Re: Faire comme si...: les forces de la vie

Chacune à leur manière, Vicky Sabourin, Anne-Marie St-Jean... (Photo: Olivier Jean, La Presse)

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Chacune à leur manière, Vicky Sabourin, Anne-Marie St-Jean et Julie Favreau pratiquent l'art de mettre en scène et de raconter sans raconter.

Photo: Olivier Jean, La Presse

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Le tableau vivant, l'installation et le discours suggestif étant au coeur des pratiques de Jacynthe Carrier, Julie Favreau et Vicky Sabourin, les trois artistes ont été réunies par la commissaire Anne-Marie St-Jean Aubre pour une exposition collective dont le deuxième volet est présenté à la Maison des arts de Laval jusqu'au 13 juillet.

Jacynthe Carrier, Julie Favreau et Vicky Sabourin ont des démarches à la fois différentes et similaires, un art de mettre en scène et de raconter sans raconter, de façon oblique et sans raccourcis, ce qui force le visiteur à prendre son temps quand elles ne l'impliquent pas carrément en tant qu'acteur. Elles ont croisé sur leur route Anne-Marie St-Jean Aubre, qui a conçu l'exposition Re: Faire comme si... qui découle de son premier volet, Faire comme si..., présenté au musée de Rimouski en 2012.

La commissaire présente sur place un glossaire qu'on peut lire comme introduction éclairante, mais aussi afin que le visiteur puisse construire son propre récit.

La visite peut débuter avec Script, l'oeuvre de Jacynthe Carrier, une vidéo de sept minutes que l'on regarde depuis une estrade en bois. Habituée à travailler en extérieur, l'artiste de Lévis livre avec Script un travail imaginé lors d'une résidence à Brooklyn et réalisé pour une fois à l'intérieur, dans l'ancien YMCA du Carré d'Youville, à Québec, là où Robert Lepage projette d'établir le théâtre Le Diamant.

À Brooklyn, Jacynthe Carrier a beaucoup observé, notamment lors de ses déplacements en transports en commun. «Je voyais les gens et me demandais ce qu'ils faisaient dans leurs petits gestes, comment ils se racontaient», dit-elle.

Dans la vidéo, une identique estrade en bois est le lieu de rencontre d'acteurs qui manipulent des objets, semblent réfléchir ou font vibrer leur corps. Il y a une belle esthétique, un souffle et une tension dans ce film bien caractéristique de Jacynthe Carrier, mais nous sommes un peu restés sur notre faim.

Vicky Sabourin

Juste à côté, Vicky Sabourin a placé au sol quelques faux lièvres en tissu. Avec son installation Does it hurt you to hunt it?, elle s'est intéressée à un phénomène survenu dans les années 30 dans le Midwest américain. À cause d'un défrichage massif et de la sécheresse, des lièvres avaient tant proliféré que la population a organisé des battues pour s'en débarrasser.

L'installation est un campement de l'époque reconstitué avec une tente, un lit pliant, une bassine, des livres de Steinbeck, des fusils, un espace de jeux, etc. L'artiste souhaite, avec cette oeuvre bien faite, rappeler l'impact de l'homme sur son environnement. Il est dommage toutefois que l'installation ne soit pas accompagnée d'une vidéo des performances que Vicky Sabourin organise sur place sur ce sujet et dans lesquelles participent les visiteurs présents dans la salle. Une telle performance sera présentée dimanche, de 13h à 17h.

Julie Favreau

Troisième installation, l'oeuvre Un bandeau sur les yeux de Julie Favreau nous a semblé la plus forte. Sur un revêtement un peu collant, une vieille table présente des petites sculptures à la fois abstraites et figuratives: tête africaine, petite poupée, etc.

En face, une télé recouverte d'un drap diffuse une vidéo de 10'. La bande sonore est lancinante. Un jeune homme barbu (joué par le danseur et acteur Jonathan Capdevielle), à l'air christique, se tient près d'une table similaire, contemple d'identiques objets, les prend dans ses mains, joue avec eux dans une ambiance mystique et sensuelle.

Grâce à une interprétation sensible de Capdevielle qui vise à mettre une âme dans ces objets inanimés, Julie Favreau réalise une oeuvre évocatrice et bien léchée, notamment avec une lumière spirituelle inspirée de Vermeer. La vidéo a également été créée avec une autre source d'inspiration puissante: Julie Favreau était alors en quête d'un rituel pour incarner la perte de Mathieu Lefevre, son collègue artiste mort tragiquement à New York en 2011.

Observer, apprendre, se souvenir, comprendre, réfléchir, célébrer, s'inspirer. Les trois installations contemporaines à la parenté évidente magnifient les véritables forces de la vie.

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À la Maison des arts de Laval, jusqu'au 13 juillet.




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