Mathieu Beauséjour: soumissions à l'astre bancaire

Les oeuvres phares de l'exposition sont un trio... (PHOTO SIMON GIROUX, LA PRESSE)

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Les oeuvres phares de l'exposition sont un trio de quadriptyques, Sun 1, Sun 2 et Sun 3.

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L'artiste visuel Mathieu Beauséjour a résidé pendant six mois au Studio du Québec à Londres. Présentée à la galerie antoine ertaskiran, son exposition La banque du Soleil est un examen esthétique du monde moderne, avec des oeuvres qui évoquent l'obsession du contrôle, la soumission et la puissance inégalée de l'argent.

Cet automne, les jours de plein soleil, la galerie antoine ertaskiran semble s'épanouir dans le faste lumineux des oeuvres en noir et blanc de Mathieu Beauséjour accrochées aux murs jusqu'au 4 octobre.

L'artiste montréalais poursuit sa quête de sens sur les thèmes du contrôle et de la soumission en milieu sociétal, une recherche qu'il traduit, cette fois encore, avec élégance et originalité.

Les oeuvres phares de l'exposition sont un trio de quadriptyques, Sun 1, Sun 2 et Sun 3. Chaque ensemble de quatre cadres est une représentation des rayons d'un soleil charbonneux. Mathieu Beauséjour les a dessinés sur du papier noir au crayon de graphite gris en s'aidant d'une règle. Pour chaque cadre, les rayons ont été tracés selon des espacements variés, ce qui donne du relief et dégage une impression de vibration lumineuse.

Quand on regarde l'oeuvre de près, on comprend qu'il s'est agi d'un travail de patience quasi monacal. Ce qui épate et procure en même temps bien du plaisir avec les créations de Beauséjour, c'est son souci constant du détail, sa finition quasi parfaite provenant d'une rigueur, voire d'une ascèse presque scientifique.

Ses oeuvres intellectuellement chargées sont délicates sans être froides. Sun 1, Sun 2 et Sun 3 sont des variations d'une même étude de l'astre bienfaiteur qui n'éclaire plus avec la même ferveur rassurante, tant l'homme, par son inconscience, fait encore et toujours aujourd'hui du soleil nourricier la dynamo de sa disparition. Mais la boule de feu assombrie est aussi pour Mathieu Beauséjour l'astre bancaire qui ne luit plus mais nuit plus.

Intelligemment, les rayons des quatre cadres convergent tous vers un même espace central, le vide créé par la disposition des cadres et qui marque l'absence d'une énergie (solaire ou humaine) qu'on dilapide.

Non loin, une autre oeuvre de graphite sur papier, Sans titre, évoque ce soleil noir qui se lève sur un triste horizon d'anthracite.

Dans une salle contiguë, l'artiste a placé deux oeuvres symboliques, Orbe et Oracle, côte à côte. Orbe est une boule de métal réfléchissant entourée d'une ceinture de cuir de style sado-maso et posée à terre. Oracle est constitué d'un miroir argenté de style vénitien où la surface polie a été remplacée par du cuir noir, le tout reposant sur un fond textile dont la trame est composée du mot CONTROL qui se répète. Autre allégorie pour illustrer l'insouciance, la lâcheté et la bêtise humaines.

Dans une autre salle, Oracle de la banque du Soleil est une impression au jet d'encre sur papier représentant une règle d'organisation professionnelle (avec les mots en lettres capitales DECISION, DATA STORE ou PROCESS EXTERNAL ENTITY), une règle encadrée par des hommes d'affaires acéphales (comme son Icarus de 2010) qui se serrent la main. Référence ironique à l'obsession de contrôle du monde financier: Mathieu Beauséjour dit avoir été marqué à Londres par la «présence perpétuelle des caméras de surveillance» et la rigueur du régime capitaliste britannique.

On retrouve cette rigueur dans une série de huit impressions au jet d'encre à la fois drôles et irrévérencieuses. Il s'agit de collages de photos de journaux anglais qui ont ensuite été numérisés pour représenter des hommes d'affaires sans tête qui écoutent (l'oeuvre pause), évoquent quelqu'un (lui) ou se congratulent (happy ending).

Enfin, la seule couleur vive de l'exposition est le doux vert clair d'anciennes petites règles de mesure en plastique qu'utilisaient auparavant les architectes et les dessinateurs. Mathieu Beauséjour en a fait une installation où ces règles - associées entre elles et fixées au mur - figurent des planètes perdues dans l'immensité galactique. Telles des règles exprimant le respect d'un étalon et la tradition et devenues désuètes, avalées par la puissance informatique... qui a pris le contrôle.

La banque du Soleil, de Mathieu Beauséjour, à la galerie antoine ertaskiran (1892, rue Payette, Griffintown) jusqu'au 4 octobre.

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