Virée des galeries: Marisol Centeno et Magali Babin

Ces deux tissages, Océano mar et Papiroflexia (Origami),... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Ces deux tissages, Océano mar et Papiroflexia (Origami), font partie de l'exposition Voyage entre les fils présentée à l'Espacio México.

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Quelles sont les expositions à voir ce week-end? Nos critiques en arts visuels proposent une tournée montréalaise de galeries et de centres d'artistes. À vos cimaises!

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La salle de l'Espacio México du consulat général du Mexique à Montréal présente jusqu'au 25 septembre l'exposition de tissages Voyages entre les fils de l'artiste mexicaine Marisol Centeno. Une plongée au coeur de l'identité et du design textile mexicains.

Très connue au Mexique pour ses rôles dans des téléséries, dans sa prime jeunesse, puis plus tard au cinéma (Fecha de caducidad, Cuatro lunas), Marisol Centeno s'est spécialisée ces dernières années dans la création d'oeuvres textiles à la fois contemporaines et traditionnelles. Un peu dans le même esprit que le collectif montréalais Samare lorsqu'il donne un souffle de modernité au motif de la ceinture fléchée ou à la babiche.

Designer textile, Marisol Centeno travaille depuis près de cinq ans avec des artisans autochtones zapotèques de Teotitlán del Valle, dans la région d'Oaxaca. Ce sont quelques exemples de cette collaboration artistique qu'elle présente à l'Espacio México.

Ses tissages expriment la grande tradition textile des Zapotèques tout en affichant un design graphique plutôt actuel. Chaque oeuvre est une sorte de métissage entre le passé et le présent, étant créée à partir de pigments naturels ancestraux qui définissent des motifs plus contemporains que traditionnels.

Des pigments naturels

C'est le cas du tissage de laine et de coton intitulé Bacaanda, un mot qui signifie rêve en langue zapotèque. La matière tissée était composée de trois brins de couleurs différentes. Des couleurs qui proviennent de trois pigments préparés en ateliers. D'abord, le pigment «marush», une plante locale aux belles fleurs orangées qui donne une teinte... verte; la cochenille, pigment rouge sombre fourni par le corps desséché d'un insecte qui vit sur des cactus; et l'indigo dont le bleu provient des feuilles fermentées de l'indigotier. 

«Une grande partie de notre innovation réside dans la façon dont on mélange ces différents pigments pour obtenir des couleurs stables à différentes températures. Certaines couleurs se répliquent bien, mais d'autres requièrent beaucoup d'effort, car elles varient beaucoup. Dans cette tâche, il n'y a pas de formule établie, mais que du travail!», affirme Marisol Centeno, designer textile.

Pour l'oeuvre Papiroflexia, au design inspiré de l'origami, les pigments «marush» et indigo s'accompagnent de la teinte «pericón» (une sorte de millepertuis) et d'un brun très doux à la tonalité de café que donne la noix du noyer.

Pour la conception d'Océano Mar, une tapisserie splendide qui a nécessité un mois de travail, Marisol Centeno et son équipe sont parvenus à obtenir un tissage extrêmement moderne en mélangeant lignes horizontales et triangles noirs pour figurer une plage, avec le sable, les vagues et la mer. Les douces couleurs estivales obtenues avec le noyer, l'indigo et la cochenille sont attrayantes et rendent bien la brillance d'un rivage maritime.

Faisant partie de la collection Recuerdos, le dernier tapis teint avec l'indigo et la grenade s'inspire de l'ultime période de l'architecture Art déco au Mexique, avec des figures géométriques triangulaires évoquant d'anciennes portes en bois locales.

L'exposition présente également deux vidéos, dont un court métrage du réalisateur mexicain Gabriel Mariño (Un mundo secreto) dans lequel il explique l'expérience de la designer et sa collaboration avec les ouvriers textiles zapotèques,

On peut également découvrir dans des contenants quelques exemples de ces plantes qui servent de pigments pour créer tous ces tissages. Des oeuvres textiles, insiste Marisol Centeno, qui permettent à des travailleurs, notamment des femmes, de perpétuer une tradition séculaire de façon écologique tout en leur apportant une source de subsistance pérenne et la satisfaction d'une réalisation sociale et artistique.

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À l'Espacio México (2055, rue Peel), jusqu'au 25 septembre.

Magali Babin devant une des trois sacoches sonores... (PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE) - image 2.0

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Magali Babin devant une des trois sacoches sonores de son exposition Prêter l'oreille présentée jusqu'au 11 octobre à la Maison de la culture Maisonneuve.

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Mémoire en résonance

L'artiste sonore Magali Babin présente, jusqu'au 11 octobre à la maison de la culture Maisonneuve, l'installation Prêter l'oreille, qui découle d'une résidence de deux mois au Centre d'hébergement de la Maison Saint-Joseph où elle a exploré les liens entre musique et mémoire.

Magali Babin s'intéresse depuis belle lurette à l'identité sonore, enregistrant les sons des paysages, de l'architecture ou des gens. Au printemps dernier, elle s'est intégrée en douceur au sein de la communauté de personnes âgées du Centre d'hébergement de la Maison Saint-Joseph, dans le quartier Rosemont, dans le but de savoir jusqu'à quel point on peut associer un son ou une musique à un lieu ou à un souvenir particulier.

L'artiste a ainsi fait écouter de la musique avec des octogénaires atteints de la maladie d'Alzheimer et d'autres moins handicapés. Le musicologue Éric Boisclair lui avait fourni des enregistrements de musique populaire des années 50 et 60 au Québec, aux États-Unis et en France, que ces personnes appréciaient quand elles avaient entre 20 et 30 ans, soit la période de la vie durant laquelle, en moyenne, on écoute le plus de musique.

Magali Babin a enregistré ces séances d'écoute ainsi que des sons d'ambiance. De ce travail d'art sonore résulte une oeuvre qui se découvre, comme l'indique son titre, en prêtant l'oreille près de chacun des cinq éléments de l'installation.

L'artiste a choisi de présenter ses oeuvres sonores à un bas volume afin de créer dans la salle une ambiance remplie de silences et de mélanges de sons se contaminant les uns les autres.

Le symbole du sac à main

Au milieu de la salle, trois sacs à main de soirée au style désuet sont placés sur de petits piédestaux. Diffusant chacun des extraits de musique des années 40, 50 et 60, ils sont aussi une sorte d'interprétation artistique de la présence féminine, majoritaire, dans ce milieu de personnes âgées. Ces femmes ne peuvent conserver que bien peu d'objets de leur vie antérieure. Leur sac devient un élément identitaire puissant, tout comme la musique de leur passé.

Au fond de la salle, une sculpture aérienne en forme de douche est formée d'une quarantaine d'écouteurs auriculaires qui diffusent des chansons québécoises mentionnant des noms de villes, de rues, de quartiers, le parc La Fontaine, le fleuve Saint-Laurent, la Manic, etc. En passant sous cette «douche», nos oreilles captent ces références aux lieux associés à des chansons.

Haut-parleur holosonique

Un haut-parleur un peu particulier, dit holosonique, est installé sur un mur de la salle. Il émet un extrait d'une des séances d'écoute de l'artiste avec les aînés. Le son est faible si l'on colle son oreille sur le haut-parleur. Pour pouvoir entendre distinctement l'ambiance et les chants des aînés, il faut se placer dans une sorte de couloir sonore, à au moins deux mètres, là où un rai de lumière frappe le sol.

Deux autres haut-parleurs placés en hauteur diffusent aussi des sons que l'artiste a enregistrés dans les couloirs de l'établissement de santé, tels que des alarmes d'urgence des préposés, la cloche de la chapelle du centre ou le bruit des télévisions qui fonctionnent en permanence.

Magali Babin présente aussi une vidéo de 14 secondes d'une femme tapant du pied lors d'une fête que l'artiste avait organisée à la fin de sa résidence artistique. Une allusion au bonheur qu'ont ces personnes âgées lors de ces animations musicales.

Enfin, pour éclairer la démarche de Magali Babin, deux fauteuils ont été placés près de deux écouteurs qui diffusent 30 minutes d'entretiens qu'elle a eus avec trois employés du centre d'hébergement ainsi qu'avec Lise Grenier, professeure de l'Université de Montréal, spécialiste en musique populaire. Une écoute qui permet de saisir l'importance de la musique dans la vie de ces personnes âgées. Quand un résidant refermé sur lui-même se met à chanter les paroles d'une chanson par coeur, on se dit que l'art-thérapie est plus qu'un baume.

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À la maison de la culture Maisonneuve (4200, rue Ontario Est), jusqu'au 11 octobre, du jeudi au dimanche, de 13 h à 17 h.

Les autres expos à voir

LATINARTE

La maison de la culture Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension présente l'exposition collective Traces partagées; articuler la mémoire, dans le cadre du festival LatinArte. Elle réunit des oeuvres de Paolo Almario (Colombie), Lucia Barreto (Colombie), Christine Palmiéri (France-Canada), Carlos Rojas (Mexique) et Giorgia Volpe (Brésil-Québec), tous influencés par la culture latino-américaine.

Au Complexe William-Hingston (421, rue Saint-Roch) jusqu'au 11 octobre.

Consultez le site du festival

FRÉQUENCES RADIO

Le Musée régional de Vaudreuil-Soulanges propose, dès demain, 13 h, l'exposition Fréquences radio qui raconte la petite histoire de la radio au Québec de 1920 à 1960. On y retrouvera notamment une soixantaine de radios apparues après que le langage morse eut été remplacé par la voix humaine et les sons.

Au Musée régional de Vaudreuil-Soulanges (431, avenue Saint-Charles) jusqu'au 31 juillet 2016.

Consultez le site du musée

MARILYN - LA RENAISSANCE D'UNE ICÔNE

La galerie des Impatients expose Marilyn - La renaissance d'une icône, fruit du travail de membres de l'organisme Les impatients qui ont créé pendant un an une vingtaine d'oeuvres à partir d'une affiche d'un pastiche de la Marilyn d'Andy Warhol. La consigne était de maquiller le visage à partir de coupures de magazines féminins. 

À la galerie des Impatients (100, rue Sherbrooke Est) jusqu'au 17 décembre.

Consultez le site des Impatients

LA SOIRÉE BELGO

Les centres d'artistes et les galeries d'art contemporain de l'édifice du Belgo organisent une soirée spéciale jeudi prochain, La soirée Belgo, pour permettre au public de (re)découvrir, dans une ambiance festive, ce lieu centenaire, un pôle important de l'art contemporain à Montréal. Les galeries vont dorénavant étirer leurs heures d'ouverture. Ainsi, Arprim, CIRCA, B-312, SBC, Skol et Pierre-François Ouellette art contemporain demeureront ouverts jusqu'à 20 h tous les jeudis soir.

Soirée Belgo (372, rue Sainte-Catherine Est, aux 2e, 3e, 4e et 5e étages) le 24 septembre, de 18 h à 22 h.

Consultez le site The Belgo Report (en anglais)

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