Le laboratoire de David Altmejd

À l'intérieur de l'installation Juices, David Altmejd joue... (Photo Bénédicte Millaud, La Presse)

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À l'intérieur de l'installation Juices, David Altmejd joue avec les effets de miroirs, les reflets... et des morceaux de corps humain.

Photo Bénédicte Millaud, La Presse

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Baptisée Juices, la nouvelle installation du Québécois David Altmejd est présentée jusqu'au 8 mars à la galerie Andrea Rosen de New York. La Presse a rencontré l'artiste dans son studio du quartier industriel de Queens, à Long Island City.

C'est, de l'aveu même de David Altmejd, sa pièce la plus ambitieuse depuis son installation présentée à la Biennale de Venise en 2007, tant par sa taille que par son contenu. Il s'y prépare depuis six mois. «C'est un laboratoire où je combine les choses du passé avec celles du présent», indique-t-il d'entrée de jeu.

Lorsque La Presse l'a rencontré dans son studio de Long Island City, près d'une vingtaine d'assistants s'affairaient à mettre la touche finale à cet immense cube en plexiglas à l'intérieur duquel on trouve toute la mythologie de l'artiste visuel.

«Ce que je voulais faire, c'était de créer un cadre, un espace à l'intérieur duquel je ferais de l'art, précise-t-il. Un espace où ma sculpture serait faite de l'intérieur. Ironiquement, on ne pourra pas y entrer. J'aime suggérer qu'il y a un intérieur ultracomplexe, mais sans en donner l'accès.»

Un coup d'oeil suffit pour se rendre compte de la densité du contenu. «Mon but est de présenter plein d'éléments qui agissent les uns avec les autres, avec des miroirs, des reflets, des trous, des fils qui traversent certains espaces, des morceaux de corps qui semblent voler, qui interagissent avec des fruits qui dégoulinent, des jus qui s'accumulent.

«Je voulais qu'il se passe tellement de choses, de manière à ce que le spectateur ne puisse focaliser sur quoi que ce soit, avoue-t-il. Comme lorsqu'on se promène dans la nature et qu'il y a tellement d'éléments et de détails qu'on se laisse emballer par le paysage, fasciné par certains détails, mais incapable de tout capter.»

Un laboratoire

David Altmejd fait souvent référence à cet espace comme à son laboratoire. «C'est un atelier où je combine des éléments qui font partie de l'histoire de ma pratique. Par exemple, on trouve mes têtes de loups-garous, que j'ai créées il y a une dizaine d'années, avec des personnages en pâte à modeler qui sont plus récents...»

Toute la mythologie de David Altmejd s'y trouve. Les loups-garous, les membres d'animaux, les hommes à tête d'oiseau, les cristaux, les fils et maintenant des fruits en résine comme des ananas et des raisins. «Chaque fois que je travaille sur une nouvelle sculpture, il y a des matériaux qui s'ajoutent à mon vocabulaire.»

On trouve bien sûr des miroirs brisés, une constante dans l'univers d'Altmejd. «J'aime l'idée de créer des espaces infinis. Les miroirs m'aident à démultiplier ces espaces, à les agrandir. J'adore le fait que le miroir soit invisible. Visuellement, il n'existe pas. Quand on le brise, tout d'un coup, ça devient un objet ultraphysique, dangereux, coupant.»

Laisse-t-il toujours son empreinte dans ses sculptures? «Oui, répond-il. J'aime beaucoup l'idée de la sculpture qui se fait elle-même. C'est pour ça que j'ai commencé à laisser l'empreinte de mes mains dans mes sculptures. Pour donner l'impression que la matière bouge. J'ai même des moules de mes mains.»

Le mouvement

Le mouvement est également l'un des dadas de l'artiste. Dans sa dernière exposition, Zoo, présentée au Musée d'art contemporain en 2012, on voyait des zèbres en mouvements à l'intérieur d'un cube en plexiglas. Dans Juices, on pourra voir une série de têtes qui reprendra cette idée du mouvement.

«C'est l'idée de la transformation qui m'intéresse, détaille-t-il. Plus encore que celle de la métamorphose. Comme le corps qui vieillit, qui se décompose. Je me suis inspiré des photographies du mouvement du Britannique Eadweard Muybridge, avec ses photos de cavaliers en noir et blanc...»

Qu'est-ce qu'il y a de lui dans son oeuvre? «Je pense qu'il y a la profonde volonté de me prouver que j'existe intensément dans le monde, que je suis vivant, explique-t-il. L'idée du géant, mais l'idée de la matérialité aussi. De faire quelque chose qui soit à la fois attirant et repoussant. Exister à travers les tensions, la grandeur.»

Après les fruits en résine et les personnages en pâte à modeler, quel sera le prochain élément à s'ajouter à sa mythologie? «J'ai envie de travailler sur l'idée du corps de l'artiste, répond-il. Ça pourrait être une nouvelle figure dans mon laboratoire. L'homme qui réfléchit, qui est derrière tout ça. C'est quelque chose qui m'est venu en travaillant sur cette expo. Il y a un personnage en pâte à modeler un peu à l'écart. Je me suis dit que c'était l'artiste. J'ai envie de repartir de cette image.»




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