Karine Payette: créer, oui, mais dire aussi

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L'artiste plasticienne Karine Payette devant sa sculpture Pavlov, une oeuvre récente créée avec de la fourrure, du silicone et du pigment à silicone, dans le cadre de l'exposition De part et d'autre sur les rapports entre l'espèce humaine et les animaux.

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Présentée chez Art mûr, l'exposition De part et d'autre de Karine Payette associe onirisme, philosophie et talent. Avec des oeuvres jouant sur l'équilibre confort-inconfort, l'artiste montréalaise nous tend un miroir dans lequel se reflètent la condition humaine, nos identités et nos relations ambiguës avec le monde, qu'il soit animal, minéral ou végétal.

On l'avait vue à l'Arsenal, il y a deux ans, dans le cadre de l'émission Les contemporains, sur ARTV. Karine Payette s'échinait à créer un bloc de neige sur lequel quelqu'un aurait fait pipi! Avec du polystyrène, de la neige artificielle et de la résine, l'artiste étonnait déjà avec la puissance de ses intentions. Créer oui, mais dire aussi.

Les rapports que l'homme et sa fiancée entretiennent avec leur environnement, notamment leurs semblables, fascinent Karine Payette. Elle a étudié nos rapports avec l'habitat lors de son premier solo, Faire son nid, en 2010. Puis, les liens qu'on entretient avec l'animalité l'ont inspirée. L'an dernier, elle avait présenté à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal une série de sculptures animales. Cette fois-ci, sa présentation chez Art mûr s'inspire d'Entre nous, une série d'impressions numériques issues de photos qu'elle a retouchées sur ordinateur.

Contamination

Ses impressions numériques sont des mises en scène. L'être humain y porte ou y côtoie un animal. Dans chaque cas, la bête a «contaminé» la personne. Un homme tient un serpent. Sa main et son avant-bras sont partiellement recouverts des écailles orangées du reptile. Dans une autre photo, les poils d'un chat couvrent les mains et les bras de la femme qui le tient.

Ce transfert de texture de l'animal à l'homme, Karine Payette le voit comme l'illustration d'une perte de frontière entre l'humain et les autres espèces, une sorte de rapprochement intime qui teinte notre identité et celle de l'animal.

De part et d'autre, 2016, sculpture de Karine... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE) - image 2.0

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De part et d'autre, 2016, sculpture de Karine Payette, fourrure, silicone, pigment à silicone, polystyrène.

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Interactions avec les animaux

Ce rapprochement est parfois marqué. Karine Payette l'évoque avec la sculpture éponyme de l'exposition, De part et d'autre, où un enfant androgyne aux allures de Chaperon rouge colle sa langue à celle d'un loup. Elle l'aborde aussi avec sa vidéo L'être aux aguets, un travail sur le contrôle humain de l'animal. Un berger allemand obéit aux ordres de son maître. «Couché!» «Assis!» L'animal répond aux requêtes avec un automatisme dérangeant. Tout comme dérangent ces mains qui forcent un chien à sourire dans sa sculpture Pavlov.

Le travail de Karine Payette interroge nos perceptions avec une volonté de s'exprimer en innovant. Ses sculptures sont ainsi créées comme des images que l'on verrait en trois dimensions, cadrées comme une photo. Par exemple, dans De part et d'autre, l'enfant et le loup ont le corps coupé au niveau du bassin, comme si Karine Payette avait recadré une photo. Sa sculpture murale Subjuguer, avec cette main qui tient un poisson frais, est comme un instantané photographique. L'artiste est allée jusqu'à recréer l'eau qui ruisselle sous le bras et la goutte d'eau prête à se détacher du corps et à tomber sur le sol. Tout ça avec du silicone liquide.

Entre nous V, 2016, de Karine Payette, impression... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE) - image 3.0

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Entre nous V, 2016, de Karine Payette, impression numérique, 61 cm x 91 cm, édition de 4.

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Réalisme sculptural

Il n'y a pas d'animal empaillé dans cette exposition. Toutes les sculptures découlent d'un long et délicat travail avec du silicone, des fourrures, des poils synthétiques posés couche par couche, du polystyrène et des pigments. Il faut voir la qualité de création des peaux, des membres, des ongles pour réaliser le talent de cette diplômée de l'UQAM de 32 ans.

«Comme lorsque j'ai créé ma neige à l'Arsenal, j'ai dû faire plein de tests pour mes sculptures, dit-elle. Je voulais que ce soit hyperréaliste. Je voulais travailler sur le moment figé, recréer la situation qu'on voit dans mes photos et qu'on y croit!»

Et l'on y croit! Voilà le résultat éloquent d'une recherche épatante, combinant esthétisme et contenu instructif. Un corpus qui illustre avec subtilité le modus vivendi de l'espèce humaine, positivement contaminée par les animaux, mais usant envers eux de la même arrogance et du même nombrilisme qu'elle le fait avec la nature.

Ni regards ni yeux humains dans ces oeuvres de Karine Payette. Seulement des bras coupés, des mains qui agissent, touchent, portent. Comme si l'acte humain était le fait d'un instinct immuable apparié à un inébranlable manque de vision.

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Art mûr (5826, rue Saint-Hubert) jusqu'au 27 février.

Les autres expositions

David Lafrance

Hugues Charbonneau expose, jusqu'au 20 février, dans sa blanche galerie du Belgo, d'étonnantes sculptures sur bois polychrome. On doit ces étranges et colorés assemblages à David Lafrance. Avec Les appelants, l'artiste montréalais évoque l'attirance que l'homme a pour le plaisir, le bonheur ou la richesse... même quand le danger rôde. À voir.

Galerie Hugues Charbonneau, édifice Belgo (372, rue Sainte-Catherine Ouest, local 308, Montréal), jusqu'au 20 février.

Giorgia Volpe

La galerie d'art Foreman de l'Université Bishop's présente, jusqu'au 12 mars, un premier bilan de carrière de l'artiste québécoise d'origine brésilienne Giorgia Volpe. L'exposition Tisser l'existant regroupe des oeuvres conçues depuis 15 ans: du dessin, de la sculpture, de la photographie, de l'installation et de la vidéo d'art où le tissage revient souvent comme une métaphore des relations humaines.

À la galerie d'art Foreman de l'Université Bishop's (2600, rue Collège, Sherbrooke), jusqu'au 12 mars.

Nelson Henricks

Remis tous les deux ans, le prix Giverny Capital sera décerné le 18 février à l'artiste montréalais Nelson Henricks, connu pour ses installations et ses bandes vidéo. Doté d'une bourse de 10 000 $, ce prix a été créé par la firme de gestion de portefeuille Giverny Capital et son président François Rochon pour souligner et encourager «l'excellence, l'originalité et la force créatrice de l'art actuel québécois». Le jury de cette 5e édition était composé de Marie-Ève Beaupré, conservatrice au MBAM, Mark Lanctôt, conservateur au MACM, Ève-Lyne Beaudry, conservatrice au MNBAQ, Marie-Josée Jean, directrice de VOX, et Louise Déry, directrice de la Galerie de l'UQAM.

www.prixgivernycapital.com

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