Pompeii au MBAM: un âge d'or anéanti... et préservé

Vue aérienne des ruines de Pompéi, notamment des... (PHOTO ROGER RESSMEYER/CORBIS, FOURNIE PAR LE MBAM)

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Vue aérienne des ruines de Pompéi, notamment des amphithéâtres, avec le Vésuve à l'horizon. La forme du cratère découle principalement de l'éruption de l'an 79.

PHOTO ROGER RESSMEYER/CORBIS, FOURNIE PAR LE MBAM

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Le destin tragique de Pompéi, ensevelie sous les cendres du Vésuve en l'an 79, fait l'objet d'une exposition au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) jusqu'au 5 septembre. Pompeii raconte ce drame - qui a anéanti la cité romaine en plein âge d'or tout en en préservant des traces - avec 220 oeuvres d'art qui évoquent la vie publique, privée et même intime de ses habitants.

Plusieurs millions de touristes visitent chaque année le site de Pompéi, à 25 km de Naples, en Italie. L'éruption du volcan voisin, le Vésuve, a brisé l'élan de cette cité romaine qui était un centre économique et artistique dynamique et prospère depuis sept siècles. C'est cette histoire à la fois exemplaire et dramatique que les commissaires Paul Denis (du Musée royal de l'Ontario) et Laura Vigo (du MBAM) ont voulu relater, grâce à des oeuvres d'art provenant en majorité d'Italie, soit du Museo archeologico nazionale di Napoli et de la Soprintendenza archeologica di Pompei.

Une cité artistique

Un plan de Pompéi accueille le visiteur dans la première salle. On y précise la position des temples, des thermes, des rues et de l'amphithéâtre. La cité influencée par les Grecs était, à son apogée, d'un extrême raffinement. Les découvertes des fouilles l'ont démontré. Pompéi a eu un théâtre permanent avant Rome. L'exposition présente un grand nombre d'oeuvres d'art, dont des instruments de musique et des statues. Ainsi, deux grandes statues en terre cuite retrouvées intactes près du théâtre de Pompéi, en 1672, et qui représentent un acteur incarnant un personnage féminin.

Une cité dynamique

Dans la deuxième salle, l'ambiance d'une rue commerçante a été recréée avec statues, fresques, outils (ciseaux, compas, clous, pioche, etc.) et éléments techniques d'une activité socioéconomique très avancée, grâce à l'aqueduc Auguste, par exemple. L'approvisionnement en eau était très au point et même plus artistique qu'aujourd'hui! Il n'y a qu'à voir le bec de fontaine en forme de satyre pour s'en convaincre...

Une cité raffinée

Deux salles évoquent la vie de luxe que menaient certains Pompéiens, avec des espaces intérieurs richement décorés, des atriums aux fontaines recueillant l'eau de pluie et des chambres à coucher plus petites que celles d'aujourd'hui. On y a retrouvé de belles peintures murales, des fresques, des mosaïques, des tables en bronze ou en marbre (pour le jardin), des candélabres, des décorations de plafonnier, des lampes à huile, des statuettes vénérant les dieux et tout l'attirail nécessaire pour tenir de grands banquets. Les ustensiles de cuisine prouvent à quel point les Pompéiens étaient organisés: four portatif en terre cuite et même un système de chauffage de liquides très élaboré en bronze. Il ne manquait pas grand-chose dans la cuisine. Ni dans la salle de bains, avec les parfums, les vasques et les innombrables bijoux en or.

Une cité coquine

«Les bains, le vin et le sexe corrompent nos corps mais font que la vie vaut la peine d'être vécue», disait Tiberius Claudius Secundus, esclave romain devenu messager et commerçant. L'exposition comprend une petite salle Éros contenant quelques objets d'art qu'on présente aujourd'hui comme des oeuvres «pour adultes» (par exemple la sculpture du dieu Pan prenant une chèvre ou le carillon en bronze décoré d'un double phallus). En l'an 79, le sexe et les images sexuelles faisaient partie du quotidien, nous dit-on. Les religions ont ensuite transformé les moeurs en profondeur. À Pompéi, hommes et femmes pouvaient même écrire des graffitis sur les murs pour indiquer «leur nom, le prix demandé et le service offert»!

Une cité détruite

L'expo immerge le visiteur dans le drame de l'an 79 au moyen d'une animation créée dans une salle par la firme montréalaise Graphics eMotion. Grâce aux projections sur trois murs et à la bande sonore, on ressent les tremblements de terre qui ont précédé l'éruption. Les murs «se fissurent» et «s'écroulent». Une colonne de fumée et de scories monte dans le ciel. Le soleil disparaît. Cendres et pierres ponces tombent sur la cité, avant les nuées ardentes qui vont l'enflammer. Au centre de la salle, on a placé le moulage d'un chien mort alors qu'il était resté attaché à son poteau...

Moulages humains

Sur les 15 000 habitants de Pompéi, 1500 ont été tués par l'éruption. Ceux qui n'ont pu s'enfuir. Si l'éruption avait provoqué des coulées de lave, nous n'aurions pas la même exposition. L'éruption explosive avec pluies de cendres a permis de conserver la forme des corps des victimes. Grâce à des moulages, on a ainsi pu incarner le drame. Le musée expose sept moulages humains. Un homme est recroquevillé sur le dos, bras et mains levés devant lui, en position foetale, la position la plus fréquente des moulages. Le plus émouvant des moulages est sans doute celui d'une femme et de son enfant, debout sur son ventre, un moulage dont la trace a été trouvée dans la Maison du bracelet d'or, à Pompéi.

Trois films

Trois films évoquent le cataclysme qui a frappé Pompéi pendant 19 heures. Celui du Melbourne Museum, A Day in Pompeii, est une animation de 9 minutes qui permet de saisir, heure après heure, comment la cité a été détruite. Un film tourné en 1944 par une équipe américaine présente de vraies images de destruction lors de la dernière grande éruption du Vésuve. Enfin, le court métrage Soleil noir, tourné en 2014 avec un drone par l'artiste français Laurent Grasso, met le drame en perspective. «[...] les ruines renvoient l'être à son inéluctable finitude, soudant le passé au futur et plaçant la performance robotique du drone face à sa fragilité», a écrit l'historienne de l'art Teresa Castro à propos de Soleil noir.

L'exposition devrait plaire aux amateurs d'histoire, d'art antique, de géologie, de vulcanologie et d'archéologie. On peut regretter l'absence d'un catalogue. Compte tenu de la présence de plusieurs vidéos et animations visuelles et sonores, un catalogue numérique aurait été opportun. Toutefois, le MBAM propose un audioguide pour la visite et a créé le site mbampompei.com, accessible sur téléphone, qui permet de retrouver la plupart des oeuvres importantes de l'expo ainsi que leurs descriptions. Une initiative appropriée.

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Au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu'au 5 septembre.

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