Sophie Calle et Simon Starling: regards nourrissants

Les oeuvres des artistes Sophie Calle et Simon... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Les oeuvres des artistes Sophie Calle et Simon Starling font l'objet de deux expositions au Musée d'art contemporain de Montréal.

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Le Musée d'art contemporain de Montréal (MAC) amorce l'année avec deux expositions nourrissantes pour l'esprit. La Française Sophie Calle et le Britannique Simon Starling portent un regard singulier et articulé sur l'art et sur la vie, et se rejoignent dans la richesse des contenus.

Ex-militante d'extrême gauche, Sophie Calle est devenue artiste en partie pour plaire à son père, amateur d'oeuvres contemporaines. L'art comme outil de séduction. La Parisienne de 61 ans a toujours considéré l'art et la vie avec défi. Décidant par exemple de ne pas avoir d'enfants. «Les enfants m'ennuient et les parents aussi», a-t-elle glissé lors d'une conférence, mardi. N'hésitant pas à faire du striptease à Pigalle quand elle avait 26 ans. Par nécessité économique et parce qu'étant féministe, ça allait «à l'encontre de (sa) manière d'être». «J'aime faire des choses qui me semblent impossibles», dit-elle.

Le directeur du MAC, John Zeppetelli, avait présenté, avec un fort succès populaire, son oeuvre Prenez soin de vous à DHC/Art en 2008. Quand la ville d'Istanbul a été nommée capitale européenne de la culture en 2010, elle y a réalisé deux séries aujourd'hui présentées au MAC sous le titre Pour la dernière et la première fois.

La première série - et la plus intéressante des deux - est un travail sur la cécité intitulé La dernière image. Sophie Calle a demandé à des Turcs devenus aveugles d'évoquer leur dernier souvenir visuel. Cela donne des histoires poignantes. Un ex-chauffeur de taxi conserve l'image de l'agressivité d'un chauffard qui lui a tiré une balle qui a traversé ses deux yeux. Et la mémoire de ses deux passagères qui ont refusé de témoigner par la suite en sa faveur...

Dans d'autres cas, la perte de vue a été subite et inexpliquée, ou découlait d'une erreur médicale, du tir d'un chasseur ou d'un accident de la route. Chaque cas est illustré par des photos et un texte. De l'art contemporain signifiant et bien présenté par la commissaire Josée Bélisle. «Il y a une tension magnifique entre ses paroles et ses images», dit John Zeppetelli.

Simon Starling

Organisée par le Museum of Contemporary Art Chicago, l'exposition de Simon Starling, Métamorphologie, présentée dans quatre salles, est un survol de son travail des 10 dernières années.

Dans la première salle, le film Autoxylopyrocycloloboros illustre une expérience menée en 2006 en Écosse. Une barque avance sur l'eau grâce à la combustion du bois... de la barque. Une oeuvre sur la métamorphose et l'autodestruction de la planète, créée sur un site où des citoyens protestent contre la présence de sous-marins nucléaires.

Dans la deuxième salle, 36 photos résultent d'une recherche faite à partir de deux images d'archives d'une expo de 19 sculptures du Roumain Constantin Brâncusi (1876-1957) qu'avait organisée Marcel Duchamp en 1927 à Chicago. Simon Starling, qui n'a peur de rien, est parti à la recherche de ces sculptures et les ayant retrouvées «métamorphosées», les a photographiées chez des collectionneurs et dans des musées d'Amérique et d'Europe.

Ce qui est fascinant avec Simon Starling, c'est l'apparente simplicité de son oeuvre et, sous-jacentes, les relations qu'il établit par rapport à notre monde, dit en substance Lesley Johnstone, commissaire de cette exposition.

La troisième salle, encore plus nutritive, présente l'oeuvre Project for a Masquerade (Hiroshima), sur les liens entre l'art et l'ère nucléaire. Simon Starling avait constaté que la sculpture Nuclear Energy d'Henry Moore se trouve à la fois à l'Université de Chicago (sur le site du premier réacteur nucléaire Chicago Pile-1) et... à Hiroshima, en version réduite. Il en a tiré une installation qui réunit huit masques montés sur des tiges d'acier et un film sur un fabricant de masques nô.

Ingrat, ce résumé ne reflète pas suffisamment la diversité et la profondeur de la démarche de l'artiste chercheur britannique, récompensé par le prix Turner en 2005. Il est vivement conseillé de lire attentivement les cartels près des oeuvres avant d'en savourer chaque histoire.

Au Musée d'art contemporain de Montréal, jusqu'au 10 mai.

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