Carlos et Jason Sanchez: hautes tensions

Les oeuvres de Jason et Carlos Sanchez sont... (PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE)

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Les oeuvres de Jason et Carlos Sanchez sont de retour sur les cimaises de la galerie Parisian Laundry jusqu'au 25 avril.

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Échafaudant depuis quatre ans le tournage de leur premier long métrage, les photographes montréalais Carlos et Jason Sanchez n'avaient pas exposé depuis 2010. La galerie Parisian Laundry nous replonge dans l'univers tourmenté de ces disciples du photographe canadien Jeff Wall.

Vue de l'installation de l'exposition des frères Sanchez... (Photo Guy Lheureux, fournie par la Parisian Laundry) - image 1.0

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Vue de l'installation de l'exposition des frères Sanchez à la galerie Parisian Laundry.

Photo Guy Lheureux, fournie par la Parisian Laundry

Les frères Sanchez n'ont pas changé. Ou si peu. Les deux photographes trentenaires poursuivent leur exploration d'une photographie expressive et narrative construite par mises en scène. Leurs images parlent de perte d'innocence et du contrôle qu'un être peut exercer sur un autre. Elles sont une représentation de la réalité contemporaine autant que les condensés d'un récit intense et dramatique que l'on imagine bien se poursuivre. Le cinéma est au coeur de leurs références.

Les sept grandes photos qu'ils exposent à Parisian Laundry sont surtout le résultat de travaux récents. Chacune a requis des mois de conception puis des heures de prises de vue en compagnie d'une équipe de spécialistes.

Très léchées, ces images rappellent les intérieurs scénographiés de Jeff Wall et les ambiances de réalisateurs tels qu'Alfred Hitchcock, David Lynch, David Cronenberg ou Brian de Palma. Dans leur intensité, leur réalisme, leur atmosphère étouffante, lourde ou stressante.

C'est le cas de Home Invasion, la photo la plus forte de l'exposition. Un homme et un enfant (son fils?) sont recroquevillés dans une penderie qu'un individu (dont on ne voit que l'ombre) vient de fracasser. La grosse main du malfaiteur, le regard apeuré de l'enfant et l'oeil inquiet du père (dont le nez saigne) créent une atmosphère de grande tension très réussie.

In Protest est une photo réalisée cet hiver à l'angle du boulevard René-Lévesque et de la rue Lucien-L'Allier, à Montréal. Une scène d'immolation par le feu devant des témoins surpris, choqués, effrayés mais dont aucun ne fait le moindre geste pour venir en aide à la personne ravagée par les flammes sur le trottoir enneigé. Il y en a même un qui filme avec son téléphone cellulaire. La photo, dans les doux tons bleutés de l'hiver, a été réalisée en pleine tempête de neige avec des spécialistes d'effets spéciaux et construite par l'agglomération de plusieurs images.

D'autres photos n'ont pas cette force mais véhiculent une amplitude expressive similaire, comme The Lesson, qui évoque la dureté d'une professeure de piano, mains croisées dans le dos, robe et chaussures sévères, marchant derrière son élève en train de jouer.

L'oeuvre By the Skin of his Teeth a quant à elle tout de la prise de vue cinématographique. Une scène dans laquelle le mouvement est perceptible: un homme noir (un prisonnier?) paraît s'enfuir à grandes enjambées le long d'une clôture de fer et d'un immense magnolia. La bouche ouverte et le regard exorbité, une menotte fermée sur son poignet gauche, il regarde l'appareil photo avec cette surprise qu'ont les oiseaux de proie saisis par une lumière soudaine.

Un film en tournage cet été

Quand on parcourt ce nouveau corpus, on comprend qu'après 10 ans de pratique de la photo, les deux frères aient succombé à la tentation cinématographique. Travaillant dans une agence de pub et attirés par le septième art, ils préparent donc depuis quatre ans le scénario et la réalisation d'un premier film de fiction, A Worthy Companion.

Le long métrage raconte l'histoire d'un homme qui s'occupe de son frère handicapé et dont les tourments vont l'amener à kidnapper une adolescente... Produit par micro_scope (Incendies, Monsieur Lazhar, Tu dors Nicole), le film sera tourné cet été avec des acteurs canadiens et américains.

«On est des raconteurs d'histoires, alors le cinéma est un médium fait pour nous, dit Carlos Sanchez. Mais nous n'avons jamais eu l'intention d'arrêter la photographie.»

À la Parisian Laundry (3550, rue Saint-Antoine Ouest) jusqu'au 25 avril

Une photo non exposée

La galeriste Jeanie Riddle est aussi une artiste. Il a donc été difficile pour elle de décider de ne pas exposer dans sa galerie une image assez forte des frères Sanchez intitulée To Control. Il s'agit d'une imposante photo de garçons vêtus comme les Jeunesses hitlériennes, faisant avec une certaine rage le salut fasciste, le bras tendu vers le ciel. On peut la voir sur leur site thesanchezbrothers.com.

Les Sanchez ont voulu, par cette image, évoquer la perte de conscience de certains jeunes se retrouvant sur des voies de perdition. Un sujet actuel quand on songe aux jeunes Occidentaux qui partent rejoindre des terroristes islamistes. Mais un sujet éternel, délicat et sensible quand on se souvient de l'Holocauste. D'où la décision douloureuse de la galerie. L'oeuvre a pourtant déjà été exposée, à Amsterdam. Un collectionneur juif en avait fait l'acquisition.

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