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Les convictions d'Emmanuel Bilodeau

«J'aurais eu de la difficulté à me regarder... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

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«J'aurais eu de la difficulté à me regarder dans le miroir en sachant que j'ai des convictions et que je ne les exprime pas, par peur d'être jugé ou de perdre une partie de mon public parce qu'il y a plein de gens qui ne pensent pas comme moi», répond le comédien Emmanuel Bilodeau lorsqu'on lui demande si ça lui convient d'être intimement lié au mouvement indépendantiste.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

COUP DE GUEULE - Il en rêvait secrètement depuis longtemps, voilà qu'il est prêt: le comédien Emmanuel Bilodeau livre jeudi son premier spectacle d'humour, le One Manu Show, au Monument-National. Un spectacle qu'il promet à son image, échevelé, sans filtre et entier, où il sera question de ses craintes, de ses paradoxes, de sa famille et un peu, quand même, de politique. Discussion avec un artiste qui n'a pas peur de ses convictions.

Ce que je trouve étonnant en humour au Québec, c'est que le spectre est très large, du plus pointu au plus populaire, et que ça semble marcher pour tout le monde ou presque. Les humoristes sont ceux qui vendent le plus de billets de spectacles (le taux d'occupation des salles est de plus de 80%)...

Je ne suis pas sûr qu'ils arrivent tous à en vivre. Même ceux qui sont connus. Je peux te garantir qu'ils ne roulent pas tous sur l'or parce qu'ils ont une affiche sur le pont ou qu'ils ont leur photo sur la couverture des magazines. C'est un énorme investissement d'argent, faire un one man show. Plusieurs font le cachet minimum UDA [Union des artistes]. Il n'y en a pas tant que ça, des Louis-José Houde, des Rachid Badouri et des Martin Matte - ils sont peut-être 10 au Québec - dont les spectacles sont vendus d'avance, sans promotion. Pour eux, c'est extrêmement payant. Mais sur les 40 spectacles qui roulent en ce moment, je me demande s'il y en a plus du quart qui sont rentables.

Il y a quand même beaucoup de spectacles d'humour pour un si petit marché. Je suis d'accord que le débat sur «y a-t-il trop d'humoristes au Québec?» est stérile. On ne se demande pas s'il y a trop de variétés de crème glacée. Il y en a pour tous les goûts. Mais je suis toujours surpris de constater que le public québécois puisse soutenir et absorber toute cette création en humour.

C'est capoté aussi parce que l'humour n'est pas soutenu par le ministère de la Culture comme d'autres formes d'art. On dirait que ça se soutient tout seul, mais ce n'est pas vrai. Plusieurs spectacles disparaissent après seulement quelques mois, alors que ça prend beaucoup de temps et d'argent pour les monter. Il y a beaucoup de stress lié à l'argent investi en humour; c'est un milieu à but très lucratif, ce qui peut être malsain. Je fais des salles pleines depuis que je suis en rodage et je fais le cachet minimum. Parce qu'il y a le diffuseur, le producteur, qui se partagent les revenus. Et qu'il n'y en a pas tant que ça dans les petites salles.

Le premier numéro qui t'a fait connaître était politique. Ce discours faussement bilingue qui se terminait avec une envolée à la René Lévesque. On pouvait s'attendre à ce que ton spectacle soit très politique, mais il ne semble pas l'être tellement...

Je n'en parle pas trop, en fait. Je suis un peu subversif dans mon approche. J'ai un objectif caché dans mon spectacle. Je t'en parle à toi parce que personne ne me l'a encore demandé...

La souveraineté du Québec?

La chefferie du Parti québécois! [Rires] Je vais me présenter bientôt. Il manque d'humour dans cette campagne-là. Je disais tout ce que j'avais à dire dans mon premier numéro, que j'ai fait à Tout le monde en parle. J'ai eu envie de parler aussi du fait d'être un père de trois enfants d'une famille reconstituée, et d'avoir été le 12e enfant d'une famille de 12 enfants. Je parle de mes contradictions. J'ai appelé mon spectacle le One Manu Show alors que je suis un fervent défenseur de la langue française. Je suis le gars qui va chez Costco même s'il est porte-parole en environnement.

Et qui reste un porte-parole de l'indépendance du Québec alors qu'il y a de moins en moins d'artistes qui s'y associent ouvertement...

C'est vrai que ce n'est plus populaire de s'associer à l'indépendance. J'y suis associé parce qu'on me l'a demandé et que j'aime épouser des causes auxquelles je crois. Si le PQ ne me l'avait pas demandé, je ne l'aurais pas fait de mon propre chef. Mais c'est ma conviction profonde et j'avais envie, par l'humour, de dire quelque chose: qu'on devrait être fier de ce que l'on est, de notre culture, de notre nation. Même Stephen Harper l'a reconnu! On n'en prend pas assez conscience ni assez soin. J'y pense beaucoup, souvent. Ça m'habite, cet esprit de collectivité.

Ça te convient d'être aussi intimement associé au mouvement indépendantiste?

Oui, ça me convient. J'aurais eu de la difficulté à me regarder dans le miroir en sachant que j'ai des convictions et que je ne les exprime pas, par peur d'être jugé ou de perdre une partie de mon public parce qu'il y a plein de gens qui ne pensent pas comme moi. Je serais malheureux si je devais taire mes convictions politiques. Je sais que ça ne fait pas partie de mes descriptions de tâches comme comédien de m'exprimer sur mes convictions politiques. Je suis monsieur Tout-le-Monde. Je lis le journal. J'ai des impression et des convictions qui pourraient assez facilement être détruites par un Jean-Martin Aussant fédéraliste qui m'expliquerait pourquoi il ne faut pas faire l'indépendance. Mais jusqu'à présent, il n'y a personne qui m'a convaincu de ça.

Et un Jean-Martin Aussant souverainiste, tu le verrais bien embarquer dans la course à la direction?

Il tient à faire évoluer le débat. Il est très dévoué à la cause. Je ne sais pas s'il a des ambitions cachées, mais je souhaiterais vraiment qu'il fasse partie de la course au leadership parce qu'il a beaucoup d'allure, même s'il est ambitieux avec ses idées de défaire le PQ. Je le trouve très inspirant quand même. Il faut que les cartes soient rebrassées au PQ. Si Jean-Martin Aussant dirigeait le PQ, il me semble que ce serait une bonne nouvelle.

Est-ce que tu penses que ça t'a nui d'être un porte-parole?

Je suis porte-parole de tout! J'ai souvent le goût de dire oui. Ma mère était une vraie bénévole. Elle épluchait des patates et elle répondait au téléphone. Je n'ai pas le temps d'être un vrai bénévole, mais j'aime donner mon nom. Si ça peut aider, pourquoi je ne le ferais pas? Si ça me nuit? Sans doute. Si je suis impliqué dans trop de causes, j'ai l'air moins crédible. Si je défends l'indépendance du Québec, il y a des gens pour qui je deviens antipathique. Si j'avais eu plus de succès parce que j'avais tu mes opinions et ce que je suis, je serais malheureux. Je ne ferais pas de show. Je ne veux pas seulement faire rire, je veux dire quelque chose.

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Au Monument National du 25 au 27 septembre.

Ses essentiels

ROMAN

Michel Strogoff de Jules Verne

DISQUE

Marie-Annick Lépine (des Cowboys Fringants) et son album Au bout du rang

FILM

Biutiful d'Alejandro Gonzalez Inarritu

ARTS VISUELS

Les sculptures de Rodin en général; les oeuvres du peintre québécois François Vincent

THÉÂTRE

La charge de l'original épormyable de Claude Gauvreau, montée par André Brassard au Quat'Sous




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