Élisabeth Louise Vigée Le Brun: femme et artiste d'exception

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Après Paris et New York, le Musée des beaux-arts du Canada présente, jusqu'au 11 septembre, l'exposition Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842): la portraitiste de Marie-Antoinette, avec 90 oeuvres de cette peintre française hors du commun qui marqua la scène artistique européenne du XVIIIe siècle.

Dans l'histoire de la peinture, Élisabeth Louise Vigée Le Brun occupe une place de choix. Considérer la provenance des toiles exposées à Ottawa suffit pour s'en convaincre: le Louvre, le château de Versailles, l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, la Collection royale britannique, les musées d'État de Berlin, etc. 

Vigée Le Brun a fait sa marque après avoir été la portraitiste officielle de Marie-Antoinette, jusqu'à la chute de la reine en 1789. Mais aussi parce que, déterminée, consciente de son talent et féministe avant l'heure, elle eut le courage de poursuivre sa carrière dans les autres cours royales d'Europe où les artistes masculins lui tenaient pourtant la dragée haute.

L'exposition est donc autant une aventure picturale qu'humaine. Elle débute par une biographie qui nous apprend que c'est son père, Louis Vigée, également peintre, qui lui apprit le dessin et l'art du pastel. La jeune Élisabeth se révéla très douée. Elle multiplia les portraits des membres de sa famille (sa mère et son frère Étienne, entre autres) ainsi que des autoportraits dont le musée présente six exemplaires.

Une peinture positive

Dans plusieurs de ses autoportraits, Vigée Le Brun s'est rajeunie. Dans celui de 1789-1790 où elle se représente en costume de voyage, elle a 34 ans. Avec sa bouche enfantine et son regard naïf, elle n'en paraît même pas 16! Même chose pour l'Autoportrait «aux rubans cerise», de 1782, où elle a plus l'air d'avoir 18 ans que 27 ans. La peintre corrigera cette tendance à enjoliver sa réalité quand elle se représentera, en 1808, à l'âge de 53 ans. Les affres du temps y sont plus marquées. Mais ce penchant de donner à ses portraits une touche avantageuse lui a assuré bien des succès.

Marie-Antoinette et ses enfants, 1787, d’Élisabeth Louise Vigée... (Photo fournie par le Musée des beaux-arts du Canada) - image 2.0

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Marie-Antoinette et ses enfants, 1787, d’Élisabeth Louise Vigée Le Brun, huile sur toile, 275 cm x 216,5 cm. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, France.

Photo fournie par le Musée des beaux-arts du Canada

Première femme à l'Académie de Saint-Luc

La troisième salle de l'exposition traite de son arrivée en 1774 à l'Académie de Saint-Luc, une société royale de peinture et de sculpture. Le machisme de l'époque tenta de l'en empêcher. Des membres de l'Académie ne voulaient pas qu'une femme, de surcroît aussi talentueuse, siège à leurs côtés. De plus, la femme française n'avait alors d'autre statut social que celui de son époux. Et comme M. Le Brun était marchand d'art, il ne pouvait être reçu à cette académie en raison de sa profession. C'est finalement grâce à une intervention de Marie-Antoinette que Vigée Le Brun fut accréditée à l'Académie en 1783.

La robe blanche

Dans la quatrième salle, on prend la mesure du talent de Vigée Le Brun, avec plusieurs portraits de la reine (toujours à son avantage), notamment la fameuse toile de 1783, Marie-Antoinette «en chemise», qui fit scandale. La reine était représentée dans une tenue intime et non dans un costume d'apparat. Une salle annexe sur la «robe blanche» revient sur cet épisode célèbre de la carrière de Vigée Le Brun. Dans une autre salle, une guide du musée retrace ce qu'était alors l'art de l'étiquette, notamment comment le roi et la reine s'habillaient.

Une cinquième salle propose des oeuvres des années 1780 avec des portraits de comtesses, de princes et d'autres membres de la noblesse française. 

Ils sont représentés en train de lire, d'écrire ou costumés comme la marquise de Puységur qui, déguisée en laitière, pose près d'une cruche! 

Puis, on découvre des oeuvres créées après le séjour de Vigée Le Brun à Rome de 1789 à 1792. Elle y peint des nobles qui ont fui la Révolution française, comme Adélaïde de France (la grand-tante de Louis XVI), ou encore la princesse du Liechtenstein et l'aristocrate polonaise Anna Potocka.

Après 1792, Vigée Le Brun ne cessera de voyager en Europe. Après Vienne où elle restera jusqu'en 1795, elle part oeuvrer auprès de la famille impériale russe jusqu'en 1801, revient à Paris en 1802, vit à Londres de 1803 à 1805 puis, avant de revenir définitivement en France, visite la Suisse de 1806 à 1807. C'est là qu'elle peindra une de ses rares peintures de paysages, La fête des bergers

La visite se termine avec un intéressant documentaire de 52 minutes qui ajoute d'autres éclairages sur la vie et la carrière remarquable de Vigée Le Brun, artiste et femme d'exception. 

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Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842): la portraitiste de Marie-Antoinette, au Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa, jusqu'au 11 septembre.

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