Jake et Dinos Chapman: entre le rire et l'horreur

Dinos et Jake Chapman... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE)

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Dinos et Jake Chapman

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Mario Cloutier

C'est sans contredit l'événement du printemps en arts visuels à Montréal. En collaboration avec la galerie Serpentine de Londres, DHC/ART présente la plus grande exposition à ce jour en Amérique des frères Jake et Dinos Chapman, Come and See.

Détail de l'installation, Chapman Family Collection, 2002.... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE) - image 1.0

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Détail de l'installation, Chapman Family Collection, 2002.

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Les artistes visuels, néanmoins frères, Jake et Dinos Chapman rient pour ne pas pleurer. L'humour est l'arme préférée de ces Britanniques multidisciplinaires, leur dernier rempart contre le désespoir. Sur leur pierre tombale, il sera probablement écrit: «Ils ont ri jusqu'à la fin.»

«L'humour, c'est ce qui est le plus présent dans leur travail, explique la commissaire de l'exposition, Cheryl Sim. Un humour qui mène à la critique sociale. Avec tout ce que nous avons vécu à Montréal ces dernières années, socialement et politiquement, leur venue tombe à point.»

Les frères Chapman voient rouge, rient jaune et manient l'humour noir. Le corpus présenté généreusement par Phoebe Greenberg, directrice de DHC/ART, couvre toute leur pratique artistique depuis les années 90: peinture, dessin, gravure, installation, sculpture et cinéma.

D'innombrables artefacts disposés intelligemment dans sept salles. Des oeuvres qui vont du monumental aux menus détails de personnages pas plus hauts qu'une frite!

Des personnages s'affrontent d'ailleurs dans cette rétrospective à laquelle les frères ont ajouté un grain de sel montréalais et nord-américain: le clown Ronald McDonald et des mannequins grandeur nature portant la tunique du Ku Klux Klan.

L'oeuvre Fucking with Nature (Somewhere Between Tennis Elbow... (PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE) - image 2.0

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L'oeuvre Fucking with Nature (Somewhere Between Tennis Elbow and Wanker's Cramp), 2013.

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Les spectateurs «partagent» l'exposition avec ces personnages silencieux, inquiétants, mystérieux. On peut même prendre place à leurs côtés dans une salle de projection où l'on présente des courts métrages des frangins.

Provocation

L'exposition compte cependant très peu d'oeuvres représentant des enfants - une marque de commerce, à leurs débuts, qui avait suscité la controverse.

«Nous avons utilisé des mannequins d'enfants pour une raison: dénoncer la société de consommation», explique l'aîné Dinos Chapman.

Bien sûr, les frères Chapman aiment provoquer, mais ils le font pour nous ouvrir les yeux. Avec leurs figurines nazies, leur carton-pâte et la boue environnante, ils dénoncent, ils attaquent, ils triturent. Jamais sans raison.

«La vie est ridicule. Il ne sert à rien de chercher à s'élever au-dessus du cloaque. On y retombe constamment», dit Dinos... avec le sourire!

Tout y passe: religion, sexe, moralité, histoire de l'art, philosophie... avec toujours cet air sardonique dans le menu détail ou le grotesque assumé, dans un voyage au coeur des ténèbres.

Leurs influences vont de Goya et ses gravures sur la guerre à l'art africain, aux dadaïstes et autres surréalistes, en passant par le marquis de Sade et Dante. L'enfer, ce sont les frères Chapman!

On peut y voir des parentés avec la perversion et la cruauté que décrit le travail des Américains Mike Kelley et Paul McCarthy, également.

«Mais nous ne sommes pas idéalistes du tout, souligne Jake Chapman. Chez McCarthy ou Kelley, il y a un objectif, une volonté de changement social. Pas avec nous. Nous sommes tout sauf idéalistes.»

Humour

Sans humour, on le conçoit, impossible de continuer. Et les frérots n'ont pas l'intention d'arrêter. Leurs projets s'accumulent, notamment en musique et en écriture.

Mais pourquoi Montréal est-elle la première ville nord-américaine à faire la fête à cette oeuvre contemporaine qui le mérite amplement?

«On avait refusé toutes les invitations jusqu'ici», lance Dinos. «Et puis est arrivée Phoebe», d'ajouter Jake. Avec cette 16e exposition, la galerie DHC/ART prouve encore une fois qu'elle est l'épicentre de l'avant-garde internationale.

Les frères Chapman sont à Montréal depuis une semaine. Ils ont planté des clous en participant à l'accrochage. Ils ont fait la fête aussi. Vaut mieux en rire, après tout.

«Les Montréalais sont amusants», conclut Jake Chapman.

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> À DHC/ART jusqu'au 31 août.

Leur carrière en sept étapes

> Dinos Chapman est né en 1962; son frère Jake, en 1966.

> Après des études au Royal College of Art de Londres et des années difficiles en solo, ils se lancent en duo en 1991.

> Controverse en 1995 autour d'une oeuvre montrant des enfants avec des bouches en forme de vagins.

> Ils font partie d'expositions marquantes en 1996 avec d'autres Young British Artists.

> Ils sont finalistes au très prestigieux prix Turner en 2003.

> Exposition au Tate Liverpool en 2006.

> Exposition à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg en 2012.




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