Lucy Sparrow: la virtuose de la feutrine

Nouvelle coqueluche de l'art urbain britannique, Lucy Sparrow... (Photo François Roy, La Presse)

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Nouvelle coqueluche de l'art urbain britannique, Lucy Sparrow présente à la galerie Station 16, le Sex Shop feutré, installation de 5000 objets coquins et amusants créés en feutrine.

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Parmi les expos d'arts visuels présentées par le festival Mural cette année, les adultes ne manqueront pas d'aller découvrir, à la galerie Station 16, le Sex Shop feutré, une installation de 5000 objets coquins et amusants créés en feutrine par le nouveau phénomène de l'art urbain britannique, Lucy Sparrow.

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L'exposition Sex Shop feutré est présentée dès demain à la galerie Station 16.

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Lucy Sparrow a eu l’idée de cette exposition quand le Parlement britannique a adopté une loi qui bannissait la diffusion de certains actes sexuels jugés dégradants… 

Photo François Roy, La Presse

Née à Bath, en Angleterre, Lucy Sparrow a quitté l'école à l'âge de 17 ans. Elle a alors fait plein de petits boulots, notamment strip-teaseuse dans des clubs de Londres, Bristol, Manchester ou Brighton, pendant quelques années. Mais depuis l'âge de 4 ans, elle n'avait cessé de tricoter et de coudre, une passion transmise par sa mère et sa grand-mère. Un jour, elle a eu l'idée de créer des objets utilitaires avec de la feutrine : des sacs, des accessoires, des peluches. Elle a commencé à les vendre sur l'internet. Avec succès.

« Du coup, j'ai arrêté le lap dancing en 2013, car je commençais à faire assez d'argent », dit-elle en entrevue avec La Presse. Ses coussins en forme de manettes de jeux vidéo ont notamment fait fureur. 

« Ils ont été si populaires que c'est devenu viral sur l'internet. Ça m'a montré que ça pouvait devenir une business, d'autant que je les envoyais par la poste partout dans le monde ! »

L'artiste de 29 ans poursuit : « Je vivais à l'époque dans une caravane et je faisais tout grâce à une génératrice ! Ça n'était pas facile... »

Lucy Sparrow est alors devenue la première artiste textile à s'inviter au sein de la collectivité britannique de l'art urbain. En 2013, elle a créé une installation devant la Maison du Canada, à Londres, lors d'une manifestation contre le gouvernement de Stephen Harper qui essayait de faire changer la politique européenne vis-à-vis des sables bitumineux. Elle avait créé une oeuvre avec des oies, des phoques et d'autres animaux en feutrine recouverts de pétrole.

Cornershop

Mais son émergence sur la scène artistique britannique date de 2014 alors qu'elle a créé - à la suite d'une campagne de financement réussie sur Kickstarter - une installation qui représentait une épicerie avec plus 4000 objets en feutrine : des bouteilles de bière, des boîtes de conserve, des cigarettes, des paquets de serviettes hygiéniques, des magazines, des paquets de biscuits, enfin tout ce qu'on trouve dans un magasin d'alimentation londonien. 

Intitulée Cornershop, l'installation (pour laquelle elle avait travaillé jour et nuit) a changé sa trajectoire. « Un millier de gens venait chaque jour dans le magasin, dit-elle. Il y a même eu des files d'attente sur le trottoir ! C'était fantastique ! » 

Elle a vendu ainsi 40 fois plus d'objets en feutrine qu'initialement prévu et a pu rembourser des prêts qu'on lui avait accordés. Grâce à ce succès et à la couverture médiatique internationale qui a suivi, Lucy Sparrow a pu engager deux assistantes pour l'aider à créer ses oeuvres en feutrine. Son succès l'a rapprochée de sa famille, ses parents l'aidant dans ses projets et sa soeur écrivant ses communiqués de presse !

Elle est à Montréal pour exposer son Sex Shop feutré (Lucy Sparrow's Erotic Emporium) présenté dans le quartier de Soho, à Londres, l'an dernier. Après les condiments et les rouleaux de papier hygiénique, elle avait créé pendant quatre mois 5000 objets en feutrine reliés au sexe et au porno : des boîtes de condoms, des jeux sexuels, des DVD, des magazines pornos, de l'équipement sado-maso, des lubrifiants, etc. 

Pour adultes seulement !

Tout cet attirail n'étant pas destiné aux enfants, l'exposition est réservée aux adultes, mais La Presse l'a visitée, hier, et - est-ce l'impact de la feutrine ? - les oeuvres sont plus coquines et amusantes qu'embarrassantes. 

Chaque objet est fait de feutrine cousue (à 30 % de laine et 70 % de fibre synthétique) sur laquelle Lucy Sparrow a reproduit le lettrage des couvertures de magazines, des DVD pornos ou des tubes de vaseline. 

Pourquoi cet intérêt pour le sexe et le porno ? Lucy Sparrow répond que l'idée lui en est venue quand le Parlement britannique a adopté une loi qui bannissait la diffusion de certains actes sexuels jugés dégradants... mais que l'artiste considère comme légitimes et acceptables. 

« Je ne dirais pas qu'il s'agissait d'une question de droit des femmes, mais c'est une loi passéiste et très regrettable », dit-elle, satisfaite tout de même que son expo à Soho lui ait permis d'aborder le thème de l'embourgeoisement de ce quartier. 

Artiste engagée, Lucy Sparrow garde les pieds sur terre. « Je me réveille encore chaque matin en me demandant si tout cela est vrai, dit-elle. Je me sens très chanceuse. Je ne suis peut-être pas la meilleure dessinatrice au monde, mais je peux travailler très fort. Et je me dis que tout est possible. » 

Après ce projet, Lucy Sparrow retournera dans son studio londonien pour préparer sa prochaine grande expo, à New York en 2017, avec de nouvelles oeuvres qui représenteront une épicerie typiquement américaine... « Je veux faire ce genre de reproduction un peu partout, car ces objets de magasin sont empreints de désir et de nostalgie et les gens les apprécient pour cela », dit-elle.

Sex Shop feutré (Lucy Sparrow's Erotic Emporium), de Lucy Sparrow

À la galerie Station 16 (3523, boulevard Saint-Laurent, Montréal), du 10 juin au 1er juillet.

Les expos de Mural

Le festival Mural a, cette année, une programmation imposante en arts visuels avec une dizaine d'expositions présentées dans des galeries et six locaux temporaires. Nous vous présentons quelques suggestions d'expos à ne pas rater...

1. Union

Exposition d'artistes français avec des oeuvres de StF Moscato, Mr Brainwash, Miss Van, André Saraiva (Mr A.), Grems, Hopare, C215, Levalet, Jef Aerosol,, Bault, Fafi...

À la galerie Station 16 (3523, boulevard Saint-Laurent), du 10 au 30 juin.

2. Roche, papier, ciseaux du collectif On n'a rien volé 

Avec des créations d'Emmanuelle Charneau, Edouard Coune, Alix Le Clercq, Xavier Orssaud, MSHL et Julien Roudaut

À la galerie Mainline (3905, boulevard Saint-Laurent), jusqu'au 12 juin.

3. Lucy Sparrow's Erotic Emporium

Expo solo de la Britannique Lucy Sparrow (pour les plus de 18 ans)

À la galerie Station 16 (3523, boulevard Saint-Laurent), du 10 au 30 juin.

4. Connect 4 

Exposition pop-up avec les artistes Kevin Ledo, Alex Scaner, Matthieu Connery et Labrona

Au local du 4440, boulevard Saint-Laurent, du 9 au 19 juin, de 11h à 21h.

5. Centerfold IX

Expo de groupe pour laquelle le public est invité à voter pour ses oeuvres préférées

Au local NUWRK (3790, boulevard Saint-Laurent), du 17 au 19 juin.

6. Foire d'art urbain

Vente d'oeuvres d'art urbain durant trois jours avec des galeries participantes telles que Bloom, Arteria, COA ou encore Artgang.

Au Capitol (4310, boulevard Saint-Laurent), du 10 au 12 juin.

7. Bare Bones

Par le collectif MUC (Mash Up Club)

À la galerie Mainline (3905, boulevard Saint-Laurent), du 13 au 19 juin.

8. Neighbourhood

Expo solo de l'artiste et designer Pony

Au local du 3770, boulevard Saint-Laurent, du 9 au 19 juin.

Autres expositions

Sébastien Maltais

Portrait de Camus, Palmyre martyrisée par des fous de Dieu, regard sombre d'un enfant soldat. Les grandes oeuvres à l'encaustique que Sébastien Maltais présente chez Dominique Bouffard parlent d'humanisme et évoquent une actualité souvent déprimante. Collectionné par Desjardins et Loto-Québec, l'artiste montréalais montre ici tout son talent et sa profondeur d'esprit.

Le poids des ombres portées, de Sébastien Maltais, à la Galerie Dominique Bouffard (Le Belgo, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, local 508), jusqu'à dimanche, 17 h

Bian

La 3e Biennale internationale d'art numérique propose, jusqu'au 3 juillet à Arsenal art contemporain, l'exposition Automata, l'art fait par les machines pour les machines. Une cinquantaine d'artistes y présentent des oeuvres qui explorent « la manière dont les machines perçoivent l'humanité, ses croyances et son mode de vie », dit Alain Thibault, directeur artistique de la BIAN. À voir...

Automata, dans le cadre de la BIAN, à Arsenal art contemporain (2020, rue William), jusqu'au 3 juillet

Ivan Markovic

Avec Beyond the Pale, Ivan Markovic poursuit son travail exploratoire sur les parias sociaux, itinérants et autres personnes marginalisées. Toujours avec ses sculptures de papier exprimant à la fois la fragilité et la mobilité de ses personnages.

Beyond the Pale, d'Ivan Markovic, à la Galerie D'Este (4396, boulevard Saint-Laurent), jusqu'au 26 juin

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