Biennale de Montréal: la voie de Michael Blum

L'artiste montréalais Michael Blum présente La trilogie Écopol... (Photo Simon Giroux, La Presse)

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L'artiste montréalais Michael Blum présente La trilogie Écopol au Musée d'art contemporain de Montréal, trois vidéos de réflexions politiques et économiques, dans le cadre de la Biennale de Montréal.

Photo Simon Giroux, La Presse

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L'artiste et professeur montréalais Michael Blum expose La trilogie Écopol au Musée d'art contemporain dans le cadre de la Biennale de Montréal (BNLMTL) jusqu'au 15 janvier. The Swap, son troisième volet produit par la BNLMTL, complète sa réflexion sur l'économie mondiale et ses effets. Teintée d'humour, l'oeuvre en trois parties est un essai percutant sur notre réalité.

Admiré et choisi par le commissaire de la Biennale de Montréal 2016, Philippe Pirotte, Michael Blum crée pour le plaisir de l'esprit. Aucune galerie ne représente cet artiste et intellectuel qui se penche, à la manière d'un sociologue, sur nos cultures occidentales où l'esthétisme et la pensée croisent le fer du dieu dollar.

Sa Trilogie Écopol s'est construite avec le temps. Quand il a tourné Wandering Marxwards en 1998, Michael Blum ne se doutait pas qu'il s'aventurait à enfanter un triptyque vidéographique. À l'époque, l'Israélien d'origine formé à Paris n'habitait pas Montréal, mais avait bénéficié d'une résidence à Banff sur le thème The Long March: Trot, Trot, Mao, Meow! 

«Cette combinaison de politique et d'humour m'avait séduit, et j'étais allé à Banff avec le projet ambitieux de représenter les mouvements des capitaux, soit quelque chose d'intrinsèquement abstrait», dit-il. 

Ce projet avait toutefois échoué. Tout comme celui de Sergueï Eisenstein, dans les années 20, quand le cinéaste russe avait voulu tourner un film sur Le Capital de Karl Marx. 

Relire Marx

Mais l'année 1998 marquait le 150anniversaire du Manifeste du Parti communiste, rédigé par Marx. Et des discussions sur feu l'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI) animaient la scène internationale. Du coup, Blum a décidé de faire un film sur la pertinence d'une relecture de Marx et du système capitaliste. 

Wandering Marxwards est ainsi né d'une combinaison d'images tournées en Alberta et d'un monologue de réflexions politiques. Une logorrhée essoufflante mais instructive et inspirée, dans sa forme, de Letter to Jane, la «lettre à Jane Fonda» tournée par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin en 1972. Une forme qui a structuré les deux autres volets de la trilogie. Une forme particulière, puisque Blum a défini un style en exposant des idées saupoudrées d'une pincée d'humour. «Pourtant, l'humour et la politique ne vont jamais ensemble», souligne le professeur de l'École des arts visuels et médiatiques de l'Université du Québec à Montréal. 

Dans ce film comme dans les deux autres, Michael Blum ne nous dit pas quoi penser. Les affirmations des monologues sont des constats ou proviennent d'experts tels que l'économiste Joseph Stiglitz. «Je n'ai pas de message, dit Blum. Je suis un messager.» 

The Three Failures

Au MAC, on peut aussi voir (ou revoir) The Three Failures, une mise à jour de Wandering Marxwards tournée en 2006. Elle porte sur les échecs du communisme, de la social-démocratie et du capitalisme. Avec le même personnage qui, cette fois, marche dans les rues de Riga, Malmö et New York, tout en expliquant que la social-démocratie a fourni «un meilleur produit pour un prix moins élevé» que le capitalisme, mais qu'elle se fait bouffer par l'intérêt privé. «Get rich or get lost», dit le personnage, qui ajoute que «pour 90% de la population mondiale, le capitalisme est un échec».

L'humour est parfois délicieux dans ce deuxième volet. L'anecdote d'une confusion de la femme de Winston Churchill, qui avait pris, en 1944, le compositeur Irving Berlin (à qui l'on doit God Bless America, Cheek to Cheek et White Christmas) pour le philosophe Isaiah Berlin, est savoureuse. Et le montage du film, tout autant, avec ce personnage qui lit son texte tout en marchant sur les trottoirs.

The Swap

Finalement, le troisième volet s'intitule The Swap. Le titre réfère au produit dérivé financier, mais aussi à un échange, à une danse en tant que métaphore de l'économie: une science du mouvement avec autant de règles que d'empirisme. 

«Le swap, c'est aussi l'échange entre la réalité et la fiction, puisque notre vie réelle a été mise sur la glace quelque part pour nous faire jouer une pièce de théâtre.»

Le film a été tourné à Shanghai, capitale financière de la Chine. Vêtu d'un pantalon et d'un polo orange, le personnage déambule dans les rues populaires ou financières de la ville de 24 millions d'habitants. Une voix évoque la crise et les faillites bancaires de 2008, ainsi que les dettes qui obligent les États à serrer la ceinture des citoyens. Une oeuvre sur un système capitaliste «mort mais dont l'avis de décès n'a pas encore été publié, dit la voix. Comme il n'est pas mort, c'est nous qui mourrons pour lui!» 

La trilogie Écopol tombe à point nommé. Avec l'élection de Donald Trump et la défiance de nombreux citoyens occidentaux vis-à-vis des élites et des pouvoirs centraux, les trois films donnent des pistes de réflexion sur l'organisation de notre monde. Et la fin de The Swap offre des options (si l'on peut dire...): laisser faire et dormir, danser avec les loups ou réagir avec l'art, en sculptant la vie avec des idées. La voie choisie par Michael Blum. 

La trilogie Écopol, de Michael Blum, au MAC (angle Sainte-Catherine Ouest et Jeanne-Mance), dans le cadre de la Biennale de Montréal, jusqu'au 15 janvier

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