Carlito Dalceggio: rituel foisonnant

Vue d'ensemble de l'exposition Dance of the Blessed... (Photo Daniel Roussel, fournie par la galerie COA )

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Vue d'ensemble de l'exposition Dance of the Blessed Spirits à la galerie COA.

Photo Daniel Roussel, fournie par la galerie COA 

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Synthèse d'une année de création à Mexico, Bangkok et Bali, l'exposition Dance of the Blessed Spirits proposée par la galerie COA marque le retour furtif de Carlito Dalceggio à Montréal. L'artiste montréalais - qui n'avait pas fait de solo dans la métropole depuis 2010 - revient avec une production foisonnante inspirée de l'histoire de l'art et de ses affinités mythologiques.

Amoureux du Mexique, Carlito Dalceggio y a passé bien du temps au cours des dernières années. Il y a créé, exposé et réalisé de l'art public. L'été dernier, en peignant une murale à Mexico, une échelle métallique est tombée sur son thorax et lui a fracturé deux côtes. Réduit à une immobilité temporaire, il a jeté son dévolu sur une brique imposante, L'aventure de l'art au XXsiècle. Sa lecture l'a conduit à revisiter les oeuvres des modernes tels que Cézanne, Van Gogh, Gauguin ou Picasso.

«J'avais l'impression d'être vraiment dans les champs de Van Gogh, dit Carlito Dalceggio. C'était super powerful

Il en résulte des oeuvres rassemblées sous le titre Dance of the Blessed Spirits, comme le titre de la douce mélodie au piano de Gluck qu'il a écoutée en boucle durant sa convalescence. «J'étais devenu un esprit qui peint, dit-il. J'étais à l'intérieur des nymphes de Monet! Après six ou sept jours, j'avais redessiné tout le livre, 700 pages, 700 dessins, peut-être plus.»

Duchamp et consorts

Très colorées, les oeuvres à l'acrylique et à l'encre nous frappent par leur vivacité et par l'évocation de ces esprits uniques qui ont jalonné l'art moderne. Installée dans l'entrée de la galerie (partiellement métamorphosée par l'artiste), Dance of the Blessed Spirits no 1, avec ses collages et ses élans multicolores, est parsemée de références à Marcel Duchamp (avec un effet de relief là où Dalceggio a dessiné sa célèbre Roue de bicyclette), Delacroix, Bouguereau ou encore Modigliani. L'oeuvre est comme un bouquet floral composé de corps de femmes.

D'autres toiles font référence à l'histoire de l'art. Une baigneuse de Cézanne, un cri de Munch, une chèvre de Chagall, une Danaé de Klimt ou encore un arlequin de Picasso. Annoté, décoré, commenté, le livre à l'origine des peintures est devenu une oeuvre d'art exposée sur un socle. Autour, Dalceggio a recouvert le mur de poésie. Des mots tracés à la craie, le plus souvent en anglais: «I transform your fantasy into desire».

On retrouve ainsi dans cette exposition les mêmes pulsions qui animent Dalceggio et son désir récurrent de faire partager sa vision de la vie. À l'entrée de la galerie, il a d'ailleurs écrit sur un mur un manifesto... formulé en anglais. «Do not seek for understanding in the temple of mysterious visions.» Ne pas chercher à comprendre, mais ressentir, nous dit-il. «Do not ask the meaning of flowers in the field, it's pure energy

Immortals of Poetry 8, 2016, Carlito Dalceggio, 19,5 po x... (Photo fournie par la galerie COA) - image 2.0

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Immortals of Poetry 8, 2016, Carlito Dalceggio, 19,5 po x 25,5 po

Photo fournie par la galerie COA

On a beau avoir des égards circonspects envers les croyances, cette invitation à ne pas chercher à comprendre est irritante. Tout comme sa propension à tout écrire en anglais. Dans les oeuvres, on peut comprendre l'utilisation de mots en anglais puisque la carrière de Dalceggio est internationale. Mais pour les inscriptions sur les murs de la galerie, un petit effort en français aurait été bienvenu et pertinent.

Dans une autre salle sont exposées de plus petites oeuvres, créées en Asie, notamment la série Children of Bohemia (des oeuvres plus ludiques sur papier), une série de neuf peintures, Immortals of Poetry, inspirées là encore d'artistes tels que Matisse, Delacroix, Picasso, Schiele ou Gauguin, et Le grand théâtre d'ombres sacrées, des sortes de mises en scène de personnages masqués et déguisés. «We do not wear masks to hide but to reveal hidden parts of ourselves», lit-on sur l'une d'entre elles.

Enfin, dans une troisième salle aux murs peints en noir, deux robes de la couturière Marie Saint Pierre ont été peintes par Dalceggio. À côté, un petit récamier recouvert d'inscriptions et de dessins fait face à un grand cadre, Nyepi: Procession to the Island of Silence, une oeuvre narrative empreinte de repères spirituels et composée à Bangkok alors qu'il était en recherche d'harmonie après une période de doute.

Il n'y a pas d'agonie dans l'oeuvre de Dalceggio. La fragilité côtoie une énergie débordante. Par son foisonnant rituel, l'artiste hors norme poursuit, avec talent et obstination, sa quête assidue d'équilibre.

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Dance of the Blessed Spirits, une installation d'oeuvres de Carlito Dalceggio, à la galerie COA (6405, boulevard Saint-Laurent, Montréal), jusqu'au 19 novembre.

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