Françoise Sullivan: les liens d'une pensée plurielle

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La galerie de l'UQAM propose, jusqu'au 18 février, un survol fascinant de l'oeuvre conceptuelle de l'artiste montréalaise Françoise Sullivan. Trajectoires resplendissantes complète à merveille les expos qu'on a pu voir ces dernières années chez son galeriste Simon Blais ou celle présentée en ce moment au Musée d'art contemporain de Baie-Saint-Paul.

«Il faut que la peinture se pense par elle-même», a dit, un jour, Françoise Sullivan. L'envolée n'a pas échappé à Louise Déry, émerveillée par cette artiste avec laquelle elle collabore depuis 30 ans. La directrice de la Galerie de l'UQAM s'est intéressée aux actes conceptuels de Françoise Sullivan datant des années 70, moins connus que ses peintures subséquentes. Mme Déry en a donc sorti plusieurs de l'oubli pour les relier comme les témoins d'une pensée plurielle.

Parmi ces oeuvres qui remettent en question l'art et sa pratique tout en jetant un regard d'une profonde acuité sur l'histoire récente du Québec, on a beaucoup aimé les quelques objets placés sous vitrine. Ils évoquent la genèse de trois projets de Françoise Sullivan, Dimensions des enfants (1970), Portraits de personnes qui se ressemblent (datant de 1971 et exposé dans la galerie) et Copeaux de bois qui s'empilent (1971). Pour ce dernier, il est émouvant de découvrir les photocopies d'une enveloppe et d'une carte postale de Fernand Léger datant de 1943, quand Françoise Sullivan a eu le privilège de recevoir un cours privé de dessin de la part du maître français.

La vitrine fait aussi allusion à la participation de Françoise Sullivan à l'exposition maudite Corridart, en 1976. Un funèbre souvenir qu'elle a réactivé par sept épreuves numériques. Des portraits de Nelligan, Borduas, Claude Gauvreau, Riopelle, Béthune, Normand Hénault et Armand Vaillancourt. Ils sont rassemblés sous le titre Obscène 1976-2016, Corridart ayant été anéantie de façon «obscène» par le maire Jean Drapeau. On garde à l'esprit cette triste page de l'histoire artistique montréalaise quand on contemple Fenêtres bloquées de 1977, une oeuvre construite en découpant une toile en lambeaux après l'avoir recouverte de goudron. Une perspective claire sur une époque qui a eu ses jours sombres.

La danseuse et la chorégraphe

La passion de Françoise Sullivan pour la danse et la chorégraphie est soulignée à grands traits dans cette exposition. On y trouve le texte de Je parle, sa chorégraphie créée en 1993 en collaboration avec la danseuse Ginette Boutin, qui l'a d'ailleurs interprétée, le soir du vernissage, à la galerie. Une photographie illustre également une représentation de Droit debout, en 1973, par les danseurs du Groupe de la place Royale fondé par Jeanne Renaud. Avec, comme toujours, ses mots remplis de mouvements...

«droit debout sans pensée sans rêve 

des bruits organisés

de la connaissance banale

s'ensuit le vide qui se crée

le mouvement se fige

dans une solitude à l'affût»

La chorégraphie Droit debout sera interprétée le 21 janvier à 15 h, 15 h 30 et 16 h par les danseurs Michèle Febvre, Paul-André Fortier, Dana Michel, Myriam Arsenault, Andréa Corbeil et Nicolas Patry. Le texte de Françoise Sullivan qui l'accompagne sera mis en voix par Christiane Pasquier. La présentation sera suivie à 16 h 30 d'une conversation entre Françoise Sullivan et Louise Déry. 

Ces deux complices d'un art nourri par la transversalité exposent d'ailleurs les quatre volets des Saisons Sullivan, photos et dessins chorégraphiques, pour la première fois. On y voit Ginette Boutin virevoltant dans un champ enneigé, trouvant des poses, sautant, adoptant des formes statuaires sur fond de ciel neigeux. Pour le volet du printemps, Andrée Maude Côté s'exprime sous la pluie dans une danse aux accents hispaniques, avec un port de tête et des croisements de pieds qui rappellent le flamenco.

Les peintures

Il y a bien sûr quelques peintures dans la galerie. Son Hommage à Guido, de 2003. Sa dernière acrylique, un immense diptyque en clin d'oeil intitulé Tableau blanc. Moitié rouge, moitié blanc, avec ses lettres moulées d'un gris léger, le tableau a été créé spécialement pour l'exposition. Et puis il y a Murailles et maisons, de 1977, magnifique et surprenant. Avec une combinaison savante de goudron, acrylique, photo et collage qui composent une oeuvre texturée, inventive, délicate. Une sorte de trompe-l'oeil qui vous charme. 

Lise Bissonnette, présidente de l'UQAM, a lancé avec justesse, le soir du vernissage, que Trajectoires resplendissantes est finalement un beau «programme de résistance à la banalisation des noirceurs». «C'est une exposition très foisonnante malgré son apparence minimaliste, a ajouté Louise Déry. Et très paisible. C'est de ça qu'on a besoin en ce moment. Un espace de concentration sur une femme qui a tout fait pendant 70 ans. Et c'est merveilleux de voir comment un petit fil rouge relie tout ça ensemble.»

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Trajectoires resplendissantes, de Françoise Sullivan, à la Galerie de l'UQAM (1400, rue Berri, Montréal), jusqu'au 18 février.




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