Kent Monkman: mi-homme, mi-femme

Dans La Danse au Berdache, Kent Monkman s'intéresse... (Photo: fournie par Bruce Bailey Fine Arts)

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Dans La Danse au Berdache, Kent Monkman s'intéresse à la place de l'homme-femme dans la mythologie amérindienne.

Photo: fournie par Bruce Bailey Fine Arts

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Jocelyne Lepage
La Presse

La Danse au Berdache est d'abord un tableau peint par George Catlin (1796-1872) pour illustrer un rituel «dégoûtant» de certaines tribus autochtones autour d'un des leurs, travesti en femme. C'est maintenant une oeuvre envoûtante projetée sur cinq écrans en forme de peaux de bison. Quatre hommes dansent autour d'un homme-femme jusqu'à tomber en transe. Impressionnant!

Kent Monkman, 44 ans, est un artiste torontois d'origine métisse qui remet en question l'histoire officielle des Amérindiens telle que racontée et illustrée par les Blancs. Il s'intéresse à ce qui se cache derrière le mythe du bon sauvage, et ce peut être parfois un homosexuel. L'homme-femme, aussi appelé Berdache, est important dans la mythologie amérindienne et l'était aussi, autrefois, dans l'organisation de la vie sociale de certaines tribus.

 

Monkman s'exprime par différents médias - peinture, photo, vidéo, performance. Le nom de son alter ego fictif en dit beaucoup sur le genre d'humour qu'il pratique: Miss Chief Eagle Testickle. C'est lui, ou elle, l'homme-femme, le Berdache, qui occupe l'écran du centre, vêtu de voiles rouges, dansant une sorte de danse du ventre très féminine. Les quatre autres écrans sont occupés par quatre hommes différents exécutant des danses viriles, un mélange de danse traditionnelle et de danse contemporaine. La chorégraphie est signée Michael Greyeyes, chorégraphe et danseur cri.

Dans cette oeuvre qui devient vite très prenante, le spectateur se déplace parmi les écrans en essayant de tout voir en même temps - chaque écran propose quelque chose d'à la fois semblable et différent. Les mouvements de danse se ressemblent, mais les détails des coiffures, des costumes, des accessoires et des décors changent sans cesse, comme si l'artiste avait fait l'inventaire de ce que l'on trouve dans l'imagerie concernant les autochtones. Certains effets techniques saisissent: à un moment donné, par exemple, chaque danseur se démultiplie, devient transparent. Les visages en gros plan font des grimaces qui ressemblent à des masques indiens. Les corps des danseurs en transe lancent des éclairs.

La musique, du compositeur torontois Phil Strong, joue ici un rôle essentiel et très efficace. Elle est, elle aussi, un mélange de moderne à la Stravinsky - interprétation déformée du Sacre du printemps - et de chants et cris traditionnels associés à la culture amérindienne.

Dans cette oeuvre de Kent Monkman, qui dure une quinzaine de minutes, tout est beau, esthétiquement. Avec une petite touche kitsch... au second degré. Il est facile de voir et d'entendre plusieurs fois la Danse au Berdache, c'est même nécessaire pour tout saisir. On peut aussi aller voir une autre des oeuvres de Monkman, une grande peinture celle-là, exposée parmi la collection d'art contemporain du Musée. Il s'agit de Trappeurs d'hommes, une parodie d'un tableau d'Albert Bierstadt (Among the Sierra Nevada. California, 1868), un peintre porté sur l'idéalisation romantique de l'Indien en Amérique.

On aurait aimé que le Musée nous fasse voir une reproduction de la Danse au Berdache de Catlin, une danse qui, pour lui, cité sur une affiche à l'extérieur de la salle, «est l'une des coutumes les plus dégoûtantes et les plus inexplicables qu'il (lui) ait été donné de voir au pays des Indiens». Une danse transformée par Monkman en un spectacle multimédia d'une grande beauté.

Kent Monkman, Danse au Berdache, jusqu'au 4 octobre. Pavillon Jean-Noël Desmarais, Niveau S2. Entrée libre.

 




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