Marseille dans le viseur de Raymond Depardon

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Le photographe et cinéaste Raymond Depardon

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Beatrix Baconnier Martin
Agence France-Presse
Marseille

Rompant avec l'image d'une cité phocéenne «porte du Sud», le photographe français Raymond Depardon capte, le temps d'une exposition, la lumière de «la ville la plus photogénique de France», une ville «du nord de la Méditerranée, du nord de l'Afrique».

Après Paris, l'exposition Raymond Depardon. Un moment si doux fait escale, jusqu'au 2 mars 2015, au MuCem à Marseille, où sont exposées 137 photographies couleur, la plupart inédites, dont 40 réalisées spécialement y compris 25 sur la cité phocéenne.

Car «on ne peut pas exposer à Marseille sans mettre des photos de Marseille, c'est sans doute la ville la plus photogénique de France, un patchwork de gens de différentes origines».

Mais qu'on ne s'y trompe pas: «Marseille est une ville du Nord, pas une ville du Sud», estime le photographe français, qui a le plus souvent abordé la cité phocéenne par la mer, de retour de reportages d'Afrique qui l'ont rendu célèbre. Le grand reporter contredit ainsi son glorieux aîné le légendaire Albert Londres, qui avait aussi arpenté le continent noir ou révélé les conditions de vie au bagne en Guyane, tout en signant en 1927 Marseille porte du sud.

Muni de son Rolleiflex, Depardon a arpenté le Vieux-Port et la Canebière, le Panier et la corniche, curieux de cette «ville en devenir, multiple» à la «population multiethnique».

Délaissant toujours le numérique pour la pellicule argentique, il prend des «photos simples, des photos de la rue même s'il n'est pas toujours simple de photographier des gens à cause du droit à l'image», témoigne le photographe de 72 ans.

Sa technique: «aller vite et ne pas insister». Avant d'appuyer sur le bouton, il se souvient de cette maxime de Cartier-Bresson: «C'est comme l'artillerie, il faut tirer vite et décamper.»

À Marseille, «j'ai vu, dans mon viseur, des choses magiques, des couleurs que je ne voyais nulle part ailleurs en France. Des Comoriens, des Maghrébins habillés de manière lumineuse, tout cela mélangé à la bourgeoisie marseillaise» s'enthousiasme le globe-trotter, étonné par les contrastes qu'offre la cité phocéenne.

La lumière bleue et crue du ciel

Ses clichés montrent la lumière bleue et crue du ciel, l'éclat blanc des rochers, le rouge écarlate de la robe d'une fillette africaine dégustant une glace, le regard posé d'un couple de Maghrébins accoudés sur une balustrade plongeant dans la mer, deux dames de la bourgeoisie, de vieilles habituées, observant, attablées à un café, la foule bigarrée du Vieux-Port.

Photographe du noir et blanc, Depardon prétend «mal connaître la couleur». Travaillant avec deux boîtiers, il a pourtant toujours fait des photos couleur après avoir quitté la ferme familiale, en Saône-et-Loire pour «monter» à Paris, travailler, à 16 ans, chez un photographe, «un Marseillais», Louis Foucherand.

«J'avais des caisses et des caisses de couleur... J'en avais fait un peu sans trop aimer ça», raconte Depardon. Des photos de la ferme familiale bientôt traversée par l'autoroute, sert de déclencheur: «Les tracteurs et les mobylettes, en noir et blanc, c'était pas bien.»

Et puis, «pour mon entourage, la couleur me représentait mieux», les couleurs y étaient plus douces». Aujourd'hui ce «sédentaire» pourtant toujours en mouvement «photographie les gens» au lieu des guerres et tremblements de terre.

Ses destinations de voyages ont changé en raison du contexte géopolitique. L'amoureux de l'Afrique va désormais surtout en Amérique latine et «regrette de ne plus pouvoir traverser le désert en land rover». Il y est toutefois récemment retourné, au Tchad et en avion, faire des repérages pour une fiction sur «un jeune photographe durant la rébellion tchadienne».

Auteur du portrait officiel du président français François Hollande, Depardon vient aussi de faire de nouvelles photos du président de la République, plus intimistes, dans son bureau, qui «doivent sortir bientôt».

«Que suis-je aujourd'hui? Un photographe de presse? Un artiste? Un anthropologue? Un voyageur? Je suis un peu un mélange de tout ça», confie Depardon. Et, incroyablement modeste malgré sa longue carrière et sa grande notoriété, il affirme: «Ce sont des photos que tout le monde peut prendre».

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