2012-09-28 09:28:00.000

Milutin Gubash : la quête racinaire

Né dans l'ex-Yougoslavie en 1969, Milutin Gubash a... (Photo: Ninon Pednault, La Presse)

Agrandir

Né dans l'ex-Yougoslavie en 1969, Milutin Gubash a parfois désiré se délester du lourd passé yougoslave. Les Balkans sont cependant restés ancrés en lui pour devenir sujet exploratoire de son art.

Photo: Ninon Pednault, La Presse

Partager

Éric Clément
La Presse

La quête de réflexion identitaire menée depuis des années par l'artiste canadien d'origine serbe Milutin Gubash se poursuit avec, cet automne, deux expositions de photographies et de vidéos à la fois humoristiques et graves. La première a lieu à la galerie Joyce Yahouda jusqu'au 6 octobre et la seconde débutera au Musée d'art de Joliette le 28 septembre.

Si l'on prend l'angle de la personnalité, Milutin Gubash est un peu l'Émir Kusturica de l'art visuel canadien. Sans être un cinéaste - même s'il prouve en quelque sorte le contraire avec ses vidéos présentées chez Yahouda -, Gubash a la verve, l'audace, voire l'excentricité et l'humour du célèbre réalisateur dont il partage l'origine balkanique.

Né dans l'ex-Yougoslavie en 1969, Milutin Gubash et ses parents serbes sont arrivés au Canada lorsqu'il était enfant. Même si, jeune, il a parfois désiré se délester du lourd passé yougoslave, les Balkans sont restés ancrés en lui grâce aux histoires familiales et aux références historiques et sociales maintes fois racontées. Un héritage devenu sujet exploratoire de son art.

«Quand on décide de dire quelque chose qui parle de nous dans notre art, même quand on l'invente, cela devient une part de notre identité, dit-il. Du point de vue de l'image, dans mes travaux antérieurs, j'étais derrière la caméra et je regardais ce qui était devant moi, mais depuis, la caméra a pivoté pour me regarder avant de se tourner complètement et c'est maintenant moi-même qui envisage quelque chose qui n'est finalement pas directement moi.»

L'exposition Les faux-semblants, qu'il présente à la fin du mois et jusqu'à la fin de l'année à Joliette, fait partie d'une étude collective de son travail fait de 2002 à aujourd'hui menée par des commissaires de cinq institutions muséales, soit, en Ontario, le Rodman Hall Art Centre de Saint Catharines, la Carleton University Art Gallery d'Ottawa et la Kitchener-Waterloo Art Gallery; en Alberta, la Southern Alberta Art Gallery et, au Québec, le Musée d'art de Joliette.

Chaque institution a pris un angle différent de ses thèmes favoris et les cinq se sont associées pour créer un catalogue sur son oeuvre qui sortira en novembre. Du coup, en attendant Joliette, Milutin Gubash propose chez Joyce Yahouda une très intéressante réflexion sur l'homme qu'il est à travers ce que ressent l'artiste.

Attachement aux valeurs

D'abord, quatre autoportraits photographiques qui dévoilent autant son attachement aux valeurs, sa sensibilité et son côté solitaire que son déracinement perpétuel.

La première montre la rivière L'Acadie qui lui rappelle la Timis de Serbie et qui pourrait être bien d'autres rivières tant les berges ressemblent aux berges et l'eau à l'eau. On est parfois physiquement quelque part et ailleurs dans sa tête.

Dans la deuxième photographie, Milutin Gubash s'est déguisé en âne, n'ayant pas peur de rire de lui. La troisième, splendide, porte le titre de l'exposition, Consolation, et nous montre deux personnages affligés qui se soutiennent, à l'ombre d'un arbre immense et patriarcal qui semble le seul de la grande plaine de Saskatchewan!

Enfin, une photo des années 80 rappelle qu'il s'était fait draguer par un touriste slave aux États-Unis et marque sa prise de conscience d'une vie indissociable de l'art.

Il présente aussi cinq épisodes (en anglais) de son projet vidéo Born Rich, Getting Poorer, entamé il y a quatre ans et qui ressemble à une comédie télévisée du genre comédie de situation.

On le découvre en personnage burlesque aux airs de Mr Bean qui se met en scène avec ses parents, sa conjointe, sa fille, sa voisine, des amis. Le genre lui permet de parler d'amour, de politique, de mort, de relations de couple, de la vie quotidienne, de nos obsessions, de nos paresses et de nos espoirs, abordant ces thèmes avec humour, mais aussi profondeur.

C'est la richesse du style Gubash: sembler n'évoquer que de banales histoires de famille alors que son art plonge ses racines dans l'universalité et la fascination de l'ordinaire.

___________________________________________________________________________

Consolation à la galerie Joyce Yahouda jusqu'au 6 octobre.

Les faux-semblants au Musée d'art de Joliette, du 28 septembre au 30 décembre.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer