Hank Bull: bilan d'un tisseur d'artistes

Connexion est une exposition sur la vie. Celle... (PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE)

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Connexion est une exposition sur la vie. Celle de Hank Bull - un des artistes les plus originaux du Canada - et celle d'artistes qu'il a croisés tels que Mona Hatoum, Nobuo Kubota, Shengtian Zheng, Altagor ou Edward Poitras.

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La Galerie de l'UQAM présente jusqu'au 5 décembre l'installation Connexion de Hank Bull. Il s'agit d'un regard sur la place singulière qu'occupe cet artiste de Vancouver dans l'art visuel canadien depuis 50 ans, avec des pratiques artistiques (performance, vidéo, animation radio, réseautage) axées sur la création éphémère et le développement international de l'art.

Si vous entrez dans la salle principale de la Galerie de l'UQAM ces jours-ci, vous aurez l'impression de pénétrer dans un magasin d'antiquités. Un mélange d'oeuvres, de souvenirs et d'archives. Normal! Connexion est une exposition sur la vie. Celle de Hank Bull - un des artistes les plus originaux du Canada - et celle d'artistes qu'il a croisés comme Mona Hatoum, Nobuo Kubota, Shengtian Zheng, Altagor ou Edward Poitras.

Connexion est une ode à la création collective, un territoire de rencontres dont on tire de multiples enseignements sur les cultures du monde, sur les modes de pensée, les destins des peuples et les initiatives diverses que Hank Bull a prises durant sa vie pour tisser des liens avec des artistes de tous les horizons. La Presse l'a rencontré à la galerie.

Q: Cette expo est un bilan de vos expériences dans les arts, les sciences, les technologies et les communications. Des expériences centrées sur un besoin de tisser des liens avec des artistes...

R: J'ai eu une formation de peintre, mais à la fin des années 60, je m'intéressais beaucoup à l'idée de l'encadrement du tableau, c'est-à-dire là où la peinture s'arrête et là où le monde commence. Toutes les questions de contenus, de contextes et de frontières entre l'art et le monde. J'ai alors laissé tomber la peinture et j'ai découvert le milieu des artistes qui travaillaient la performance, les médias, la vidéo, etc.

Q: Une orientation que vous avez développée au Western Front pour créer des réseaux et avec l'émission radiophonique HP Dinner Show, à Vancouver dans les années 70-80.

R: Oui, l'émission, c'était tous les dimanches avec Patrick Read. Ça a duré huit ans. Dans le milieu des centres d'artistes, on a eu une certaine audience. On a fait des tournées au Canada et en Europe avec l'arrivée des radios libres au début des années 80. On existait en dehors du monde de l'art, hors des musées et des galeries qui ne s'intéressaient pas à ce qu'on faisait.

Q: Vous n'avez toujours pas de relations avec les galeries d'art privées...

R: Aucune! Ce que je fais n'est presque pas vendable, mais de toute façon, pour moi, l'art n'est pas un objet, mais une relation entre les gens. C'est un mode de vie, un parcours philosophique. Ce sont ces relations qui m'intéressent depuis les années 70. Pour créer de l'art ensemble.

Q: Une de vos installations est une accumulation d'objets technologiques des années 80, quand vous aviez utilisé les capacités des nouveaux moyens de transmission, bien avant l'internet, pour créer des espaces virtuels artistiques.

R: On était une trentaine d'artistes à travers le monde à utiliser ce type d'appareil pour passer des vidéos par la ligne téléphonique, avant l'internet. On avait écrit des romans en réseau, fait des projets en liaison directe avec des danseurs dans d'autres villes. On a même fait des protestations contre la guerre en Irak en 1991.

Q: En 1996, vous avez organisé Shanghai Fax, la première expo collective en art contemporain en Chine, sans la collaboration du gouvernement chinois ou du privé. Vous en exposez un catalogue ici.

R: J'avais rencontré en Chine des artistes qui m'avaient bouleversé. Je leur avais dit qu'il fallait qu'on travaille ensemble. Comme ce n'était pas possible de faire sortir leurs oeuvres, on a fait l'expo là-bas avec nos réseaux. Tous les artistes ont envoyé leurs oeuvres par fax! On les a exposées dans la galerie d'un musée, en même temps que la première biennale de Shanghai. L'expo n'a pas été fermée. Ça a été un grand succès.

Q: Vous exposez ici Automn Colours after Zhao Mengfu, une vidéo réalisée en Chine, entre Pékin et Shanghai, dans les années 80, puis terminée en 2012. Elle est reliée à une oeuvre de Zhao Mengfu, qui a vécu au XIIIe siècle.

R: Zhao, c'est un peu le Léonard de Vinci de la Chine. Il a réalisé un tableau célèbre, Couleurs d'automne sur les monts Qiao et Hua, en 1294. Une époque durant laquelle il y a eu un retour à l'ancien, avec une primauté du texte sur l'image. Je me suis rendu à l'endroit qu'il a représenté. J'ai retrouvé ces deux montagnes et j'ai filmé les lieux en hommage à Zhao et pour voir le rapport avec ce paysage. Ce paysage des années 80 n'est plus le même aujourd'hui. Il y a des gratte-ciel partout!

Q: Ce réseautage d'artistes aura-t-il été bénéfique?

R: On avait débuté avec beaucoup d'espoir et un peu d'utopie. Finalement, on s'aperçoit que ce n'est pas facile. Il y a beaucoup de problèmes, de la surveillance, un contrôle de l'imaginaire. Dans les années 80, bien des artistes chinois étaient en exil. Maintenant, comme a dit un Chinois, la bonne nouvelle, c'est que l'État chinois soutient l'art contemporain. Et la mauvaise, c'est que l'État chinois soutient l'art contemporain! Les artistes chinois sont les héritiers d'une tradition extraordinaire d'art visuel qui a connu sa Renaissance huit siècles avant la nôtre! Dans la céramique, dans l'invention du papier. La Chine était le centre du monde. Et elle est de retour.

Q: Comment voyez-vous le foisonnement artistique canadien, aujourd'hui?

R: Le gouvernement Trudeau comprend mieux la culture que le précédent. Justin Trudeau a dit qu'il va améliorer le budget du Conseil des arts du Canada. C'est un bon début. Le CAC est le meilleur soutien de la culture dans le monde entier! Et ça ne coûte pas cher. Même doubler le budget, ce n'est pas beaucoup. Cent millions, c'est quoi, comparé au milliard qu'on va donner à Bombardier?

Q: Quels sont vos projets après cette exposition?

R: Je suis à l'âge où on rentre dans le musée ou dans une galerie, alors c'est un moment dangereux et délicat ! Je suis content d'avoir l'occasion de m'exprimer ici à Montréal. Montréal, c'est notre histoire. Et j'ai fait pas mal d'expériences au Québec dans ma vie. C'est un autre chez-moi ici.

Q: Vous avez envie de prendre un peu de recul?

R: J'ai fait une réflexion sur ce que j'ai fait; maintenant, je retourne à la peinture et à ma propre poésie. C'est l'horizon intérieur qui m'intéresse désormais. Pour faire mon propre voyage.

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À la Galerie de l'UQAM jusqu'au 5 décembre.

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