La palette de la condition humaine

À l'huile, à l'encre ou à l'aquarelle, et... (Simon Séguin-Bertrand, Le Droit)

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À l'huile, à l'encre ou à l'aquarelle, et tout en se jouant de la frontière entre réel et irréel, Charlene Lau Ahier creuse le sens de notre humanité en cette ère qui  bouleverse nos rapports sociaux et nos valeurs.

Simon Séguin-Bertrand, Le Droit

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On l'avait laissée à ses crayons lorsqu'elle croquait sur papier les visiteurs de la Nuit Blanche, il y a quelques années.

L'événement n'est plus reconduit mais Charlene Lau Ahier a toujours ses quartiers à la Orange Art Gallery. Elle expose jusqu'au 19 février une sélection de peintures réunies sous le titre synthèse shift.

Bouleversement de notre rapport au monde, dérèglements climatiques, renversement des valeurs... le contexte de changements profonds irrigue le travail pictural de l'artiste canadienne, ingénieure aéronautique dans une vie antérieure, aujourd'hui peintre établie à Ottawa.

«Je pense que nous avons perdu le sens de ce qui fait notre humanité», glissera-t-elle d'une voix douce au cours de la conversation. 

Elle cite aussi bien Magritte que Shakespeare, l'écrivain anglican irlandais Clive Staples Lewis ou le photographe brésilien Sebastião Salgado. Tous ont en commun une plongée vertigineuse dans les abîmes d'une condition humaine poussée jusque dans ses derniers retranchements. Charlene Lau Ahier a choisi la peinture - huile, encre, aquarelles - pour sa quête artistique figurative. 

Exploration en eaux troubles 

Chaque toile est une réflexion sur soi et sur l'environnement qui influe sur le comportement: la méditation, l'instinct, le ressenti des influences, le magnétisme, l'inné, la fusion, les vibrations venues du coeur de la terre, l'espace, l'univers. Tout ce qui fait que le monde est monde.

Tout a un sens chez cette peintre qui prend soin de nous expliquer chacune de ses toiles; tout est dit dans ce qu'il y a de plus secret; tout est pensé et ressenti comme un univers changeant.

Une Ophélie shakespearienne se mire au bord de l'eau dans un décor onirique, donc irréel (In the forest dark and deep). Une Mère de Dieu, tout de blanc vêtue, jette un voile protecteur sur le monde (For the life of the world), «une référence orthodoxe», précise l'artiste.

Ses portraits portent souvent un regard flou, «pour ne plus définir le sujet et laisser place à l'incertitude, à la disparition», évoque-t-elle. 

L'artiste est celui qui s'accroche à son chevalet comme à un roc, quand le monde autour de lui défile à folle allure... à l'instar de Velocity Shift, une toile que l'on croirait tout droit sortie d'un film de science-fiction. La peintre n'hésite pas à réinterpréter Le fils de l'homme de Magritte à l'ère numérique: la pomme d'origine a été troquée par celle d'un iPhone, et les nuages symboliseraient l'iCloud, pour filer la métaphore branchée... 

Les autres paysages sont tantôt peints «sur le motif», en extérieur, tantôt purement imaginaires. Bien malin qui pourrait voir une différence entre les deux. La peintre se joue de la frontière entre réel et irréel de multiples manières.  

Personnages féminins aux silhouettes éthérées, les modèles de Charlene Lau Ahier semblent se fondre dans un ailleurs incertain. «À l'image de ce que nous traversons actuellement», complète-t-elle en mentionnant un président récemment élu que tout lecteur reconnaîtra.

Pour y aller

Quand : Jusqu'au 19 février

Où : Orange Art Gallery, City Centre

Renseignements :

613-761-1500; orangeartgallery.ca




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