Isabelle Leduc: un prénom, une signature

Isabelle Leduc expose ses oeuvres à la Maison... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

Agrandir

Isabelle Leduc expose ses oeuvres à la Maison de la culture Marie-Uguay jusqu'au 24 avril.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Isabelle Leduc bénéficie jusqu'au 24 avril d'un fort bel espace au sein de la maison de la culture Marie-Uguay, dans le quartier Ville-Émard, à Montréal. Elle y présente deux douzaines de sculptures tirées de sa collection et créées de 1984 à aujourd'hui.

Isabelle Leduc

Ici et là, dans deux salles de la maison de la culture, Isabelle Leduc a disposé - avec l'aide de son compagnon-commissaire René Viau - ses oeuvres, dont un grand nombre a été créé en Europe où elle a longtemps résidé, notamment de 1984 à 2004.

Lumineux, un des deux espaces accueille des oeuvres éclatantes de contemporanéité, tandis qu'une salle à l'ambiance feutrée présente ses sculptures aux références médiévales, voire antiques.

Ici et là, tel est le titre de l'expo, mais aussi une habitude chez Isabelle Leduc de naviguer dans les eaux de l'abstraction, puis de caboter sur des océans de mémoire.

Ce va-et-vient expressif la caractérise, sans doute grâce à l'influence de son célèbre et talentueux paternel comme en raison de sa curiosité, de cette soif de découverte qui l'habite depuis toujours, à force d'avoir visité musées, églises, châteaux et sites archéologiques outre-Atlantique.

Long travail de création

On parcourt avec plaisir ses 32 ans de création dans les deux salles. Un plaisir souvent lié à l'étrangeté des pièces d'Isabelle Leduc, une étrangeté ni excentrique ni saugrenue. Une singularité, plutôt, qui tient de l'énigmatique et du référentiel rassurant. On subodore, dans les oeuvres d'Isabelle Leduc, une grande passion pour le travail des couleurs - logique pour une fille de Fernand - et pour celui de la matière et des formes.

Une constance dans sa production est sa recherche de textures particulières. Un travail en aplat avec un grand nombre de couches de peinture qui finit, après une âpre lutte entre les fibres de coton et les pigments liquides, par générer un relief, une sorte de cartographie picturale.

Pincement ici, gonflement là, griffures, découpage, cicatrices, froissement, chaque oeuvre a un rendu. Un rendu le plus souvent mat, même si elle utilise l'acrylique. Une qualité d'expression ayant requis bien de la patience et un réel dialogue manuel avec ses matières. Un rendu qui nous fait prendre du papier pour du béton ou de l'acier, et qui donne parfois l'impression que ses pièces faussement patinées sont anciennes. La signature Isabelle Leduc.

Apparence de vieux cuir

Mais l'aspect irisé est parfois présent comme dans son oeuvre (de 2015) Bitoniau balèze marron fait de papier marouflé sur carton. Une oeuvre supposée non référentielle, mais qui rappelle la peau étirée d'un tambour africain.

D'ailleurs, pour les cinq grandes oeuvres colorées de sa série Ixe, Isabelle Leduc a réussi à conférer à ses papiers marouflés sur bois un chaleureux aspect de cuir. Chaque oeuvre est différente, autant dans les teintes que dans la composition. À y regarder de près, on parvient même à distinguer ses couleurs de sous-couches, qui ont sédimenté et dont on ne perçoit plus que des reflets ou de minuscules petits points en rémanence.

Paire violet-bleu est magnifique. La double sculpture évoque certains boucliers masaïs en cuir. Une belle transition avant de pénétrer dans la salle plus sombre où l'on trouve des pièces qu'Isabelle Leduc a exposées en Europe, dont Objekt, sorte de masque tribal créé à Paris et qu'on croirait constitué de cuivre oxydé alors qu'il s'agit de papier, de baguettes de bois et d'acrylique. Une oeuvre qui découle d'une visite d'Isabelle Leduc au Musée de l'armée, aux Invalides. Elle avait été fascinée par des pièces japonaises et d'autres du Moyen-Âge.

Dracula II, l'oeuvre la plus ancienne exposée (1984), ravira les amateurs de gothique. L'oeuvre la plus «punk» d'Isabelle Leduc est faite de deux grands panneaux sombres inspirés de la vierge de fer ou Vierge de Nuremberg, ce caisson en forme de sarcophage dont l'intérieur était hérissé de pointes métalliques et qui servait à tuer des condamnés dans l'Antiquité.

On retrouve d'ailleurs cette horrible invention sur une estampe du graveur Gabriel-Jacques de Saint-Aubin (1724-1780), Régulus condamné aux plus affreux supplices, actuellement présentée au cabinet graphique du Musée des beaux-arts de Montréal. Une oeuvre de la Renaissance en harmonie avec ce goût d'Isabelle Leduc pour les univers ancestraux.

Ici et là, d'Isabelle Leduc, maison de la culture Marie-Uguay (6052, boulevard Monk, Montréal), jusqu'au 24 avril

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer