Yoanis Menge: réhabiliter la chasse au phoque

Ex-collaborateur à l'agence de photo Magnum, Yoanis Menge... (Photo Olivier Jean, La Presse)

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Ex-collaborateur à l'agence de photo Magnum, Yoanis Menge est devenu chasseur de phoques pour réaliser un reportage photographique de 2012 à 2015.

Photo Olivier Jean, La Presse

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Le photographe madelinot Yoanis Menge présente à la galerie Occurrence jusqu'au 23 avril un reportage sur la chasse au phoque, qu'il a pratiquée de 2012 à 2015. Résultat: des images réalistes en noir et blanc qui ont pour but de dédramatiser cette pratique ancestrale décriée en Europe.

Yoanis Menge

Si une chasse est controversée dans les pays européens, c'est bien celle au phoque.

Né en Suisse et ayant grandi au bord du Saint-Laurent avant de s'établir aux Îles-de-la-Madeleine (sa mère était Madelinienne), Yoanis Menge a été attristé en 2009 quand il a vu dans le métro de Paris des affiches frappantes de la Fondation Brigitte Bardot sur la chasse au phoque. N'appréciant pas qu'on qualifie les chasseurs de phoques canadiens de barbares et d'assassins, ce photographe, qui a travaillé pour l'agence Magnum, a alors décidé de s'intéresser à cette activité.

«Je voulais entamer une recherche visuelle pour montrer toutes les étapes de la chasse au phoque avec les meilleures photos possible afin d'en faire une expo et un livre», dit-il à La Presse.

Photographe et chasseur

Pour son reportage, Yoanis Menge a passé son permis de chasseur de phoques. Après avoir rencontré Jack Troake, célèbre chasseur de phoque terre-neuvien, il a convaincu des marins de le prendre à bord de leurs bateaux pour une vingtaine de chasses au phoque. Des voyages d'une à deux semaines, près des Îles-de-la-Madeleine, de Terre-Neuve et du Nunavut. Une expérience maritime, humaine, biologique, gastronomique (manger du phoque cru...) et bien sûr artistique.

Le photographe de 34 ans n'a pas réalisé un documentaire extensif sur la chasse au loup-marin. Son but était de «rendre sa noblesse à cette activité traditionnelle». Le reportage s'étend des préparatifs de la sortie en mer jusqu'à la transformation de l'animal en viande, huile et peau, en passant par l'abattage et le stockage des bêtes et la vie sur le bateau.

Ses photos révèlent une activité rude. Chasser 400 phoques par jour (le quota en vigueur), quand il fait froid et humide, à pied et en canot au milieu des glaces, c'est dangereux et très physique.

«C'est du sport. On ne connaît jamais la qualité de la glace. Tu regardes où tu mets les pieds ! Je suis tombé à l'eau plusieurs fois. C'est saisissant. Surtout que je chassais et photographiais en même temps.»

Quelques-unes des photos montrent des Amérindiens dégustant des morceaux de loup-marin crus et cuits. D'autres présentent des chasseurs en action avec leur hakapik, ce gourdin à crochet qui sert à achever l'animal pour éviter qu'il souffre et à traîner les peaux.

D'autres photographies explorent les âpres paysages hivernaux du golfe du Saint-Laurent et du Nunavut. Tempêtes, banquise, brouillard, l'île d'Entrée dans les glaces...

Quelques images sont prises dans une usine de traitement des peaux. Un regard qui développe l'angle de la chasse au phoque en tant qu'activité économique. Tout comme l'industrie aviaire, porcine ou bovine. Une activité pas plus cruelle que l'abattage des animaux que nous mangeons ou que le gavage des oies, et très réglementée, dit Yoanis Menge. Les blanchons ne sont plus chassés depuis 1987 et les phoques sont achevés sur place, avec un minimum de souffrance, selon lui.

Pas de couleur

Si les photos sont belles, bien cadrées et expressives, on regrette qu'il n'y en ait pas en couleur. Cela donnerait plus de réalité à cette chasse plutôt sanguinaire, puisqu'il faut saigner les phoques sur place. Yoanis Menge rétorque que les photos sanguinaires de chasse au phoque sont suffisamment connues pour en rajouter.

«Je ne voulais pas faire la même chose et montrer les regards larmoyants des phoques pris au téléobjectif ou montrer les chasseurs dans leurs pires moments pour qu'ils aient l'air le plus idiot possible», dit-il.

L'expo est accompagnée d'un ouvrage publié aux Îles-de-la-Madeleine par les éditions La morue verte. Une version en anglais sortira ultérieurement. «On souhaite aussi distribuer ce livre en Europe, dit l'éditeur Jean-Hugues Robert. Mais on comprend que c'est un sujet plus délicat là-bas qu'ici. On souhaite faire de la pédagogie.»

En attendant, Yoanis Menge poursuit son travail sur nos relations avec la chasse. Dans quelques semaines, il partira au Nunavik en reportage avec des chasseurs de caribous, de morses et de baleines.

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Hakapik, de Yoanis Menge, à la galerie Occurrence (5455, rue de Gaspé, # 108, Montréal), jusqu'au 23 avril

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