L'art dans une valise

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Le centre Turbine conçoit depuis 15 ans des créations pédagogiques dans les milieux artistiques, culturels, scolaires et communautaires.

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Mario Cloutier

L'implication des artistes en milieu de santé, scolaire ou communautaire n'est pas chose nouvelle. Puisqu'il est de plus en plus difficile d'intéresser le public aux arts et à la culture, ces lieux de rencontre avec la communauté risquent de devenir de plus en plus importants dans les années qui viennent.

À l'heure où le public boude les salles, les galeries, les théâtres, les acteurs culturels s'efforcent de multiplier les points de convergence entre les arts, les artistes et les citoyens. Peu importe qu'ils soient à l'école, au travail, à la librairie ou à l'hôpital.

Le Conseil des arts de Montréal (CAM) soutient financièrement depuis une dizaine d'années des résidences d'artistes de tous genres et dans toutes les disciplines.

«Notre but est d'amener les gens à participer à la création artistique et de donner à l'artiste le temps de créer tout en s'alimentant des citoyens», résume la directrice du CAM, Nathalie Maillé.

L'idée est évidemment d'appuyer les artistes professionnels, de susciter, on l'espère, quelques carrières artistiques, mais aussi. indirectement, d'assurer une relève des publics.

Une toute première étude universitaire, qui sera dévoilée cet été, s'est d'ailleurs penchée sur le programme de résidences d'artistes en milieu scolaire Libres comme l'art du CAM, afin de mesurer son influence sur les artistes, les enseignants et les enfants.

«On a la chance, à Montréal, d'avoir beaucoup d'artistes, rappelle la directrice du CAM. On croit que c'est signifiant, que c'est utile et, surtout, que ça va porter ses fruits en les faisant sortir de leur laboratoire de création et en les impliquant dans la communauté.»

Le rôle de l'école

Tous s'entendent pour dire que l'école a un rôle primordial à jouer dans l'éveil artistique des enfants et futurs citoyens, tant par la pratique des arts que par la participation à des spectacles, concerts, ateliers, etc. Malheureusement, plus de la moitié des jeunes du primaire et du secondaire ne voient aucun spectacle durant une année à Montréal.

Le centre Turbine conçoit depuis 15 ans des créations pédagogiques dans les milieux artistiques, culturels, scolaires et communautaires. Leur constat: au chapitre des arts à l'école, le pari n'est pas gagné.

«C'est encore très fragile, voire menacé, estime Adriana de Oliveira, qui siège au C.A. de l'organisme. Il y a encore des besoins évidents. Avec le renouveau pédagogique et les nouveaux programmes du Ministère, on ne sent pas que la vision dépasse le simple apprentissage «de faire de l'art».»

Serge Marchetta, de C2S Arts et Événements, un organisme fondé pour faire circuler l'art actuel vers d'autres milieux, est du même avis.

«Au primaire, avec tous les problèmes de moisissures et de fermeture d'établissements, il manque d'espace pour accueillir les artistes. Au secondaire, ça dépend des écoles, mais on voit qu'elles manquent de financement pour les arts.»

Les résidences d'artistes peuvent prendre plusieurs formes selon le lieu, la discipline et les projets artistiques. Elles impliquent la présence d'un artiste professionnel dans une bibliothèque, une école, une librairie, un centre spécialisé, un CHSLD, un hôpital pendant des semaines, parfois des mois.

L'organisme C2S Arts et Événements a été fondé... (Photo: fournie par C2S Arts et Événements) - image 2.0

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L'organisme C2S Arts et Événements a été fondé pour faire circuler l'art actuel vers d'autres milieux.

Photo: fournie par C2S Arts et Événements

Réciprocité

Le Conseil des arts et les organismes culturels croient que, pour être fertile pour tous, une résidence d'artiste ne doit pas se dérouler à sens unique.

«La réciprocité est très importante, note Mme de Oliveira. On cherche toujours un équilibre dans les interventions. Il faut toujours se demander ce que ça apporte à l'artiste. Pour les participants, cela peut être intangible, mais l'art est un langage et une autre façon de voir le monde. C'est important.»

«Dans notre cas, l'artiste ne fait pas d'animation culturelle, explique Serge Marchetta. Il fait un travail de recherche personnel qu'il partage avec les jeunes et eux créent, à leur tour, en s'inspirant du travail de l'artiste.»

«Dans les écoles, le contact avec l'art permet de développer le sens critique, ajoute M. Marchetta. Ils finissent par comprendre la démarche d'un artiste et, dans le même esprit, leurs parents cessent de lancer des préjugés comme «un enfant de cinq ans pourrait faire de l'art actuel».»

De plus, l'implication communautaire d'artistes loin des salles ou des ateliers a souvent des effets insoupçonnés sur le mieux-être des divers publics.

«En CHSLD, c'est assez évident, souligne Serge Marchetta. La présence d'artistes brise l'isolement. Nous avons eu le cas d'une femme souffrant de Parkinson qui s'est mise à broder en raison d'une résidence d'artiste, et elle ne tremble presque plus. Nous sommes des artistes, pas des thérapeutes, mais certaines actions peuvent avoir des effets thérapeutiques.»

Enfin, les communautés culturelles représentent l'une des clientèles les plus difficiles à rejoindre par les organismes culturels et les artistes. Le Conseil des arts en a fait l'une de ses priorités.

«On a eu, par exemple, une cinéaste en résidence qui a fait un projet avec les nouveaux arrivants d'Afrique francophone, note Nathalie Maillé. C'est un enjeu important. Quand on soutient un artiste issu de la diversité culturelle, les écoles se l'arrachent. C'est la nouvelle réalité montréalaise.»

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Sylvie Cotton

Photo: Olivier Jean, archives La Presse

Entre création et médiation

Sylvie Cotton et Maude Pilon sont deux artistes qui vont à la rencontre des gens plongés dans des situations difficiles. Leur art est à cheval entre création et médiation.

Après sa résidence de huit semaines en CHSLD l'automne dernier, l'artiste Sylvie Cotton a entrepris un séjour encore plus long, six mois, à la Maison André-Gratton. Après les personnes âgées, des enfants gravement malades.

«Le premier projet se déroulait avec des personnes qui choisissaient de participer au projet. Là, les enfants ne savent pas nécessairement ce qui arrive. Je dois les apprivoiser pour entrer en contact avec eux, explique-t-elle.»

Spécialiste de l'art relationnel, à ne pas confondre avec l'art-thérapie, Sylvie Cotton est une artiste et non une thérapeute. Elle voit cette fois qu'elle doit ralentir sa pratique et être encore plus attentive.

«Ça m'apporte beaucoup, affirme-t-elle. C'est plus subtil comme rencontre, mais plus profond. Même si je n'ai aucune idée de ce que cela va donner. Je ne suis pas capable de toujours mettre des mots sur ce que je vis.»

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Maude Pilon

Photo: fournie par l'artiste

Explorer la relation

En intervenant dans des salles d'attente du CHUM, Maude Pilon a vécu des situations tout aussi difficiles.

«La réception peut être très négative, dit-elle. L'art peut déstabiliser, c'est l'une de ses fonctions, mais pour l'artiste, toute situation est positive. L'important, c'est d'explorer la relation et la conscience de l'autre.»

En CHSLD, Sylvie Cotton avait aussi conclu à l'importance de sa présence, à un certain mieux-être constaté auprès des bénéficiaires, de leur famille, voire des employés du centre.

Les deux artistes s'avancent dans un champ relativement nouveau de l'art. Leur démarche est parfois incomprise, tant dans le milieu de la santé que dans celui de l'art.

«Je suis une artiste médiatrice, toujours entre deux chaises, explique Maude Pilon. Ça peut être difficile de percer le milieu de la santé, mais le milieu de l'art ne comprend pas toujours, non plus, la démarche.»

En ce moment, Sylvie Cotton passe du temps avec des jeunes qui ne parlent pas et qui ne prennent pas de décisions. Dans un espace, toutefois, sans tabous, sans préjugés, sans attentes.

«Ils me nourrissent énormément, dit-elle. C'est l'expérience qui compte, mais ça renforce ma volonté de faire valoir la richesse artistique dans la sphère sociale. Il y a tant à faire.»




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