Le fabuleux destin de la portraitiste de Marie-Antoinette

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Yves Schaeffner

Collaboration spéciale

La Presse

(NEW YORK) « Élisabeth Louise Vigée Le Brun est sans conteste l'artiste femme la plus importante du XVIIIsiècle », confie avec un enthousiasme contagieux Paul Lang, commissaire de l'exposition pour le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC).

Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Marie-Antoinette et ses... (Photo Gérard Blot, fournie par RMN-Grand Palais/Art Resource, NY) - image 1.0

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Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Marie-Antoinette et ses enfants, 1787, huile sur toile, 275 x 216,5 cm. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, France.

Photo Gérard Blot, fournie par RMN-Grand Palais/Art Resource, NY

Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Comtesse Anna Ivanovna... (Photo fournie par le Musée des beaux-arts du Canada) - image 1.1

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Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Comtesse Anna Ivanovna Tolstaïa, 1796, huile sur toile, 137,7 x 104 cm. Musée des beaux-arts du Canada. Don anonyme d’un collectionneur canadien.

Photo fournie par le Musée des beaux-arts du Canada

« C'est certainement la première fois qu'une femme peut être considérée à plein titre comme une artiste officielle. Dès 1778, elle devient la portraitiste attitrée de la reine [Marie-Antoinette], ce qui va lui ouvrir les portes de la cour et de la haute société parisienne », poursuit-il.

Grand, affable, cultivé, Paul Lang prend des airs de groupie quand il évoque le parcours de la peintre française. Cela se comprend : même si elle est quasiment inconnue du grand public, Vigée Le Brun a eu un destin absolument phénoménal, digne d'un grand roman.

Les 80 tableaux (79 portraits et 1 paysage) de cette rétrospective permettent enfin de retracer pas à pas la carrière de cette artiste exceptionnelle.

ENCOURAGÉE PAR MARIE-ANTOINETTE

Née à Paris en 1755, fille d'un peintre parisien, Élisabeth Louise Vigée Le Brun est une autodidacte. Outre les conseils de son père et de quelques amis artistes de sa famille, elle a appris son art sur le tas en copiant des tableaux, notamment ceux provenant du stock de son mari, marchand d'art.

Évidemment, au XVIIIe siècle, une femme ne devient pas une artiste reconnue sans une détermination hors du commun. Vigée Le Brun se verra notamment refuser l'accès à l'Académie royale de peinture et de sculpture. Il lui faudra patience et persévérance pour y être finalement admise, en 1783, grâce au soutien de la reine.

Déterminante pour la carrière de l'artiste, Marie-Antoinette a commandé dès 1778 un portrait à la peintre qui n'avait que 23 ans.

Le tableau, immense, possède de belles qualités, mais aussi des défauts qui révèlent la jeunesse de l'artiste. Les proportions de l'arrière-plan détonnent notamment, mais cela n'empêche pas la souveraine d'être charmée.

En 1783, Vigée Le Brun réalisera deux autres portraits de la reine qui passeront à l'histoire, notamment en raison du scandale qu'ils provoqueront.

Dans le premier, elle peint Marie-Antoinette dans une robe de Marie-Jeanne Rose Bertin, la « Coco Chanel de l'époque », précise Paul Lang. Le scandale ? Il s'agit d'une robe d'intérieur, inappropriée pour une personnalité telle que la reine.

Face au tollé, Vigée Le Brun réalisera un second portrait, similaire, mais plus respectueux des traditions. Pour une très rare fois, les deux tableaux sont présentés côte à côte dans le cadre de l'exposition.

DES PORTRAITS PLUS PERSONNELS

Outre la reine, Vigée Le Brun se met à peindre nombre de personnalités influentes de la cour et du Tout-Paris.

« Elle va renouveler en quelque sorte le portrait de cour, en le rendant plus personnel et plus ambigu. Cet aspect plus personnel, plus intime dans un contexte officiel est quelque chose de nouveau. C'est ce que Vigée Le Brun va apporter à l'histoire de l'art et au portrait. »

- Paul Lang, commissaire de l'exposition pour le MBAC

En 1789, avec la Révolution, la portraitiste comprend qu'elle ferait mieux de quitter la France au plus vite si elle ne veut pas finir comme sa principale cliente (lire : guillotinée). Elle se réfugie d'abord en Italie, puis en Autriche et en Russie.

Méconnue à l'étranger, elle se voit obligée de reconstruire sa réputation. Avec détermination, elle devra une fois de plus faire face à la misogynie de son époque.

« Les gens considèrent qu'elle doit sa carrière à sa beauté, à sa féminité, à sa sociabilité, et que son succès n'est pas tributaire des talents de son pinceau. Elle a systématiquement dû se battre », explique Paul Lang.

En exil, elle réalisera certains de ses plus beaux portraits, notamment celui d'Isabella Teotochi Marini ou celui de la comtesse Varvara Nicolaïevna Golovina. Comment expliquer qu'une telle artiste soit si méconnue après tout ce temps ? Le machisme du monde de l'art n'y est évidemment pas étranger.

Étrangement, Élisabeth Louise Vigée Le Brun a également été la victime de féministes. « Simone de Beauvoir a écrit des choses absolument terribles sur elle dans Le deuxième sexe, rappelle Paul Lang. Elle dit que c'est une femme qui a utilisé sa beauté et sa sociabilité pour promouvoir son art, qu'elle a utilisé son narcissisme. »

« Pour les féministes comme Simone de Beauvoir, le problème de Vigée Le Brun est d'être trop proche du pouvoir, trop proche des sphères aristocratiques, trop proche de Marie-Antoinette », résume Paul Lang.

Aujourd'hui, le regard sur l'artiste et son oeuvre a heureusement évolué, comme en témoigne cette spectaculaire rétrospective présentée au Met de New York jusqu'au 15 mai et au Musée des beaux-arts d'Ottawa dès le 10 juin.

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