Rufino Tamayo: esquisse d'un grand peintre

La grande galaxie, 1978, de Rufino Tamayo, huile... (Photo fournie par le MBAC)

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La grande galaxie, 1978, de Rufino Tamayo, huile sur toile, collection du Museo de Arte Contemporáneo Internacional Rufino Tamayo

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Le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) a choisi d'honorer un grand peintre mexicain, Rufino Tamayo (1899-1991), à l'occasion du 25e anniversaire de sa mort. Moderniste, Rufino Tamayo a brillé par son indépendance et son ouverture d'esprit. Le musée national présente, jusqu'au 10 octobre, un aperçu de l'étendue de son oeuvre.

Atleta, 1930, de Rufino Tamayo, huile sur toile,... (Photo fournie par le MBAC) - image 1.0

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Atleta, 1930, de Rufino Tamayo, huile sur toile, 69,5 cm x 60 cm, collection du Museo de Arte Moderno de Mexico

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Hombre radiante de alegría, 1968, de Rufino Tamayo,... (Photo fournie par le MBAC) - image 1.1

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Hombre radiante de alegría, 1968, de Rufino Tamayo, huile sur toile, 95 cm x 130 cm, collection du Museo de Arte Moderno de Mexico

Photo fournie par le MBAC

Rufino Tamayo aura été l'un des plus singuliers artistes de l'art mexicain du XXsiècle.

Très attaché aux cultures locales, notamment à l'art précolombien, il s'est aussi beaucoup inspiré du folklore postcolonial mexicain tout en restant branché sur l'art « extérieur », que ce soit le surréalisme, le fauvisme, le cubisme ou l'expressionnisme.

Figuratif, le peintre d'origine zapotèque a aimé très tôt représenter l'homme dans son environnement. Mais pas comme les peintres nationalistes mexicains qui avaient le plus souvent recours aux couleurs vives ou à des thèmes récurrents tels que l'habitat ou la végétation. Privilégiant des couleurs souvent ténébreuses, Rufino Tamayo était plus impliqué dans l'évocation d'un Mexique au bord de la crise de nerfs que dans la description d'un pays scellant son destin dans l'harmonie.

Son génie anticonformiste n'a pas toujours été considéré à sa juste valeur dans sa propre patrie. De son vivant, il a d'ailleurs plus souvent été honoré et exposé à l'extérieur du Mexique. 

C'est à un hommage intéressant que nous convie le Musée des beaux-arts du Canada puisqu'il s'agit de la toute première exposition individuelle de Rufino Tamayo au Canada.

On reste toutefois sur notre faim avec cette sélection de 32 oeuvres provenant de plusieurs collections mexicaines et présentées dans une seule salle. Les oeuvres s'échelonnent de 1930 à 1981 et, malheureusement, il manque quelques jalons de la carrière de l'artiste né à Oaxaca. On ne retrouve, par exemple, aucun nu féminin de ses jeunes années.

ATLETA

La volonté de Rufino Tamayo de rester collé à l'actualité sans occulter ses racines se traduit bien dans la toile la plus ancienne de l'exposition, Atleta, peinte en 1930, portrait très parlant d'un jeune et fier athlète mexicain en tenue de sport.

Le chapeau du sportif ressemble à celui d'un prisonnier. La clôture grillagée qui le sépare d'un paysage désolé, le numéro en gros chiffres de son maillot et ses lèvres serrées donnent à la peinture un fort sentiment d'enfermement et de gravité. Avec des couleurs sombres qui rehaussent sa force d'évocation. La sobriété de Tamayo dans les teintes avait d'ailleurs été louée par le poète Octavio Paz, son compatriote qui, comme lui, a vécu bien des années hors de son pays.

On trouve une autre critique sociale prémonitoire avec Les fumeurs, une toile de 1931 où un homme et une femme fument une cigarette de laquelle s'échappe un large nuage de fumée. Une toile à l'ambiance surréaliste où les personnages sont vraisemblablement l'artiste lui-même et son amie de l'époque, la peintre mexicaine María Izquierdo.

RUFINO ET OLGA

La toile Rufino y Olga (1934) est une des oeuvres les plus importantes de la présentation. Tamayo s'est représenté sur la peinture à peine ébauché sur la droite du tableau. Olga a le coude appuyé sur un meuble orné de figures macabres et sur lequel repose un réveille-matin qu'elle fixe avec attention. La toile de couleurs funestes traduit les difficultés du couple.

Des années de maturité de l'artiste à New York (1937-1949), on n'a malheureusement pas accès à sa célèbre toile Niños jugando con fuego (1947), une oeuvre politique qui critiquait le jusqu'au-boutisme de bien des Mexicains qui préféraient la révolution au légitimisme.

ANNÉES 70

Des années 70, l'exposition ne présente pas de belles mixographies de Rufino Tamayo, des oeuvres qui découlaient d'une technique graphique mise au point pour donner aux estampes un relief similaire à celui d'une peinture. Par contre, elle propose 12 lithos de 1973, Ídolos antiguos de México, qui témoignent de son intérêt pour le précolombien avec ses représentations de figurines et d'objets en céramique de cette époque. L'exposition comprend aussi Le chef (1973), toile d'un leader politique haranguant la foule à partir d'un podium, une critique de l'autoritarisme au Mexique.

Tamayo a peint sa dernière toile (Luna y Sol) à l'âge de 90 ans. On peut admirer quelques belles toiles inspirées du cosmos et de la science-fiction et créées alors qu'il était octogénaire : Dos Mujeres (1981) ou encore Un portrait conjugal (1989), une interprétation surréaliste du couple dans des tons de vert sombre et de rose franc. Une des toiles de l'exposition qui vous imprègnent l'esprit.

Tamayo : le moderniste mexicain solitaire, au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, jusqu'au 10 octobre.

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