Le «docteur la mort» installe un musée de cadavres à Berlin

L'un des cadavres plastinés en exposition au musée.... (STEFANIE LOOS)

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L'un des cadavres plastinés en exposition au musée.

STEFANIE LOOS

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Eloi Rouyer
Agence France-Presse
Berlin

Des corps morts dans la posture d'un skateur ou d'une danseuse classique: l'anatomiste allemand controversé Gunther von Hagens ouvre mercredi à Berlin un «musée de l'Homme» donnant à voir des cadavres plastinés qu'il a déjà exposés dans le monde entier.

Situé sur Alexanderplatz, au pied de la Tour de télévision, l'une des principales attractions de la capitale allemande, le musée présente 20 corps complets et environ 200 organes conservés intacts grâce à un procédé inventé par M. von Hagens, surnommé «docteur la mort» par la presse allemande.

Les corps sont installés dans différentes postures, comme celles d'un skateur en plein mouvement, d'une danseuse classique ou d'un gymnaste en équerre, afin de rendre encore plus perceptible la complexité des tissus, muscles et nerfs qui le composent.

Pour conserver ces tissus humains, la méthode utilisée dite de «plastination» consiste à retirer l'eau et la graisse des tissus et à les remplacer par du silicone ou de la résine époxy.

«C'est une journée qui compte beaucoup pour mon mari et moi, car nous nous sommes beaucoup battus pour ce projet», a déclaré Angelina Whalley, épouse de M. von Hagens, lors d'une visite pour la presse mardi.

L'installation du musée était combattue par les autorités du district du centre de Berlin qui avaient saisi les tribunaux, jugeant le projet contraire aux lois régionales sur l'inhumation. Mais la justice leur a donné tort le 10 février.

Mme Whalley a rappelé que l'ouverture de ce musée marquait le 20e anniversaire de la première exposition du genre «Körperwelten» («les mondes du corps») organisée au Japon en 1995. Depuis, «40 millions de personnes ont eu l'occasion de la visiter dans 23 pays», a-t-elle rappelé.

Des donateurs qui se sont engagés à offrir leur corps en vue d'une «plastination» après leur mort étaient mardi les invités d'honneur de la présentation du musée. Selon «Körperwelten», plus de 15 000 volontaires dans le monde (dont près de 13 000 en Allemagne) ont choisi de donner leur dépouille à «L'institut pour la plastination» créé par M. von Hagens et situé à Heidelberg (sud-ouest).

Detlef von Wengler, 61 ans, est l'un d'entre eux. «Il y a quelques années, j'ai regardé une émission de télé américaine où un photographe avait installé dans un cercueil son appareil qui, chaque jour, prenait une photo, c'était absolument abominable de voir les asticots se nourrir ainsi et je me suis dit: "ça je ne veux pas"», a-t-il expliqué.

«J'ai aussi vu comment se passait une crémation. Je n'ai pas trouvé ça formidable non plus et puis j'ai vu cette exposition et je me suis dit que c'était ce dont j'avais envie», a-t-il poursuivi.

«Dans mon portefeuille, j'ai une carte de donneur sur laquelle figure le nom du bénéficiaire, c'est-à-dire "les mondes du corps"», a encore déclaré M. von Wengler, affirmant que sa décision avait fait débat dans sa famille.

Presque partout où elle est passée, l'exposition de M. von Hagens, qui a également connu des déclinaisons avec des animaux, a suscité la controverse, en raison des mises en scène des cadavres. Deux couples de cadavres qui copulaient avaient créé la polémique, lors d'une exposition à Berlin en 2009.

L'origine des corps a également longtemps été sujette à caution, mais en 2004, la justice allemande avait conclu que l'anatomiste, aujourd'hui atteint de la maladie de Parkinson, n'avait enfreint aucune loi en acquérant des corps en Chine et au Kirghizistan.

En France, la Cour de cassation, plus haute juridiction judiciaire, avait confirmé en septembre 2010 l'interdiction d'une exposition de corps «plastinés» selon la méthode von Hagens.

Elle avait estimé que «l'exposition de cadavres à des fins commerciales» ne traitait pas avec «respect, dignité et décence» les restes des personnes décédées.

À Berlin, le musée pourra être visité pour un prix d'entrée fixé à 14 euros pour un adulte et 9 euros pour un enfant.

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