Biennale de sculpture contemporaine: s'écarter du pire des mondes

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La 7e Biennale nationale de sculpture contemporaine (BNSC) bat son plein jusqu'au 9 septembre. Dix artistes présentent leurs oeuvres à Trois-Rivières, tandis que deux autres exposent chez Circa, à Montréal. Tous sont partis de la même inspiration: le roman d'anticipation Le meilleur des mondes, d'Aldous Huxley.

La génétique au service d'une dictature. Le classement des individus en castes. Les citoyens devenus esclaves de la consommation. Le meilleur des mondes, qu'Aldous Huxley a écrit en France en 1931 et qui mettait en garde contre les errements du développement technologique et l'absence de diversité, est le filon de cette 7Biennale de sculpture contemporaine de Trois-Rivières. 

Cinq artistes exposent leurs oeuvres à la galerie d'art du Parc. Catherine Bolduc y propose une installation entre réalité et perception. Sur un écran de tissu bougent des images. En regardant derrière l'écran, on constate que ces ombres sont celles de petites statuettes, certaines d'entre elles étant animées. 

La perception est aussi au coeur des oeuvres d'Isabelle Gauvin, qui a exploré le psychisme, l'origine et les peurs du citoyen avec une animation, L'ombre ou la lumière, une installation en forme de maison morcelée et un masque blanc plutôt effrayant. 

Efficaces Giboulo et Lachapelle

Karine Giboulo, qui réfléchit depuis des années sur l'état de servitude du citoyen, était bien sûr en terrain connu. Avec Booby Trap, on retrouve ses petits personnages, ici aveuglés et embarqués dans un vaisseau. Chaque figurine agit selon sa caste: travail ou loisir. Du Giboulo classique et efficace. 

À côté, Guillaume Lachapelle présente Soma (la «drogue» du roman) dans une salle sombre. Créée notamment par imprimante 3D, sa sculpture de trois étages est en phase avec la reproduction basée, dans le roman, sur le clonage. À l'étage inférieur, des embryons nagent autour d'un canapé. Au niveau intermédiaire, les passerelles se multiplient à l'infini et, sur le dessus de la sculpture, un patient n'est plus sur sa chaise de dentiste: il ne reste qu'une trace liquide en cours d'évacuation... Une des oeuvres fortes de la biennale. 

La galerie présente aussi des oeuvres de Paryse Martin. Mes espaces fabulatoires sont un jardin fantastique, ludique et effrayant. On aime bien son cheval de carton et la robe suspendue qu'il faut regarder de tous côtés tout en écoutant les mots chuchotés... 

À l'Atelier Silex, Rathaus a été créé par Christopher Varady-Szabo, artiste gaspésien passionné d'habitat et critique à l'endroit du modernisme architectural. L'oeuvre éphémère en forme de rat est faite d'une ossature de bois recouverte d'un torchis. Les enfants peuvent s'y cacher à l'intérieur.

Photo tirée du film Les récolteuses de tresses,... (Photo Lise Barbeau, fournie par la 7e Biennale nationale de sculpture contemporaine) - image 2.0

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Photo tirée du film Les récolteuses de tresses, d’Amalie Atkins, le premier élan de son projet intitulé We Live on the Edge of Disaster and Imagine We Are in a Musical.

Photo Lise Barbeau, fournie par la 7e Biennale nationale de sculpture contemporaine

Naturel et rituel

Le centre d'exposition Raymond-Lasnier présente deux artistes. Avec ses fidèles attaches de serrage, Elisabeth Picard a généré deux ambiances, dont celle, fort réussie, de la grotte Waitomo Cave de Nouvelle-Zélande, où des milliers de vers luisants illuminent les lieux. Une oeuvre qui aborde l'importance de la nature, honnie dans le roman.

Dans la deuxième salle, Amalie Atkins diffuse Les récolteuses de tresses. Une vidéo touchante sur le rituel, la liberté, la justice et la transmission des valeurs et qui fait penser aux femmes autochtones disparues... 

Au Musée québécois de culture populaire, Kim Adams expose de petits univers de peuplement. Sur une grosse roche vivent des Lilliputiens accrochés au relief escarpé. Il faut de bons yeux pour les apercevoir. Un travail de précision qui suggère un mode de vie alternatif. 

Bonheur et liberté selon Claire Morgan

La biennale expose deux oeuvres - sur le bonheur et la liberté - de la Britannique Claire Morgan au Musée Pierre-Boucher. Des mobiles délicats constitués de centaines de fils, de morceaux de plastique et de métal. «Les vagues et le ciel pour la première oeuvre, la lune pour la seconde, les visiteurs - et souvent les enfants - interprètent de diverses façons ces deux créations à la fois simples et complexes», commente le guide-animateur du musée François Lamy. 

La commissaire Geneviève Goyer-Ouimette et son comité d'orientation ont aussi programmé deux artistes chez Circa. L'Ontarienne Erika Dueck présente deux maquettes dans lesquelles miroirs et lumière sont judicieusement orientés. Circonscrit, notre oeil y découvre un long couloir et une grotte-bibliothèque. Une oeuvre qui rappelle Au nom de la rose, d'Umberto Eco, et la lutte entre mémoire et pouvoir. 

Enfin, Mathieu Valade propose avec Post-romantique neuf vitrines givrées qui renferment des objets qu'on ne voit pas distinctement. Elles évoquent ces foetus du roman qui grandissent dans des bocaux. L'artiste a joué avec l'histoire de l'art, les perceptions et la perte de sens. Et il donne froid dans le dos. Un sentiment qui ressort de cette biennale fort réussie, lucide, et qui nous éclaire sur le pire des mondes...

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À Trois-Rivières (cinq lieux différents) et Montréal (Circa, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, #444), jusqu'au 9 septembre.

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