Virée des galeries: Osheaga et Michel Depatie

Selon Wayne White, l'art contemporain peut être drôle...

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Selon Wayne White, l'art contemporain peut être drôle et accessible.

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La Presse

(Éric Clément et Mario Cloutier) Quelles sont les expositions à voir ce week-end? Nos critiques en arts visuels proposent une tournée montréalaise de galeries et de centres d'artistes. À vos cimaises!

Marionnettes à la Picasso

L'artiste multidisciplinaire américain Wayne White s'amène au festival Osheaga avec ses marionnettes et ses références à Picasso.

Le festival Osheaga a beau être un événement 100 % musical, ses organisateurs aiment habiller leur site d'oeuvres visuelles. Deux expositions ont eu lieu en galerie pour souligner les 10 ans du festival et, à partir d'aujourd'hui et jusqu'au 2 août, ce sera au tour de l'artiste américain Wayne White de faire parler de lui.

L'homme a une pratique de 30 ans en direction artistique, peinture, illustration et sculpture. Durant Osheaga, son talent en fabrication de marionnettes géantes sera mis de l'avant.

«Une d'entre elles marchera et dansera dans la foule, dit-il en entrevue téléphonique. Une autre fera de la peinture avec un pinceau de 10 à 12 pi et la troisième sera désarticulée et se trouvera dans un arbre, nettement inspirée de Picasso. J'aime séparer les parties d'un corps et les remettre ensemble comme il le faisait.»

Il avoue qu'il a toujours le grand artiste espagnol et le cubisme en tête. Wayne White est d'avis que l'art contemporain peut être drôle et accessible.

«Je vois déjà certains du monde des arts lever les yeux au ciel. Je suis peut-être naïf, mais je crois que l'art peut se donner en spectacle.»

«Je le fais depuis 30 ans et je suis pourtant fanatique d'histoire de l'art. La légèreté de l'un n'empêche pas la profondeur de l'autre.»

On le voit dans ses tableaux néoclassiques qui utilisent la typographie pour exprimer des idées ou simplement annoncer ses couleurs, comme celui qu'il a créé pour Osheaga.

«J'aime écrire. C'est mon côté plus poétique. Dans le fond, ce ne sont que d'autres façons de présenter un récit. Mais je demeure fondamentalement un peintre et un sculpteur.»

C'est la première fois qu'il prend part à un festival de musique, même si ces derniers pullulent aux États-Unis et en Californie où il réside.

«J'ai déjà failli participer à Bonaroo au Tennessee d'où je viens, mais cela n'a pas marché. Je suis content de venir à Montréal parce que je sais que le milieu de la marionnette y est très dynamique.»

L'artiste montréalais Fred Caron a, de son côté, préparé une série d'oeuvres hautes en couleur qui prendront aussi place à différents endroits et moments du week-end.

Un événement-surprise impliquant Wayne White sera également dévoilé pendant le festival Osheaga qui se tient jusqu'à dimanche au parc Jean-Drapeau.

Avec les photos que Michel Depatie a reçues,... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE) - image 2.0

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Avec les photos que Michel Depatie a reçues, il a créé des impressions numériques composées de 25 égoportraits, eux-mêmes constitués d'images provenant de courts métrages réalisés par des autochtones dans le cadre du projet Wapikoni mobile.

PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE

Briser l'image déformée

Ami des autochtones, Michel Depatie a entrepris un ambitieux projet autour du regard porté sur les Amérindiens. Une première mouture de cette recherche est présentée à la maison de la culture Frontenac et, en projection, sur le pavillon Président-Kennedy de l'UQAM, ce week-end, dans le cadre du festival Présence autochtone.

La traversée/Ashu-takesseu (en langue innue), de Michel Depatie, est une démarche artistique et humaine qui vise, dit-il, à traverser la mer des préjugés et de l'ignorance pour atteindre les rivages de la réalité des autochtones d'aujourd'hui.

Intéressé par la démarche du photographe américain Edward Sheriff Curtis - qui fit des dizaines de milliers de clichés d'Amérindiens en tenue traditionnelle entre 1907 et 1930 -, Michel Depatie a voulu réaliser une sorte d'autoportrait des Premières Nations du Québec. Mais son «face-à-face avec Curtis» ne se concrétise pas en allant photographier des autochtones dans les réserves. Michel Depatie leur demande plutôt de lui envoyer par internet leur égoportrait (selfie).

Ainsi, il a déjà reçu des centaines de photos d'individus provenant de six nations, majoritairement des Innus (Montagnais), et il prévoit élargir cette quête aux autochtones anglophones, notamment les Cris et les Mohawks.

Travail avec Wapikoni Mobile

Avec ces photos, il a créé six grandes impressions numériques grâce à un logiciel. Chacune est composée de 25 égoportraits d'autochtones, eux-mêmes constitués d'images provenant de courts métrages réalisés par des autochtones dans le cadre du Wapikoni mobile. Ce projet, fondé en 2004 par la cinéaste Manon Barbeau, a permis à des jeunes de 26 communautés autochtones de réaliser 800 films.

Chaque égoportrait est transformé de telle sorte que l'image de l'autochtone est déconstruite, formée d'une mosaïque de photos d'individus qui proviennent de sa propre communauté. 

Une façon de canaliser le narcissisme du selfie vers une identité plurielle, c'est-à-dire qui tienne compte de l'autre. Idée rassembleuse et progressiste.

Tous les selfies récupérés par Michel Depatie proviennent de jeunes, de moins jeunes, d'aînés, avec des tuques ou des casquettes, tête nue, du monde ordinaire, quoi. Rien à voir avec l'image de «l'Indien avec des plumes» véhiculée par Edward Sheriff Curtis ou encore William Notman et leurs mises en scène de l'époque.

Michel Depatie a aussi réalisé quatre impressions en juxtaposant des photos des territoires des nations yanktonaise (autrefois les Sioux) et tawataineuk (Colombie-Britannique) et des images d'Amérindiens prises par Curtis qu'il a numérisées en les composant, là aussi, de prises de vues du Wapikoni mobile. Le tout est encadré avec la photo d'un similicadre en bois de style Louis XV.

L'artiste a ainsi voulu donner une appartenance territoriale à ces quatre autochtones (deux femmes et deux hommes) et associer des images récentes dans la trame de l'oeuvre pour les rattacher à la modernité.

Miroirs et malheurs

Au centre de l'expo, Depatie a créé par terre un espace clôturé avec de petits poteaux de bois qui évoquent ceux des concessions minières (claims) ou des recherches archéologiques. À l'intérieur, des miroirs brisés reposent sur de la terre.

Le jour du vernissage, il a brisé ces 75 miroirs qui représentent 525 fois sept ans de malheur pour les autochtones, soit le nombre d'années nous séparant de 1492. Monnaie d'échange lors de la colonisation, le miroir renvoie au reflet et à l'image. Avec ce bris, Michel Depatie veut symboliquement rompre l'image déformée que les Occidentaux ont des autochtones.

L'expo comprend aussi une vidéo de 45 minutes qu'il a tournée en 2007 lors d'un mariage de deux jeunes Montagnais, Dally et Carlo, à Mani-Utenam, près de Sept-Îles. Un film qui lui a donné l'idée de ce projet de Traversée et qui illustre l'intégration des Innus à la société québécoise avec une part d'acquisition culturelle équilibrée par un fort sens de préservation des traditions.

La vidéo souligne tant l'universalité de l'échange des voeux que le fait que la réalité des Amérindiens d'aujourd'hui est bien loin de l'image d'Épinal qu'en ont donnés les photographes du siècle dernier.

Michel Depatie souhaite que ce projet soit encore exposé ailleurs et plus tard. «Je veux qu'il déborde dans l'espace public pour confronter les non-autochtones à cette vision de la réalité des autochtones d'aujourd'hui», dit-il, ajoutant que les autochtones d'aujourd'hui prennent de plus en plus leur place dans la société canadienne, notamment dans le domaine des arts visuels.

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Projections sur le pavillon Président-Kennedy de l'UQAM, de 23 h à minuit, jusqu'à dimanche;  expo jusqu'au 22 août à la maison de la culture Frontenac (2550, rue Ontario Est), du mardi au jeudi, de 12 h à 19 h, et les vendredis et samedis, de 12 h à 17 h. On peut rencontrer Michel Depatie demain à 13 h, sur le lieu de l'exposition.

Les autres expos à voir

LIEVEN DE BOECK

Dans cette première présentation d'importance en Amérique du Nord pour l'artiste belge, la Fonderie Darling s'est refait une beauté tout en blanc. Le projet White Flags de Lieven De Boeck fait pendre du plafond les drapeaux de certains pays, mais sans couleurs. Au sol, en contrepoint, The World Unmade. On voit 43 ballons de basketball peints dans les 43 tonalités identifiées sur les couleurs des drapeaux officiels. Tout un monde!

L'exposition Let Us Be Us, Again and Again, and Always de Lieven De Boeck est présentée à la Fonderie Darling, 745, rue Ottawa, jusqu'au 23 août.

CAROLINA HERNANDEZ-HERNANDEZ ET CHARLINE P. WILLIAM

Deux artistes qui s'intéressent au pouvoir du masque. Avec des points de vue fort différents, Carolina Hernandez-Hernandez, d'origine mexicaine, et Charline P. William, d'origine québécoise, présentent toutes les facettes du masque: ce qu'il cache, ce qu'il célèbre, ce qu'il symbolise. Un masque en cache souvent un autre. 

Les expositions Le pouvoir du masque de Carolina Hernandez-Hernandez et Mascarade de Charline P. William sont présentées à l'Artothèque, 5720, rue Saint-André, jusqu'au 15 août.

BERNARD BRAULT

Sous le thème du temps, les Rendez-vous photo du Richelieu (RVPR) célèbrent leur cinquième anniversaire cet été. Cet événement se veut une galerie à ciel ouvert exposant 300 photos grand format sur les rives du Richelieu, dans huit municipalités. L'invité d'honneur cette année est le photographe de La Presse Bernard Brault, qui expose à Saint-Jean-sur-Richelieu à la place Jacques-Paul. Bernard Brault donnera également des classes de maître à Beloeil les 7, 8 et 9août. 

Les RVPR se poursuivent jusqu'au 12 octobre.

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