Marc Garneau: l'imprévisible transformateur

L'artiste Marc Garneau... (Photo Gabor Szilasi, fournie par le centre d'art 1700 La Poste)

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L'artiste Marc Garneau

Photo Gabor Szilasi, fournie par le centre d'art 1700 La Poste

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Poursuivant ses célébrations de grands artistes, la mécène montréalaise Isabelle de Mévius a rassemblé 32 oeuvres - des grands formats, pour la plupart - du peintre Marc Garneau dans son centre d'art 1700 La Poste. Ce coup d'oeil sur 30 ans de production d'un imprévisible créateur y est présenté jusqu'au 20 décembre.

Marc Garneau n'avait pas exposé depuis l'an dernier, avec ses oeuvres récentes chez Graff et, en même temps, ses plus anciennes à la Fondation Molinari. C'est donc une belle idée de relier l'ancien et le nouveau dans cette imposante exposition, Marc Garneau : une trajectoire, qui habille les cimaises des trois niveaux du 1700 La Poste.

Affermi par l'automatisme et l'expressionnisme abstrait, le style de Marc Garneau est (évidemment) arrimé à ses expériences de vie. De 1985 à 2015, son oeuvre s'est ainsi consolidé au gré des aléas, des rêves, mais aussi d'inspirations souvent liées à un penchant pour le champêtre et le sylvestre.

Lors de la visite de presse, ce disciple de Guido s'est dit ému de voir ainsi réunis tous ses tableaux conservés chez lui et jamais exposés ensemble.

Le 1700 La Poste rend un bel hommage à son travail, les toiles étant disposées selon un agencement aéré qui leur donne beaucoup d'éclat.

Le transformateur

À l'entrée de l'expo, on est accueilli par Passer, une des toiles les plus anciennes de cet artiste né à Thetford Mines en 1956. Il s'agit d'une acrylique et toile sur toile. « Toile sur toile » est une technique qu'il a conservée durant toute sa carrière. Une façon d'assembler, de rabouter, de réutiliser des morceaux de toile peints, découpés puis collés sur le canevas.

Passer, oeuvre symbolique, ni tout à fait abstraite ni totalement figurative, annonce une production cohérente jalonnée par une succession de vibrations artistiques. Une production témoignant d'un instinct, voire d'un plaisir récurrent, de jouer avec la surface, de coller, d'ôter, de replacer, d'exclure même ses propres choix. Une façon de marquer, par la trace, la mémoire du geste. Une chimie picturale qui construit en déconstruisant, en décomposant.

Alchimiste de ses métamorphoses, Marc Garneau est un transformateur qui a toujours fui le prévisible. Mis à part la période postérieure à 2009 et l'exposition Seconds soubresauts, la création de Marc Garneau est marquée par une inclination pour les teintes sombres et les contrastes sévères. Jamais de noir, mais des mauves foncés, des verts de sous-bois sans lune ou des bleus minuit.

Cela donne des oeuvres frappantes et solennelles telles que Thanatos (1985), où des morceaux de toile sur toile bruns font apparaître une croix, ou encore Urne V (1988), un tableau qu'il qualifie de « majeur » et sur lequel il a bûché longtemps.

Dans une même salle, on a regroupé trois oeuvres marquantes de 1991-1992 : les grands formats Parcours, Nuit blanche II et Syndrome III. Des oeuvres à la fois souples et mystérieuses où l'onirisme se mêle à une quête de mouvement dans l'espace.

Transpercement

Une des grandes oeuvres de l'exposition est sans nul doute Transpercement (1988), une acquisition du Musée d'art contemporain de Montréal. Une grande toile contemporaine aux airs de Renaissance dans laquelle Garneau a symbolisé le militaire saint Sébastien (IIIe siècle après J.-C.) transpercé par des flèches pour avoir été solidaire de saint Marc et de saint Marcellin. Une représentation qui a eu un réel engouement chez les peintres du XVe siècle.

Dans Transpercement, la silhouette du martyr est évoquée par quelques traits au fusain sur la droite tandis que des lambeaux de toile imitent les flèches.

On trouve encore une référence à la religion dans L'annonciation, de 1996-1998. Marc Garneau y reprend le thème de l'ange Gabriel venu annoncer le mystère de l'incarnation à la Vierge, les acteurs de l'événement biblique étant suggérés par des formes blanchâtres.

Dans un espace carré, on a rassemblé quatre oeuvres datant de la fin du siècle dernier pour lesquelles l'artiste a eu recours au bois brûlé. De belles oeuvres où l'on détecte à la fois son souci de revenir en quelque sorte à la base de l'art rupestre et sa dextérité et son attirance pour un matériau qu'il a façonné, jeune, en tant que menuisier. L'art de son père.

L'oeuvre Rituel, de 1995, est splendide de textures multiples. Peint avec du charbon broyé, le canevas est encadré par des plaques de bois brûlé et gravé. Une oeuvre forte, sacramentaire, qui porte bien son nom. Tout comme Iceberg, dans laquelle on devine un gros travail de composition avec collage de papier artisanal, gravure et peinture acrylique.

Moins spontanées sont ses oeuvres Arboretum de 2004, une période qu'on devine moins inspirée. Mais son retour récent à des couleurs plus vives, notamment les bleus de Clé des songes, laisse présager que la trajectoire de Marc Garneau se poursuit, avec sa courbe toujours imprévisible en révolution autour de l'astre des expressions humaines.

L'exposition est bonifiée par l'édition d'une publication élogieuse à laquelle ont participé l'historien de l'art Laurier Lacroix et la professeure de littérature française Ginette Michaud.

Au 1700 La Poste (1700, rue Notre-Dame Ouest) jusqu'au 20 décembre

http://1700laposte.com/

Marc Garneau en quelques mots

Né en 1956

Vit et travaille à Montréal

Maîtrise à Concordia en 1984

Grand Prix de la Biennale de dessin, de l'estampe et du papier-matière en 1997

Collectionné par le Musée d'art contemporain de Montréal, le Musée national des beaux-arts du Québec, le Musée d'art de Joliette, la Winnipeg Art Gallery, la Banque Nationale, le Cirque du Soleil, Loto-Québec, Power Corporation, Sun Life et la Banque Toronto-Dominion.

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