant dans un environnement tropical. La peinture en deux panneaux révèle des personnages qui se battent au-dessus de ruines dont ils sont responsables à cause de leur vénalité, illustrée par quelques billets verts dans la partie inférieure de la toile. 

Les créations loquaces d'Annie Hémond Hotte raviront les amateurs de peinture aux reliefs accentués. L'artiste définit de temps en temps les contours de ses personnages en vidant linéairement son tube sur la toile. Elle associe aussi l'huile et l'acrylique Flashe pour ajouter une autre note contrastée à ses compositions.

Les contrastes nuancés sont sa signature. La marque d'un désir de mettre en exergue, mais de révéler sans trop dire. Pour laisser des portes ouvertes dans lesquelles on a beaucoup de plaisir à s'engouffrer. 

Louis Bouvier

Dans une salle mitoyenne, Louis Bouvier a habillé l'espace avec une autre de ses installations multiréférentielles, intitulée Toujours en quête de la compréhension totale et absolue. Un riche alliage de créations rappelant l'agencement de Tout n'est pas un sandwich qu'il avait constitué à la Galerie de l'UQAM, en octobre 2015. Avec le même genre de corniche d'inspiration hellénique et un recours au même cadre plié, à des porcelaines décorées et aux mêmes signes de gangs de rue.

Les éléments de l'installation que Louis Bouvier propose chez Clark évoquent les sciences naturalistes, l'histoire de l'art et le savoir encyclopédique. Ils témoignent tous d'un brillant savoir-faire multidisciplinaire. Nous avons particulièrement apprécié son drapé sculpté (en plâtre et fibre de verre) dans le style de la statuaire grecque, ses deux petits Dionysos en bronze ou encore sa Vénus à laquelle il a conféré sensualité et féminité en tordant le cadre dans lequel l'image a été intégrée. 

Âgé de 36 ans également, Louis Bouvier a un talent indéniable. On a hâte qu'il comprenne totalement et absolument! 

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Panic Myth, d'Annie Hémond Hotte, et Toujours en quête de la compréhension totale et absolue, de Louis Bouvier, au Centre Clark (5455, avenue De Gaspé, espace 114, Montréal), jusqu'au 15 avril




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