Rodin au MBAM: dans l'atelier du maître

Créé en 1903, ce grand modèle du Penseur... (Photo: David Boily, La Presse)

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Créé en 1903, ce grand modèle du Penseur était à l'origine une pièce de 70 cm de hauteur destinée à faire partie de l'oeuvre La porte de l'enfer.

Photo: David Boily, La Presse

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Quelque 300 oeuvres d'Auguste Rodin, l'un des plus grands sculpteurs de l'histoire de l'art, sont exposées au Musée des beaux-arts de Montréal depuis samedi. Métamorphoses. Dans le secret de l'atelier de Rodin, exposition prestigieuse qui partira ensuite en tournée aux États-Unis, découle d'une collaboration avec le musée Rodin de Paris. Elle présente un large éventail de ses oeuvres tout en éclairant son inlassable expérimentation.

Cette nouvelle exposition estivale imaginée par le Musée des beaux-arts de Montréal est un tour de force. Elle devrait rassasier les amateurs de sculpture classique avec la présentation de 171 oeuvres qui ont été sculptées dans les ateliers d'Auguste Rodin (1840-1917). En même temps, elle devrait fasciner les esthètes en quête de connaissances sur le savoir-faire du sculpteur et ses pratiques expérimentales.

Métamorphoses. Dans le secret de l'atelier de Rodin montre combien cet artiste d'exception a su faire le tour de sa pratique, travaillant l'argile, le plâtre, le marbre et le bronze tout en s'exprimant avec le crayon, l'aquarelle ou la porcelaine. Le visiteur pourra ainsi admirer 94 oeuvres en plâtre, 60 en bronze, 14 en marbre et 3 en terre.

Du travail d'équipe

On découvrira au sein du parcours muséal combien le travail de Rodin en atelier était une activité collective, selon une tradition remontant au Moyen-Âge. Jusqu'à 50 personnes oeuvraient à ses côtés: des modèles, bien sûr, mais aussi des collaborateurs (appelés praticiens), des fondeurs et des ouvriers qui travaillaient la terre, préparaient le plâtre ou les moules, ou bien aidaient à la taille (les «metteurs aux points») ou à la patine des marbres.

Les 12 salles de l'exposition explorent tous les aspects de la sculpture. Si l'on connaît bien les marbres et les bronzes de Rodin, c'est moins le cas des plâtres qui sont l'empreinte originale de la création faite en terre argileuse.

«Rodin a travaillé énormément avec le plâtre, dit Catherine Chevillot, directrice du musée Rodin de Paris. C'est avec le plâtre qu'on trouve ses oeuvres les plus audacieuses du point de vue expérimental. Quand il faisait une oeuvre en terre, il la moulait très souvent immédiatement en plâtre, en faisait plusieurs exemplaires qu'il retravaillait ensuite différemment. Pour certaines oeuvres, on a trois, dix ou quinze moulages en plâtre.»

Le sculpteur français était très attaché à ses plâtres d'origine. Plusieurs ont malheureusement été perdus. Vers la fin de sa vie, voici ce qu'il racontait à propos du plâtre d'une de ses Bacchante. «Sans me prévenir, mes deux déménageurs d'occasion prirent la figure, un par la tête, l'autre par les pieds. Ils firent quelques pas, l'armature balança, fouetta, la terre tomba d'un coup. Entendant le bruit du choc, j'accourus d'un bond. Ma pauvre Bacchante était morte.»

L'exposition dépeint un Rodin amoureux de son art et incroyablement travailleur.

Dans la deuxième salle de l'exposition, on pourra observer sa technique de création de parties du corps, qu'il appelle ses «abattis»: des bras, des têtes, des mains, des pieds, des jambes qu'il modelait en terre, moulait en plâtre puis utilisait pour créer ses figures. Une oeuvre métamorphique par assemblage perçue aujourd'hui comme avant-gardiste.

«Son travail combinatoire a permis d'ouvrir de nouvelles perspectives à la sculpture, dit Catherine Chevillot. Il ne cachait pas les traces de son travail mais les revendiquait comme faisant partie de son oeuvre créative. Il poussait toujours plus loin sa recherche, tellement qu'il avait beaucoup de mal à considérer ses oeuvres comme terminées.»

Rodin et ses marbres

Rodin travaillait en atelier de jour comme de nuit. «Nous sommes des ouvriers dont la journée ne finit jamais», disait le sculpteur qui changea souvent d'atelier durant sa vie, le Dépôt des marbres de Paris ayant été son atelier central, un espace devenu le Musée Rodin de Paris.

Dans la salle des marbres, une quinzaine d'oeuvres sont exposées et permettent de comprendre la technique de leur création. Comment il faut d'abord «épanneler» le bloc de marbre, le dégrossir afin d'approcher la forme finale souhaitée. Une tâche effectuée par le metteur aux points. Puis le sculpteur prend le relais pour accomplir son oeuvre avant que le polissage n'achève le travail.

La salle des bronzes est un véritable ravissement avec des oeuvres immenses, notamment trois statues du groupe des Bourgeois de Calais et la magnifique L'âge d'airain. Un espace a été consacré à présenter des photos et des extraits de films. On a ainsi l'occasion d'en savoir plus sur l'atelier d'Auguste Rodin et même de le voir sculpter une oeuvre dans la pierre.

L'exposition s'achève avec une salle réservée aux non-voyants, la seule où l'on peut toucher les oeuvres qui sont en fait des répliques en résine du Penseur ou de La main de Dieu. Une bonne idée pour permettre au plus grand nombre d'apprécier le génie de cet artiste inégalé.

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Au MBAM jusqu'au 18 octobre.

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