Arsenal Montréal: l'art post-internet

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Arsenal Montréal expose jusqu'au 18 décembre les créations en résidence de deux artistes britanniques, Hannah Perry et Ed Fornieles, et d'un artiste canadien, Matt Goerzen. Tous trois dans la jeune trentaine, ils s'inspirent du monde virtuel et créent des oeuvres d'art post-internet, une forme d'art contemporain qui nécessite de la patience, de l'huile de méninges et de l'aide!

Aujourd'hui, bien peu de citoyens vivent en Occident sans téléphone intelligent ou sans connexion à l'internet et aux réseaux sociaux. La place grandissante qu'occupe le monde virtuel dans notre quotidien est le thème de l'expo d'art post-internet I feel we think bad

«C'est le nouveau monde d'aujourd'hui, dit le fondateur du centre Arsenal art contemporain, Pierre Trahan. Au début, je trouvais ça pas évident comme art, mais à force de m'y intéresser, j'ai fini par comprendre l'engouement pour le monde virtuel.»

Le collectionneur montréalais n'est pas le seul à y perdre son latin. L'art post-internet, notamment popularisé au Canada par Jon Rafman, requiert un effort particulier de la part de l'amateur d'art qui ne baigne pas toujours en permanence dans les mers agitées du web. 

Aussi, Pierre Trahan a décidé d'inviter trois artistes post-internet en résidence à Arsenal et d'exposer les oeuvres qui en sont sorties. «Cela a pris un an de travail pour les réunir tous les quatre», dit-il. Dans une des trois immenses salles de l'Arsenal ont été répartis les installations, sculptures, vidéos et environnements immersifs d'Hannah Perry, Ed Fornieles et Matt Goerzen. Le commissaire de l'exposition est David Hoyland, directeur de la galerie londonienne Seventeen, qui représente Jon Rafman en Europe.

Matt Goerzen

Le visiteur est au début un peu perplexe en déambulant parmi les oeuvres de Matt Goerzen. Le finissant de l'Université McGill et spécialiste du hacking présente des installations au premier abord plutôt sibyllines. Il a par exemple créé des marionnettes à partir de chaussettes (sockpuppet) ainsi que des petits théâtres en carton pour les accueillir. Ces marionnettes illustrent les fausses identités enregistrées sur l'internet pour des fins pas toujours nobles et que les hackers appellent... des sockpuppet

Pour les passionnés d'histoires de hacking, d'espionnage informatique et de désinformation à grande échelle sur le web, il y a également beaucoup à lire sur les nombreux panneaux de Goerzen. Par exemple sur les tactiques de certains pays d'inonder les réseaux sociaux pour mettre de l'huile sur le feu ou pour prêcher une certaine façon de penser.

Hannah Perry

Avec ses vidéos proposées avec des écouteurs, Hannah Perry évoque le web personnel et tout notre blablabla sur les réseaux sociaux qui peut, si l'on n'y prête pas garde, entraîner perte de contrôle, insultes et intimidation. Construites comme des clips, ses images abordent la spirale dangereuse que peuvent prendre les infos privées quand elles deviennent publiques. Pour l'illustrer, Hannah Perry a suspendu, à côté des vidéos, quatre panneaux faits d'une plaque métallique et d'une vitre. Sur chaque surface des panneaux, on note du collage, des impressions, un liquide collant et des dessins de cibles et d'yeux. Un ensemble assez expressif et angoissant. 

Le malaise augmente quand on monte les escaliers de son installation et qu'on traverse un petit pont d'acier (non recommandé pour les personnes ayant le vertige) afin d'atteindre une plateforme où elle a déployé d'autres panneaux qui abordent ces vases communicants entre domaine privé et sphère publique.

Ed Fornieles

Tête chercheuse de l'art post-internet, Ed Fornieles expose quant à lui plusieurs oeuvres, dont l'installation Character Studies qui, à première vue, semble la plus complexe de l'exposition. Mais en lisant tranquillement ses infos et en scrutant ses graphiques, on finit par comprendre qu'il a choisi de parler de la vie de fou que mènent certains employés, coincés entre leur personnalité et celle de l'entreprise. Quand l'employé devient un personnage d'un jeu vidéo qui est la compagnie. 

Pour créer son oeuvre, Fornieles a posé des questions à des centaines de personnes à Montréal et en a sorti quatre archétypes qui sont joués par quatre acteurs qui parlent de leur travail dans un charabia à peine compréhensible. Une installation à la lucidité un peu effrayante, mais très éclairante.

À noter que pour faciliter la compréhension des oeuvres, Arsenal met à la disposition des visiteurs un guide qui répondra à leurs questions. 

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I feel we think bad, avec Ed Fornieles, Hannah Perry et Matt Goerzen, jusqu'au 18 décembre, à l'Arsenal (2020, rue William, Montréal).

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