Les Aborigènes, aux racines de l'oeuvre de Marina Abramovic

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Marina Abramovic

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Madeleine COOREY
Agence France-Presse
Sydney

Marina Abramovic est réputée pour ses performances extrêmes. Elle a marché 2500 kilomètres le long de la Grande muraille de Chine, a été mise en joue et scarifiée au nom de son art.

Dans sa résidence artistique à Sydney, la célèbre plasticienne, qui compte Lady Gaga parmi ses milliers de fans, explique que son séjour en immersion parmi les Aborigènes d'Australie dans les années 1980 a influencé considérablement son oeuvre.

«Cela a vraiment changé nos vies, cette connexion avec des gens différents», dit l'artiste de 69 ans à l'AFP, à propos de cette expérience vécue avec son compagnon de l'époque, l'artiste allemand Frank Uwe Laysiepen, connu sous le nom d'Ulay.

Ils ont vécu près d'un an dans les régions centrales du désert australien, principalement avec les tribus Pintupi et Pitjantjatjara, à proximité du célèbre rocher d'Uluru mais aussi au sein de stations d'élevage.

La philosophie aborigène fondée sur l'idée que seul compte le présent a touché une corde sensible chez l'artiste née à Belgrade.

Celle-ci veut exprimer ce sentiment à travers son art et c'est cette approche de la vie qui l'a aidée à élaborer sa célèbre performance baptisée The Artist is Present en 2010 à New York: sept heures par jour, six jours sur sept, elle est restée assise, immobile et silencieuse, et ce pendant trois mois.

Quand «les Aborigènes nous expliquent le sens (de la vie), ils vont toujours dire que tout se passe maintenant, pas dans le passé, ni dans le futur. Ça se passe maintenant et toujours maintenant», confie-t-elle avec un léger accent serbe que des décennies passées à l'étranger n'ont pas effacé.

«Donc ils savaient que dans la vie, la seule chose sur laquelle on peut compter c'est le présent parce que le passé est déjà arrivé et l'avenir n'a pas eu lieu. Et l'avenir, nous ne le connaissons pas. Dans une seconde, nous pouvons tous mourir».

Marina Abramovic s'est lacérée, flagellée, s'est gelée sur des blocs de glace ou a absorbé des produits psychoactifs qui lui provoquait des syncopes.

Travailler jusqu'à la mort

En 1974, à Naples, elle a flirté avec la mort dans sa performance Rhythm Zero. Elle invitait les visiteurs à la traiter comme un objet, à l'instar de la plume, de la rose ou du pistolet qu'elle avait disposés près d'elle.

L'expérience, qui a duré six heures, avait commencé sagement mais à la fin, l'artiste était à moitié nue, ensanglantée et avait un pistolet chargé braqué sur la tempe, des coupures sur le cou et des inscriptions sur le corps.

«Ce que j'ai appris de cela, c'est que n'importe quel être humain est capable d'en tuer un autre», dit l'artiste à la longue chevelure de jais.

Des milliers de personnes, dont bon nombre étaient en pleurs, sont venues la voir à New York en 2010, où elle a aussi expérimenté le bon côté de la nature humaine.

«Ils étaient assis devant moi, ils étaient photographiés, ils n'avaient nulle part où s'échapper sauf à l'intérieur d'eux-mêmes. Et lorsque cela se produit, les émotions font irruption et c'est ce que je voulais provoquer chez les spectateurs», explique-t-elle.

Aujourd'hui, Marina Abramovic veut poursuivre son oeuvre en s'éloignant des performances purement physiques pour s'orienter davantage vers celles relevant de la discipline mentale.

Elle prône ainsi le minutieux comptage un par un du nombre de grains de riz contenus dans un sac ou l'écriture excessivement lente de son nom pour atteindre la pleine conscience.

«L'essentiel est de faire des choses que nous n'aimons pas ou dont nous avons peur», affirme-t-elle, si on lui oppose qu'il s'agit d'exercices impossibles à faire.

À Sydney, pour un projet baptisé Marina Abramovic: In Residence, l'artiste explore la manière dont elle pourrait transmettre ses expériences, en devenant une sorte de «chef d'orchestre» dans des espaces d'exposition et en poussant les visiteurs à changer leur regard sur l'art.

L'artiste qui vit et travaille à New York va également encadrer 12 jeunes artistes australiens, leur offrant l'aide qu'elle-même n'a jamais reçue en plus de quarante ans de performances artistiques solitaires.

«Aucun homme ne veut être avec vous, parce que vous êtes trop tout ou pas bonne à marier. Je n'ai pas d'enfants, je ne voulais pas en avoir, je voulais mettre toute mon énergie dans l'art», poursuit-elle. «C'est un choix difficile mais je l'ai fait rationnellement et je ne le regrette pas une seconde. Je vais travailler jusqu'à ma mort».

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