La peinture sous l'eau d'André Laban

Il a été pendant 21 ans le second du commandant Cousteau et a parcouru avec lui... (PHOTO AFP)

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Rémy Zaka
Agence France-Presse
SAINT-ANTONIN-NOBLE-VAL

Il a été pendant 21 ans le second du commandant Cousteau et a parcouru avec lui les mers du monde entier. À 88 ans, André Laban cultive toujours sa passion du Grand bleu avec des peintures, notamment sous l'eau, après avoir participé à des documentaires à succès.

L'histoire de ce poète, peintre et cinéaste, c'est d'abord celle de la rencontre de sa vie avec Jacques-Yves Cousteau, surnommé «commandant» mais aussi «le pacha», un officier de marine passionné par le monde sous-marin et qui deviendra une légende dans le monde de l'exploration océanographique.

C'était en 1952, sur la plage arrière de la Calypso amarrée au Vieux Port de Marseille, dans le sud de la France, mais André Laban, qui venait de décrocher son diplôme d'ingénieur chimiste, s'en souvient comme si c'était hier.

Il raconte: «J'avais entendu qu'il cherchait un ingénieur. «Que sais-tu faire?» m'a-t-il demandé. Rien, mais je sais bricoler, ai-je répondu. «On va faire un essai d'une semaine», m'a dit Cousteau. Ça a duré deux décennies».

«J'avais vu ses premiers films, ça m'avait attiré», précise le Marseillais.

En 1954, Cousteau lui fait une commande: concevoir une caméra avec un boitier résistant à la pression et qui protège contre la lumière et ses reflets. Six mois après, André Laban a conçu et fabriqué avec deux équipiers «la première caméra 35 mm en PVC».

C'est avec cette caméra que Le monde du silence, mis en scène par Louis Malle, est tourné. Un triomphe. Palme d'or à Cannes en 1956, Oscar du meilleur documentaire. «Sans Cousteau, ce film n'aurait pas existé. Sans Louis Malle, qui débutait, il n'aurait pas été aussi beau», commente M. Laban.

Soucoupe plongeante Denise

Sa collaboration avec Cousteau s'enrichira ensuite de tournages à 350 m de profondeur avec la soucoupe plongeante SP-350 Denise qu'il pilotait et de la coréalisation de deux films.

En 1965, il y aura aussi Précontinent 3 au Cap-Ferrat, une expérience de vie commune pendant trois semaines à 100 m de profondeur. Cette première mondiale suscitera une nouvelle passion chez Laban: la peinture sous l'eau.

Sa dernière oeuvre sous-marine a été réalisée en 2015. Mais même s'il avoue craindre le froid, il espère enfiler en 2017 son scaphandre, mettre ses bouteilles et prendre son couteau pour faire un nouveau tableau.

«Quand je sors de l'eau, je retouche (mon tableau) jusqu'à que je sois satisfait. Cela me prend parfois autant de temps que sous l'eau», explique Laban, qui a commencé la peinture à 11 ans et peint toujours dans son atelier. Tout en bleu. Il plaisante: «Ma cote est faible, mais quand je serai mort...»

La rupture d'avec Cousteau, au début des années 70, pour des raisons financières, lui a été insupportable. «Il n'avait pas le droit de me virer comme ça», affirme-t-il. «J'avais eu de l'admiration. Je l'ai détesté», admet-il avant de tempérer: «Je suis fier d'avoir été son second. Je reconnais que tout ce que j'ai appris, je le lui dois».

Ce rejet lui a ouvert les yeux. Il s'est aperçu qu'il pouvait exister par lui-même, avec ses propres réalisations. «J'en avais assez des films avec de la teinture écologique et des commentaires de Cousteau expliquant à un scientifique ce que le scientifique aurait dû lui expliquer», dit-il.

André Laban, amateur d'humour, voulait amener des sourires, faire des films dans lesquels les images seraient mises en valeur par la musique et les effets sonores. Ce fut une réussite: Palme d'or du festival mondial de l'image sous-marine avec Iris et Oniris (1996) ou encore prix de l'humour au festival d'Antibes avec le documentaire Neptunia» (2007).

Plein d'esprit, l'octogénaire ne résiste jamais à un bon mot. Quitte à égratigner l'icône. Cousteau? «Il n'était pas écologiste mais «égologiste». Et moi j'ai été l'une des belles pierres pour l'aider à arriver en haut de la pyramide qu'il voulait construire».




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