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Sylvain Bélanger: au-delà du prix

Le comédien et metteur en scène Sylvain Bélanger... (PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Le comédien et metteur en scène Sylvain Bélanger est directeur artistique du Centre du Théâtre d'Aujourd'hui depuis 2012.

PHOTO IVANOH DEMERS, LA PRESSE

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Directeur artistique du Centre du Théâtre d'Aujourd'hui depuis 2012, le comédien et metteur en scène Sylvain Bélanger, confondateur des théâtres du Grand Jour et Aux Écuries, a siégé à plusieurs conseils d'administration, dont ceux du Conseil des arts de Montréal et du Conseil des arts et des lettres du Québec. Discussion sur l'accessibilité.

Dans le cadre de notre dossier sur le prix des billets, je voulais te parler de l'accessibilité de la culture...

Ça nous amène inévitablement à parler du financement de la culture. On rêve souvent du modèle européen où, sur un mode conventionné, on accorde des sommes à des théâtres pour quatre ans. Ici, c'est à recommencer chaque année: justifier notre présence, la qualité de notre travail. Je comprends que c'est un exercice nécessaire, qu'il s'agit de fonds publics, mais, chaque année, c'est beaucoup.

Surtout dans un contexte de gel des sommes allouées à la culture.

On n'est pas capable d'aider les jeunes créateurs, les institutions crient famine, les lieux de diffusion sont à rénover, et toutes les sommes sont gelées, alors que les besoins sont criants. Le mur, on est dedans. Il va falloir se poser des questions. Est-ce que la solution, c'est de moins produire?

C'est un cercle vicieux...

Oui. Si tu en fais moins, est-ce que tu vas être jugé plus sévèrement? Est-ce que ta subvention va être coupée? Le réflexe qui s'est développé, c'est d'en faire plus avec moins. Notre salle de répétition est devenue une salle de diffusion, où l'on accueille les autres. Ça absorbe énormément de fonds, mais à notre détriment. Il faut faire des choix. C'est sûr que ce serait bien de baisser le prix des billets. On a maintenant des abonnements pour les 30 ans et moins. On a aussi un prix moins cher pour les gens qui s'abonnent à l'aveugle, avant le dévoilement de la saison.

Est-ce que ces initiatives, ces prix réduits, ce manque à gagner rendent la gestion du théâtre plus difficile?

Les anglos appellent ça le dynamic pricing. Tu sais très bien que les étudiants, les personnes âgées n'ont pas les moyens de se payer des abonnements à plein prix. Il faut penser aux gens et à leur portefeuille. Mais il serait intéressant de se poser la question: qu'est-ce que ça vaut, un spectacle? Depuis 10 ans, tous nos frais ont augmenté - les frais de production, le chauffage, le prix des matériaux pour les décors, etc. - et le financement, lui, est resté le même.

Tu parlais de l'Europe. On y trouve des suggestions originales pour encourager la démocratisation de l'accès au théâtre...

En Belgique, de 5 à 10% des billets vendus proviennent d'une initiative de l'État: l'article 27. Des gens qui n'ont pas les moyens, qui vivent de l'aide sociale, peuvent aller au théâtre en payant un prix minimal, et c'est l'État qui comble la différence.

Ils paient un prix dérisoire.

Le prix symbolique du pain. En partant du principe que la nourriture pour l'âme et la nourriture pour le corps devraient être mises sur un pied d'égalité dans nos valeurs sociales. Je trouve ça super, mais c'est un choix de société.

Crois-tu qu'au Québec, on serait prêts à faire ce choix-là? Je suis peut-être pessimiste, mais je n'y crois pas...

Je pense qu'on dirait tous: «C'est génial, mais on n'a pas les moyens.» Même avant la rigueur ou l'austérité - je ne sais plus comment l'appeler. Je serais curieux de savoir combien ça coûte. Et je serais surtout curieux de voir l'impact d'une telle mesure, sur plusieurs années. Au théâtre, on ne change peut-être pas le monde, mais on joue sur la conscience des gens. On a fondé des théâtres pour avoir un impact sur la société. Il faut trouver une façon de reconvoquer le public, parce qu'on l'a perdu un peu.

Ce qui est intéressant dans les mesures d'accessibilité, c'est le fait d'ouvrir la fenêtre à des gens qui ne seraient peut-être pas venus dans les salles autrement. Prêcher à d'autres que les convertis...

On ne veut pas être un objet de luxe. Et pour beaucoup de gens, le théâtre, c'est un peu ça. Plusieurs se disent que ça doit être plate ou qu'ils n'ont pas envie de se casser la tête avec ça. On se bat contre cette perception. C'est difficile de toujours avoir à se justifier. Il faut qu'il y ait une volonté politique. Quand on se compare avec l'Europe, cette volonté ne semble pas si évidente.

En Europe, l'art fait peut-être davantage partie du patrimoine?

Ça fait partie du quotidien. Ici, on aime se vanter du succès de nos artistes à l'étranger. C'est de l'hypocrisie pure! «Ah oui, le Québec, c'est le Cirque du Soleil!» Ou trois, quatre autres affaires, toujours les mêmes. Robert Lepage, il a fallu qu'on lui donne un lieu pour qu'il développe son art. Denis Marleau, Wajdi, Dave St-Pierre, on leur a dit oui à un moment donné. Ce qui est grave, dans le milieu des arts, c'est qu'on n'a plus vraiment d'interlocuteur. Les conseils des arts n'ont plus de marge de manoeuvre. Et tirer sur la ministre de la Culture, c'est tirer sur le messager. Il faudrait s'adresser directement au Conseil du Trésor. Ce n'est pas normal.

Je suis évidemment en faveur d'une plus grande accessibilité, mais la question se pose: est-ce qu'à chercher tout le temps à réduire les coûts pour le public, on ne dévalue pas le travail des artistes? Un artiste a le droit d'être rémunéré pour son travail.

C'est vrai. Il y a deux poids, deux mesures. On dit que c'est cher, le théâtre, mais on est prêt à payer trois ou quatre fois plus pour aller voir jouer le Canadien. C'est plein tout le temps, le Centre Bell. Et ce ne sont pas juste des riches qui y vont. C'est quoi au juste, «trop cher» ? Ce n'est pas facile à définir.

Juste se stationner et manger au Centre Bell, ça coûte 60$! C'est sans compter le prix des billets...

C'est bien relatif, ce qui est trop cher. C'est un sujet qui m'intéresse beaucoup dans les spectacles que l'on présente: la détresse de la classe moyenne. Ça parle du Québec actuel. Je me demande parfois: si on baissait un peu le prix du billet de théâtre, y aurait-il vraiment davantage de monde dans les salles? Le Théâtre Périscope a décidé que ses billets seraient vendus en prévente à un prix unique de 22$. Dès que le spectacle sera commencé, ça passera à 35$ pour tout le monde. J'ai hâte de voir ce que ça va donner.

Différentes expériences sont tentées à gauche et à droite.

Chez nous, les billets étudiants comptent pour près de 20% des sièges. De façon générale, le public du théâtre a plus de 50 ans et est féminin en majorité. Certains, rendus à la retraite, ont moins les moyens d'aller au théâtre. C'est une de nos préoccupations. Je crois que même s'il y a une pression financière, quand le spectacle est bon et que les gens ont envie d'y aller, ils y vont. Même à -30 °C! Je suis assez optimiste. Je n'ai pas envie de penser pour le public. Si tu fais attention à la capacité de payer des gens, le prix du billet ne devrait pas être un frein.

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