Jack Bush: 50 ans de couleurs

Down Sweep [Balayer vers le bas], de Jack Bush,... (PHOTO MICHAEL CULLIN, TPG DIGITAL ART SERVICES, FOURNIE PAR LE MBAC)

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Down Sweep [Balayer vers le bas], de Jack Bush, 1958, 
1,91 m × 2,43 m. 
Collection of Vanac Development Corp., Vancouver

PHOTO MICHAEL CULLIN, TPG DIGITAL ART SERVICES, FOURNIE PAR LE MBAC

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Le Musée des beaux-arts du Canada (MBAC) présente, jusqu'au 22 février, une rétrospective consacrée au peintre torontois Jack Bush (1909-1977). Plusieurs de ses 130 peintures, dessins et illustrations exposés à Ottawa n'ont jamais été montrés au Canada.

Né à Toronto en 1909, Jack Bush a grandi à Montréal avant de retourner dans sa ville natale en 1928 pour y devenir illustrateur commercial, une activité qu'il poursuivra pendant 40 ans. Artiste fasciné par les couleurs, il ne se consacrera exclusivement à la peinture que pendant les 10 dernières années de sa vie.

Préparée avec l'aide de la succession de Jack Bush, de la co-conservatrice Sarah Stanners, l'auteure du catalogue raisonné, et de Marc Mayer, directeur général du MBAC, cette rétrospective est une immersion dans l'univers de cet artiste unique qui fut l'un des premiers peintres canadiens à avoir joui de son vivant d'une renommée internationale. 

La fascination de Jack Bush pour les pigments est illustrée dès le début de l'expo avec la toile Tall Spread, de 1966, un étagement de bandes colorées typique de l'abstractionniste chromatique. Puis, la toile Bonnet, de 1961, illustre la période durant laquelle la figuration et l'impact de Matisse sont perceptibles dans des toiles suggestives et épurées.

Trois personnes ont joué un rôle majeur dans le travail de Jack Bush : sa conjointe Mabel Teakle, son psychiatre J. Allan Waters et le critique d'art new-yorkais Clement Greenberg. Dès 1947, le Dr Waters lui conseille de laisser aller ses pulsions et de peindre de façon plus spontanée. Il continuera toutefois à représenter des paysages jusqu'en 1956. Dans Deep Dark, de 1955, on perçoit encore l'influence des forêts d'Emily Carr. Mais le passage à l'abstraction est en cours. Culmination (1955) est un exemple de ces toiles où des zones blanchâtres séparent les couleurs, comme plus tard avec Let Them All Fall #2 (1959) ou Down Sweep (1958).

En 1957, c'est la rencontre avec Greenberg, qui marque sa vie professionnelle et qui lui ouvrira les portes du marché new-yorkais. On dira même que le critique a influé sur la manière de peindre de Jack Bush. Le magnétisme de l'Américain est perceptible dans Black Grey + White/Greenberg's B+W,peint en février 1958. Greenberg  pousse Bush à peindre moins sombre, à se détacher de ses références picturales, à être plus personnel.

Période libertine

La salle consacrée aux années 1961-1962 montre les explosions de couleurs que Bush applique sur un système de bandes horizontales ou verticales. C'est sa période libertine, avec Zoom ou Counterpoise/Antagonist, où les larges traits surmontés d'éclaboussures ont été perçus comme phalliques. 

Puis, voici sa série de drapeaux (Flags) de 1962 avec la magnifiqueAscension, une toile en souvenir de Venise. La période 1963-1966 suit avec Yellow Cerise (Tout Blanc D), Orange Pink Green, Ceinture serrée, On Purple et Awning, dont Bush avait écrit qu'il lui avait fourni « sensation de chaleur, fourmillement et bien-être ».

La période 1967-1970 est magique avec ses bandes mises en relief par un minuscule trait blanc. Comme un souffle de Frank Stella et sa série Irregular Polygon. Les oeuvres English Visit, 3 Columns-3 Slants et Grey V, toutes de 1967, avaient eu un fort retentissement international. Elles sont là, devant nous. On comprend combien Bush a alors marqué les esprits. Il délaisse alors pour de bon le dessin publicitaire afin de se consacrer totalement à la peinture.

Une petite salle évoque son talent de portraitiste avec ses nus de style beaux-arts. On y découvre ses esquisses, ses dessins pour magazines et des éléments sur ses interrogations permanentes. Clement Greenberg écrit une lettre à Jack Bush en 1968 dans laquelle il lui dit qu'il n'est pas assez arrogant, « pas assez rebelle, pas assez joueur ». « Autrement dit, tu ne t'es pas encore rendu compte qu'il n'y a personne sur Terre, moi compris, qui en connaît plus sur la peinture que toi », lui dit le critique d'art.

Les premiers tableaux

Une salle est ensuite consacrée aux premières oeuvres du peintre, de 1929 à 1951. Dommage qu'elles n'aient pas été présentées au début de l'exposition afin qu'on puisse suivre l'évolution de son art. On y trouve croquis, portraits et paysages modernistes de type Groupe des Sept dans lesquels on perçoit son attirance pour l'expressionnisme abstrait et pour Kandinsky.

Les années 1969-1972 sont marquées par une nouvelle texture mouchetée pour le fond de ses tableaux, par ailleurs souvent immenses (5 mètres pourRising). Avec la période 1973-1975, on remarque ses figures schématisées : une cuillère (Grey Scoop) ou un X (Ex on Spring Green) de sa série Totems, des bandes multicolores en forme de lames de couteau (Down + Across).

L'expo s'achève avec les trois dernières années de Bush. Il poursuivait alors sa quête technique, délaissant le fond moucheté pour un acrylique apposé à l'éponge. Chopsticks est vraisemblablement sa dernière oeuvre. Elle était accrochée au mur de son atelier ce jour de janvier 1977 où il fut conduit à l'hôpital pour ne pas en revenir. Une oeuvre testament qui fait penser à un vol d'oies sauvages ou de notes de musique, la dernière légèreté d'un artiste anxieux qui venait de trouver une certaine sérénité et une reconnaissance qui n'a pas cessé depuis.

Au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, jusqu'au 22 février.

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