Le musée Léopold expose des oeuvres abîmées

Quelques-unes des oeuvres présentées au musée Léopold.... (PHOTO AFP)

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Quelques-unes des oeuvres présentées au musée Léopold.

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Philippe Schwab
Agence France-Presse
Vienne

Des craquelures, des déchirures, des fissures: le musée Léopold de Vienne, mondialement connu pour ses collections de Schiele et de Klimt, dévoile des oeuvres abîmées de son fonds, une initiative originale destinée à récolter des dons pour leur restauration.

Une oeuvre sur bois de Cecil van Haanen littéralement mangée aux vers, des statuettes en faïence décapitées, une peinture de Robert Russ qui s'écaille par plaques entières: l'accrochage sort assurément de l'ordinaire.

«En principe, on va au musée pour voir des oeuvres en parfait état. Là, nous montrons la face obscure de notre collection», explique à l'AFP Hans-Peter Wipplinger, le nouveau directeur de ce musée dédié à l'âge d'or de l'art viennois, à la charnière du XIXe et du XXe siècle.

Constitué de 6000 oeuvres amassées tout au long de sa vie par le collectionneur Rudolf Leopold (1925-2010), le fonds est célèbre pour ses peintures de Gustav Klimt - le père de la Sécession viennoise - et pour sa collection de tableaux du sulfureux Egon Schiele, la plus grande au monde.

Mais il recèle aussi des «trésors cachés» qui ne demandent qu'à retrouver la lumière du jour même s'ils portent des signatures moins prestigieuses, selon M. Wipplinger.

«À ma prise de fonctions en octobre, une des premières choses que j'ai faites a été de visiter les réserves. J'y ai découvert une quantité d'oeuvres dignes d'être exposées, mais dont l'état ne le permet pas», raconte-t-il.

Parmi celles-ci, 185 méritent d'être restaurées en priorité, juge le conservateur. Mais le coût de l'opération, évalué à 370 000 euros (570 000 $), dépasse les capacités de trésorerie de l'institution. «D'où l'idée de les présenter pour trouver des mécènes disposés à financer leur restauration».

Rouille et moisissures

Moisissures liées à l'humidité, rouille de parties métalliques, cadres voilés, accrocs, retouches malheureuses, vernis trop clinquants: l'exposition, visible jusqu'au 22 février, illustre toutes les avanies que peut subir une oeuvre d'art au fil des ans.

Elle a aussi l'avantage de faire comprendre au public «toute la quantité de travail, tout le savoir-faire qu'il faut pour exposer des oeuvres en parfait état», souligne M. Wipplinger.

D'aspect encore présentable, certaines oeuvres «sont souvent demandées en prêt mais doivent être restaurées pour supporter le voyage», précise le conservateur, désignant de rares pièces de mobilier Art nouveau de Koloman Moser et des Wiener Werkstätte, ou encore une toile d'Albin Egger-Lienz.

L'appel à mécénat concerne aussi la pose de verres de protection sur des chefs-d'oeuvre de la collection permanente, comme Vie et mort de Klimt. Selon les cas, le coût des travaux est compris entre 300 et 10 000 euros.

Parmi les premiers visiteurs de l'exposition, Wolfgang, un élégant sexagénaire, ne cache pas être séduit par le concept. «Je suis venu exprès de Chypre, où j'habite. Je suis prêt à débourser une certaine somme si j'ai un coup de coeur. Mais pas pour n'importe quoi», confie ce Viennois d'origine en scrutant les pièces une à une.

Rudolf Leopold avait commencé sa collection après la Seconde guerre mondiale, achetant notamment un grand nombre d'oeuvres de Schiele et Klimt à un moment où ces artistes, aujourd'hui cotés des dizaines voire des centaines de millions de dollars, étaient passés de mode.

Géré par une fondation de droit privé créée en 1994 par le collectionneur, le musée a accueilli près de 5 millions de visiteurs depuis son ouverture en 2001. Il est doté d'un budget annuel de 8 millions d'euros, dont 3,3 millions de subventions.

En 2010, l'établissement avait pu récupérer contre 19 millions de dollars une de ses oeuvres maîtresses, Portrait de Wally de Schiele, saisi douze ans plus tôt à New York. Ce tableau, acquis en 1954, provenait d'un fonds de bien juifs spoliés par les nazis.

Depuis plusieurs années, la Communauté israélite d'Autriche (IKG) réclame par ailleurs la restitution de cinq dessins de Schiele provenant de la collection Mayländer, elle aussi spoliée. Le musée, qui n'est pas tenu par la loi de se défaire de ces oeuvres, a indiqué être en négociation avec les ayants droit en vue d'une solution à l'amiable.

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