Virée des galeries: Chih-Chien Wang et Sébastien Pesot

The Act of Forgetting, Chih-Chien Wang. Vue de... (Photo: Maxime Boisvert, fournie par la Fonderie Darling)

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The Act of Forgetting, Chih-Chien Wang. Vue de l'installation. 2015.

Photo: Maxime Boisvert, fournie par la Fonderie Darling

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La Presse

(Éric Clément et Mario Cloutier) Quelles sont les expositions à voir? Nos critiques en arts visuels proposent une tournée montréalaise de galeries et de centres d'artistes. À vos cimaises!

Je me souviens

Oublier, se souvenir. Chih-Chien Wang explore cette dichotomie dans sa magnifique vidéo The Act of Forgetting à la Fonderie Darling.

Imaginez une chambre aux miroirs. Vous êtes au milieu. Votre image se reproduit à l'infini des deux côtés. Après un moment, vous vous demandez qui est qui... 

La vidéo The Act of Forgetting de Chih-Chien Wang tourne en rond, littéralement, et exprime la même idée de répétition. Des gens se racontent, d'autres interprètent, en jouant ou en dansant, ce qui a été raconté. L'un et l'autre processus finissent par se fondre en une nouvelle réalité. À moins qu'il ne s'agisse de pure fiction...

«L'idée de départ était celle des topos d'information, explique l'artiste. Je pensais reconstituer une histoire à partir des nouvelles. Je voulais voir comment les gens racontaient une histoire et comment le contenu de leur histoire devient une abstraction. Cela a aussi à voir avec ma volonté de savoir d'où nous venons et ce que nous devenons.»

Peut-on vraiment oublier? Peut-on vraiment se souvenir? Ce qu'il en reste est-il réel ou fictif?

«Si on essaie d'oublier quelque chose, est-ce qu'on l'oublie vraiment, ou n'est-on pas en train de mieux nous le rappeler? À l'aide de procédés répétitifs, est-ce qu'on perd le moment original, ou ce moment est-il vécu de nouveau à l'intérieur de nous?»

Même si c'est la première fois qu'il crée en équipe et avec quatre caméras, Chih-Chien Wang n'aborde pas vraiment un nouveau médium ici - il a été documentariste télévisuel dans une autre vie à Taiwan -, mais sa pratique de l'intime et des émotions se transpose cette fois-ci en deux projections, l'une étant légèrement décalée par rapport à l'autre.

Deux récits

L'idée du double, donc, qui trouve également écho dans les deux récits présentés à l'écran: un fils qui console son père et une jeune femme racontant ses expériences dans l'univers de l'effeuillage.

«Les deux récits sont filmés différemment, mais je me suis rendu compte au montage qu'ils fonctionnent de la même façon. Dans les deux cas, on se demande ce qui est réel et ce qui ne l'est pas. Une histoire qui semble réelle devient irréelle ou ce qui semble être de la fiction devient le réel. À la fin, la jeune femme et les autres veulent tous s'approcher de l'art, font tous de l'art.» 

À la fin de la vidéo, des musiciens se joignent au groupe en plein tournage et ajoutent une couche d'interprétation à ce qui vient d'être joué.

Perdre ou gagner

Le cercle que décrit la caméra dans cette pièce fermée acquiert le rôle de centrifugeuse qui attire à elle tous les récits. La communion finale, toutefois, ne nous assure pas d'un sens unique, d'un message officiel.

«Après quelques reprises, on perd ce qui était le récit de départ, l'original, l'authentique. C'est comme dans la tradition orale où la toute première version a depuis longtemps été oubliée. Ce qui nous semble être la réalité d'un lieu est ce que l'on garde en nous pour toujours, même si le paysage n'est plus du tout le même.»

Chaque répétition est une perte, mais, si l'on se place de l'autre côté de la caméra, c'est aussi un gain de sens. Peu importe, alors, si c'est réel ou non.

Le reste de l'exposition permet d'ailleurs au spectateur de «participer» à la mise en scène de ce récit ouvert. Il peut prendre et laisser des objets, créer un nouveau récit, de nouveaux souvenirs.

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À la Fonderie Darling (745, rue Ottawa) jusqu'au 24 mai.

Sébastien Pesot... (Photo: Martin Chamberland, La Presse) - image 2.0

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Sébastien Pesot

Photo: Martin Chamberland, La Presse

Du punk et des fleurs

Cofondateur de l'événementiel Espace [im]média, un événement d'arts médiatiques à Sherbrooke, l'artiste Sébastien Pesot expose à la Galerie Dominique Bouffard le résultat d'une réflexion sur l'influence de la musique dans sa vie. Anatomie du bling est présentée jusqu'au 9 mai.

Près de la porte d'entrée de la galerie, Sébastien Pesot a dessiné un diagramme heuristique, liant mots et concepts tels que philosophie, anarchie, chaos, nature morte, musique, détournement, athéisme et art. Des thèmes qui rejoignent l'être qu'a été et qu'est devenu Sébastien Pesot. Un gars passionné de musique et d'art qui a connu sa période punk, un mouvement qui l'a nourri, lui apprenant à penser et agir par lui-même (le fameux Do it yourself) et à tenir tête aux courants qui ne font que passer.

«Je me suis dit qu'il fallait que j'assume le fait que le punk me nourrissait de différentes manières, dit-il, en entrevue dans la galerie. En ce qui concerne la façon dont je vois le monde, mais aussi la manière dont je fais mon art.»

Le plasticien post-punk de 43 ans (qui a cofondé le centre d'artistes autogéré Perte de signal en 1997) enseigne la vidéo d'art, l'animation et l'infographie à l'Université de Sherbrooke depuis 13 ans. Mais avant de tâter de la sagesse, il a joué de la batterie dans des groupes. Après avoir longtemps tourné l'objectif vers les autres, il a commencé à considérer son moi comme sujet de sa démarche artistique.

Conceptualisée il y a deux ans, son expo chez Dominique Bouffard consiste en une installation vidéo sur quatre écrans et en une dizaine de photographies, toutes des oeuvres consacrées au potentiel plastique des cordes d'instruments, un hommage à ses chums guitaristes et à sa passion pour la musique.

Le titre de l'expo, Anatomie du bling, réfère au jeu de l'instrument, à l'effet bling-bling qu'il peut inspirer et, en même temps, à la démarche scientifique, quasi médicale, de l'auscultation qu'il a pratiquée sur des cordes d'instruments.

Ses photos très travaillées numériquement montrent des enchevêtrements de cordes de guitares électriques, de basses et de violons, de différentes grosseurs. Dans une des photos, la main de l'artiste tient des cordes. Dans une autre, les cordes sont surmontées du slogan There is no authority but yourself. Avec Bling 06, les cordes sont tenues en bouquet. Des photos très léchées, presque trop, en tout cas loin du style voyou des banlieues ouvrières de Londres.

La vidéo de six minutes, très esthétique, montre quant à elle, sur quatre écrans, les effets du frottement sonore de plusieurs cordes de guitare, d'une craie ou d'un crayon de graphite sur quatre supports différents : le granite, l'acier, le bois et le papier. Il écrit, il griffe, il raye, il fait des ronds ou signe pour laisser sa trace. On retrouve aussi le goût de Pesot pour le rythme avec ses doigts qui composent un environnement sonore. Une vidéo conceptuelle très plaisante et des photos en hommage à l'homme qu'il est et à celui qu'il n'est pas.

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Anatomie du bling, à la Galerie Dominique Bouffard (édifice Belgo, 372, rue Sainte-Catherine Ouest) jusqu'au 9 mai.

Sébastien Pesot est présent ce week-end à la foire Papier, qui se tient au Complexe De Gaspé (5445, avenue De Gaspé) jusqu'à dimanche, 19 h.

Le mal floral

En même temps qu'Anatomie du bling, Pesot présente à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal l'exposition Le mal floral. Une étude originale sur la beauté intrinsèque de fleurs trouvées près de chez lui, en Estrie. Des fleurs décontextualisées, considérées comme des natures mortes, photographiées de si près qu'elles ont l'aspect d'un tableau, d'un oeil ou d'une cellule. Un regard singulier, un style simple au rendu très délicat, là aussi plutôt loin de Sid Vicious...

Le mal floral, à la maison de la culture du Plateau-Mont-Royal, jusqu'au 26 avril.

Sébastien Pesot en quelques mots

1971: Naissance à Rimouski.

1996: Baccalauréat en histoire de l'art à l'Université de Montréal.

2000: Maîtrise en arts visuels à l'UQAM.

2007: Fondateur du festival Espace [im]média.

2010: Expositions à Berlin et Saint-Jérôme.

2012: Exposition chez Joyce Yahouda, au Belgo.

2013: Exposition à la maison de la culture Frontenac.

La foire Papier15... (Photo: tirée de Facebook) - image 3.0

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La foire Papier15

Photo: tirée de Facebook

Les autres expos à voir

PAPIER15

Et le papier fut! Nouveau lieu, 40 galeries québécoises et canadiennes. Des centaines d'oeuvres d'artistes qui ont travaillé, entre autres, sur papier, en provenance d'ici et d'ailleurs : Claude Tousignant, Betty Goodwin, William Kentridge, Julie Favreau, Ed Pien, Karen Tam, Michel de Broin, Nadia Myre, Benoît Aquin, Joan Miró, Pierre Soulages, Pierre Dorion, Mélanie Authier, Rebecca Belmore, Marlene Dumas, BGL, Kent Monkman... 

Au Complexe de Gaspé (5445, avenue de Gaspé), aujourd'hui de 12 h à 21 h, demain de 11 h à 19 h, dimanche de 11 h à 18 h. Entrée gratuite.

Consultez le site de Papier15: http://papiermontreal.com/fr/

PRINTEMPS AUTOCHTONE D'ART

Une proposition incontournable tout comme sa thématique: la disparition de femmes autochtones au Canada. Dessins, vêtements, broderies, vanneries - et une vidéo - nous rappellent à ce devoir de mémoire que nous avons tous à ces femmes qui continuent de tomber dans l'oubli. Parmi les artistes exposées: Diane Robertson, Sylvie Bernard, Hannah Claus et Nadia Myre. 

Oubliées ou disparues - Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres, à la Maison de la culture Frontenac (2550, rue Ontario Est) du 29 avril au 6 juin.

ART CONTEMPORAIN POUR TOUS

Ils font bande à part cette année pour montrer d'autres oeuvres que sur papier en occupant un lieu qui leur plaît davantage. Les galeristes membres de l'AGAC Éric Devlin, Louis Lacerte, Yves Laroche et Robert Poulin et quelques autres présentent, dans le cadre de cet Off-Papier, des oeuvres, notamment, de Francine Simonin, François Vincent, Jonathan Bergeron, Serge Lemoyne, Annie Cantin, Osvaldo Ramirez Castillo... 

Au 6355, boulevard Saint-Laurent, de vendredi midi à dimanche 18 h.

Consultez le site de la foire: http://artcontemporainpourtous.com/

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