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Dieudonné règle ses comptes

Lorsque le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a... (Photo AFP)

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Lorsque le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a interdit Le mur, il a déclenché une controverse monstre qui a fait jaser la France tout entière pendant un mois.

Photo AFP

(PARIS) Pour certains, c'est un raciste et un antisémite primaire qui répand des propos haineux. Pour d'autres, c'est un humoriste provocateur qui n'a peur de rien. Depuis que le gouvernement a interdit son spectacle Le mur, Dieudonné fait jaser la France tout entière. Il a écrit une version édulcorée du Mur. La Presse a assisté à son nouveau spectacle à Paris. Compte rendu.

Une longue file s'étire sur le trottoir devant le théâtre de la Main d'or où joue l'humoriste sulfureux Dieudonné. Le théâtre est situé au milieu d'une rue minuscule en plein coeur d'un quartier populaire.

Il est 21h30, la foule est calme. Surtout des hommes, jeunes - la vingtaine ou la trentaine -, fils et petits-fils d'immigrés, arabes ou africains. Le Paris métissé. Très peu de Français de souche. Des fans de Dieudonné qui le trouvent ni antisémite ni raciste, seulement drôle et décapant.

À la porte, des hommes baraqués dirigent la foule. Dans l'entrée, la PME de Dieudonné vend des t-shirts, des DVD, des affiches et des verres à 35$ avec des phrases-chocs gravées sur le devant: «Calme-toi!», «Ferme-la!», «J'ai fait l'con!».

La salle est petite, surchauffée et surpeuplée. Il n'y a pas de sièges, que des banquettes où s'empilent les spectateurs. Il y a même des admirateurs dans les allées, assis sur les marches. Le spectacle commence à 22h10. Il ne dure qu'une heure.

Le mur revu et corrigé

Au son de moutons qui bêlent, Dieudonné arrive sur la scène, déclenchant les rires, les applaudissements et les sifflets d'une foule enthousiaste qui rit avant même qu'il ait ouvert la bouche.

Dieudonné fait le fameux signe de la quenelle, bras droit tendu, main gauche sur l'épaule. Pour ses détracteurs, c'est le salut nazi inversé; pour ses fans, un geste antisystème, un bras d'honneur réinventé par Dieudonné qui fait un malheur en France.

La foule s'écroule de rire.

Dieudonné a revu et corrigé son spectacle qui ne s'appelle plus Le mur, mais Asu Zoa, une version édulcorée. Car Le mur a été interdit, au début du mois de janvier, par le gouvernement pour cause d'antisémitisme et de discours haineux.

Lorsque le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a interdit Le mur, il a déclenché une controverse monstre qui a fait jaser la France tout entière pendant un mois. Les commentateurs, intellectuels et autres sociologues ont défilé devant le petit écran pour disséquer le phénomène Dieudonné qui donne dans la provocation et l'humour pour certains, dans l'antisémitisme et le racisme primaires pour d'autres.

Même si Asu Zoa est une version javellisée du Mur, Dieudonné multiplie les blagues sur l'interdiction de son spectacle. Il se moque des politiciens, des journalistes et des intellectuels qui l'ont vilipendé. Il écorche même les Juifs.

Il critique François Hollande. «Je préfère les présidents avec une moustache et une casquette.» Une allusion claire à Hitler.

Dieudonné provoque les spectateurs. «Vous êtes un ramassis de racistes, de néo-néonazis, de racaille et de ventriloques. Même moi, je n'irais pas à mon spectacle.»

La controverse autour du Mur alimente une bonne partie de son spectacle. Sur la scène, un mur en carton à moitié démoli. «C'est tout ce qui reste de mon spectacle», dit Dieudonné qui ne se gêne pas pour régler ses comptes.

Il invente une série de personnages: un Africain enrôlé dans l'armée française, un suprémaciste noir, un néonazi et un couple d'homosexuels qui se rend au Cameroun pour adopter un enfant.

Il est particulièrement féroce avec les homosexuels. «Je n'ai pas de problème avec eux, dit-il, mais je ne les touche pas. C'est le mauvais sort, Belzébuth rentré par les fesses.»

Il n'est pas homophobe, mais «homovore».

La foule en redemande.

Il se moque aussi de lui-même, de ses nombreux démêlés avec la justice, où il est poursuivi pour évasion fiscale et diffamation: «Il n'y a que les tribunaux où je pourrai me produire jusqu'à la fin de ma vie.»

Il prévient son fils qui veut devenir humoriste: «C'est un métier qui va disparaître, je m'y emploie tous les jours.»

À la fin du spectacle, il rappelle à la foule qu'elle peut acheter ses t-shirts et ses DVD. Ou prendre un verre au bar qui s'appelle... Le comptoir de la quenelle.




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