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Sade au Musée d'Orsay à Paris: comment le marquis a hanté la peinture

Un toile d'Henri Rousseau exposée dans le cadre... (PHOTO FRANCOIS GUUILLOT, AFP)

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Un toile d'Henri Rousseau exposée dans le cadre de l'exposition Sade, attaquer le soleil. 

PHOTO FRANCOIS GUUILLOT, AFP

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Antoine Froidefond
Agence France-Presse
Paris

Tout le monde connaît Sade, mais bien peu l'ont vraiment lu, sauf Annie Le Brun. Cette experte du divin marquis dévoile dans une exposition audacieuse au Musée d'Orsay à Paris comment l'oeuvre de l'écrivain a hanté plusieurs grands noms de la peinture.

On connaissait l'influence des écrits de Sade sur des auteurs comme Baudelaire, Flaubert, Huysmans ou Apollinaire. On découvre avec Sade, attaquer le soleil (du 14 octobre au 25 janvier 2015) comment il a influencé des artistes tels que Delacroix, Rodin ou Degas, mais aussi Géricault, Ingres, Gustave Moreau, et même Cézanne. Sans oublier Picasso et les surréalistes, les seuls à s'en réclamer ouvertement.De Fragonard à Francis Bacon, d'Odilon Redon à Man Ray, confrontant peinture, sculpture, dessin, photo, l'accrochage serré concocté par Annie le Brun et Laurence des Cars, grande spécialiste de l'art du 19e siècle, explore «le monde à l'envers» de l'auteur des «Cent vingt journées de Sodome», mort en décembre 1814.

La «liaison qu'il a mise en évidence entre le désir et la férocité, qui, à ses yeux, est inhérente à l'homme, hante complètement la peinture», explique Annie Le Brun. «Cette exposition est l'histoire de cette révolution souterraine», dont Scène de guerre au Moyen Âge d'Edgar Degas «pourrait être le tableau-symbole». Une oeuvre représentant des hommes à cheval qui tirent à l'arc sur des femmes nues.

«À l'évidente violence faite aux femmes s'ajoute, implacable, le plaisir de s'y livrer», souligne-t-elle, faisant un parallèle avec le film Les chasses du comte Zaroff (1932). «Degas a souvent représenté les corps dans une liberté absolue, y compris avec une forme de violence, d'abandon», renchérit Laurence des Cars, directrice du Musée de l'Orangerie.

Mais les peintres du 19e ne sont pas les premiers à avoir représenté des corps nus et des scènes de viols ou d'enlèvements, fréquents aux siècles précédents, mais sous le couvert de scènes mythologiques. Pour Annie Le Brun, «l'influence plus ou moins occulte de Sade va aider les artistes à se dégager de ces modes de représentation traditionnels».

Géricault dessine une Scène de cannibalisme sur le Radeau de la Méduse, Delacroix représente une Médée furieuse, bien loin des standards classiques. Et le premier à franchir le pas de la représentation sanglante n'est autre que Rodin illustrant le Jardin des supplices d'Octave Mirbeau.

Labyrinthique et mystérieuse

«S'il y a un artiste qui est obsédé par la question du désir, c'est Rodin» qui produit 10 000 dessins érotiques, dont plusieurs présentés à l'exposition, affirme Annie le Brun, qui voit «aussi chez lui une violence incroyable».

Si «le 19e siècle n'a pas découvert la violence amoureuse», il va en faire une de ses préoccupations majeures», écrit Annie Le Brun, poète et essayiste, auteur notamment de Soudain un bloc d'abîme, Sade (1993). Avec Angélique, Ingres réinvente la figure ambiguë de la jeune captive et Cézanne signe en 1867 un Enlèvement à l'inquiétante atmosphère.

«Le premier Cézanne est très sexuel, lyrique, violent», souligne Laurence des Cars, «c'est intéressant de le remettre dans ce fil-là», comme «d'autres oeuvres qui sont relues dans le contexte sadien».

«Le choix est plutôt français, un peu germanique avec le Suisse Johann Heinrich Füssli ou l'Autrichien Alfred Kubin. Vous ne trouverez pas beaucoup d'impressionnistes», dit-elle en plaisantant.

Labyrinthique et mystérieuse, la scénographie a pris aussi le parti du sombre. Les accrochages sont ponctués de citations de Sade: «chacun a sa manie, nous ne devons jamais ni blâmer, ni nous étonner de celle de personne» ou «le crime est une volupté comme une autre».

Intitulée «Voir dans la nuit», une salle présente des écorchés en cire d'Honoré Fragonard et des planches anatomiques de Jacques-Fabien Gautier-d'Agoty. Mais les cires de femmes éventrées qui, lors de son voyage en Italie, avaient davantage ému le jeune Donatien Alphonse François de Sade que les sculptures de Michel-Ange, sont restées dans leur pays: trop fragiles pour être déplacées.

L'exposition est accompagnée d'un catalogue de 304 pages coédité par le Musée d'Orsay et la maison d'édition Gallimard.

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