To Russia with Love: au lit avec Tchaïkovski

Le photographe montréalais Damian Siqueiros signe To Russia... (Photo: fournie par l'artiste)

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Le photographe montréalais Damian Siqueiros signe To Russia with Love, une série de photos représentant cinq couples homosexuels russes dans leur intimité. Ci-dessus, une athlète et une policière.

Photo: fournie par l'artiste

Marie Bernier
La Presse

Devant l'objectif du photographe Damian Siqueiros, le compositeur du Lac des cygnes regarde tendrement son amant, une athlète séduit une policière et le fondateur des Ballets russes fait la cour à son danseur étoile. Une dénonciation en douceur de la condition des homosexuels au pays de Poutine.

La beauté sauvera le monde, écrivait Dostoïevski. Ce sont ces mots qui ont guidé le photographe montréalais Damian Siqueiros. Alarmé par la situation des minorités sexuelles en Russie, il signe To Russia with Love, une série de photos représentant cinq couples homosexuels russes dans leur intimité. Certains ont réellement existé, d'autres non. Cinq moments de tendresse, mais aussi cinq délits aux yeux de la loi russe, qui interdit désormais la «propagande homosexuelle».

«Il est difficile de croire que quelque chose d'aussi doux qu'une caresse puisse être illégal», dit Damian Siqueiros. Le photographe, qui a déjà réalisé les affiches des Grands Ballets canadiens, a fait appel à une quinzaine de bénévoles pour ces mises en scène. Tour à tour se sont enlacés Piotr Ilyitch Tchaïkovski et son valet Aleksei Sofronov, le fondateur des Ballets russes Sergeï Diaghilev et le danseur Vaslav Nijinski, l'avocate Anna Yevreinova et l'auteure Maria Feodorova. Une athlète et sa partenaire policière ont aussi pris place dans le studio, référence obligée aux Jeux olympiques de Sotchi. Les visages de Staline et Poutine masquent le dernier couple.

Établir un dialogue

Les images auraient pu être crues. Le photographe a préféré une approche sensuelle et théâtrale. «Je n'ai pas voulu répondre à la haine par la haine, explique-t-il. Mon but n'est pas forcément de crier «Nous avons raison!», mais d'établir une conversation, un dialogue». L'esthétique très XIXe siècle, aux frontières de la peinture, n'a rien d'étonnant quand on sait qu'avant les appareils photo, Damian Siqueiros maniait les pinceaux.

Le photographe a voulu que ses «tableaux» aient une valeur éducative, en rappelant que des homosexuels ont marqué la Russie de leur talent et de leur audace. Tchaïkovski, quoique brièvement marié, entretenait des relations intimes avec des hommes, un fait documenté dans ses correspondances et connu des historiens.

L'orientation sexuelle du célèbre compositeur demeure toutefois un sujet délicat dans son pays. L'été dernier, le scénariste Yuri Arabov a annoncé que son biopic consacré à Tchaïkovski n'aborderait pas la question de sa vie intime, arguant que «seuls les ignorants croient qu'il était homosexuel». Le film, subventionné par le gouvernement russe, dépeindra plutôt «un homme solitaire, accablé par les rumeurs l'entourant». Le ministre de la Culture, Vladimir Medinsky, a contribué au flou artistique en affirmant qu'il n'y avait «pas de preuve» de l'homosexualité du compositeur.

«Les Russes sont fiers de ces gens extraordinaires tout en niant une partie de leur identité, déplore Damian Siqueiros. Mais leur homosexualité est une information très importante, qui éclaire leur oeuvre.»

To Russia with Love fait aussi écho aux conséquences de la loi russe sur la liberté de création des artistes actuels. «Mettre les couleurs de l'arc-en-ciel dans une peinture peut être considéré comme de la propagande, illustre Damian Siqueiros. En plus de brimer l'identité de l'artiste, on limite son travail.»

Atteindre le public russe

De fait, ses portraits amoureux ne seraient probablement pas tolérés en Russie. Il compte toutefois les faire découvrir au public russe grâce à un partenariat avec l'application mobile Hornet, utilisée par la communauté LGBT. Une campagne de financement pour permettre au projet To Russia with Love de voyager a été lancée sur le site Kickstarter, et des expositions sont déjà prévues ce printemps à Los Angeles et New York. Le photographe souhaite d'ici là établir des ponts avec des artistes russes pour d'éventuelles collaborations. Une exposition à la Galerie Dentaire, située dans le Village, bouclera la boucle en mai 2015.

La beauté sauvera le monde, disait un géant de la littérature russe. «Et on va le faire une image à la fois», ajoute Damian Siqueiros.

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Damian Siqueiros présentera la série To Russia with Love lors d'une conférence gratuite jeudi, à 17h, à la Galerie Dentaire (1200, rue Amherst). Le site du projet: http://torussiawithlove.squarespace.com/




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