Transfert d'entreprises

Et si on s'intéressait aux cédants?

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Gabriel Chirita (à gauche), chercheur coordonnateur, et Luis Cisneros, directeur de l'Institut d'entrepreneuriat Banque Nationale-HEC Montréal et du Parcours entrepreneurial Rémi-Marcoux.

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Stéphane Champagne

Collaboration spéciale

La Presse

Les projecteurs ont surtout été braqués sur la relève entrepreneuriale au cours des dernières années. Celle-ci a été conscientisée, formée, presque bichonnée. Il avait en effet été prouvé mathématiquement que le nombre de chefs d'entreprise qui partiraient à la retraite d'ici 2020 allait créer un important manque à gagner. Or, la catastrophe annoncée n'a toujours pas eu lieu. Le Québec se retrouve donc avec une armée de releveurs, mais peu de cédants. D'ailleurs, il serait peut-être temps de s'occuper un peu plus de ceux et celles qui ont aidé à bâtir le Québec inc. et qui n'osent quitter leur poste pour toutes sortes de raisons.

«On doit se féliciter comme société d'avoir préparé la relève. Il faut maintenant sensibiliser les cédants. Il faut les aider à canaliser leur énergie entrepreneuriale, les préparer à leur nouvelle vie», explique Luis Cisneros, directeur de l'Institut d'entrepreneuriat Banque Nationale-HEC Montréal et du Parcours entrepreneurial Rémi-Marcoux.

Selon son collègue Gabriel Chirita, chercheur coordonnateur à l'Institut d'entrepreneuriat Banque Nationale-HEC Montréal, la prédiction voulant que les baby-boomers en affaires tirent leur révérence à 65 ans ne tient plus la route. «Les gens vivent plus vieux, ils sont en meilleure santé, dit-il. Ils ne veulent pas quitter leur entreprise. Des gens partent même en affaires à cet âge-là. Aussi, grâce aux technologies de l'information, de plus en plus de dirigeants passent l'hiver en Floride tout en gardant un certain contrôle de leur entreprise.»

Martine Hébert, vice-présidente principale et économiste à la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), estime que le problème se situe peut-être ailleurs. «On parle beaucoup de création d'entreprises. Le gouvernement investit dans le démarrage. Mais on entend trop peu parler des entreprises existantes et des façons d'assurer la survie de celles dont les propriétaires s'en vont à la retraite. Je vois trop d'entreprises qui ferment leurs portes à défaut de trouver des repreneurs. C'est toujours désolant de voir cela.»

Outils et ressources

Il existe suffisamment d'outils et de ressources au Québec dans le domaine du transfert d'entreprise, affirme Michel Bundock, directeur général du Groupement des chefs d'entreprise du Québec. C'est plutôt le contexte économique moins favorable qui ralentit actuellement les transferts. «Sur les 1500 chefs d'entreprise dans notre organisation, seulement 200 ont identifié leurs successeurs, dit-il. Ça représente 13%, ce qui est peu. Il faut améliorer la santé des entreprises et mieux les structurer avant de les transmettre.»

Les cédants ont donc un gros fardeau sur les épaules, affirme Nathaly Riverin, directrice générale de l'École d'entrepreneurship de Beauce (EEB). «On leur met énormément de pression. Ils doivent transférer leur entreprise et s'assurer qu'elle leur survive. Pourquoi n'auraient-ils pas le droit de fermer boutique ou de vendre à des gens de l'extérieur? On leur demande de céder leur entreprise et de ne plus s'en préoccuper du jour au lendemain.»

Autre tendance observée par Mme Riverin: l'affirmation des jeunes. «Ils sont conscients de leurs compétences, de la chance qu'ils offrent aux cédants. Ils ne veulent donc pas demeurer sur le pilote automatique. Ils veulent prendre des décisions, être en contrôle de l'entreprise. Ça met une pression de plus sur les cédants. D'ailleurs, les entrepreneurs devraient voir leur entreprise comme un produit, c'est-à-dire comme quelque chose qui se vend. Un trop grand nombre d'entre eux voient leur entreprise comme une dynastie. C'est là que ça devient difficile de céder le pouvoir, d'imaginer une autre vie après le travail.»

De son côté, Rina Marchand, directrice principale, contenus et innovation, à la Fondation de l'entrepreneurship, croit que les cédants se font trop discrets. «Sur le terrain, la demande [les repreneurs] est beaucoup plus visible que l'offre [les cédants]. Nous commençons toutefois à bien cerner ce manque de visibilité des cédants: ils ne veulent pas s'afficher, de peur de perdre leur clientèle, leurs employés ou leurs partenaires. Ils ont peur du vide. Ils se demandent que faire en tant qu'individu après la vente de leur entreprise, alors qu'ils ont été entrepreneurs toute leur vie.»

Des nouveautés

Constatant elle aussi que les releveurs ont été choyés au cours des dernières années, l'École d'entrepreneurship de Beauce vient tout juste de mettre sur pied une formation de trois jours s'adressant aux cédants. Ainsi, les 8, 9 et 10 juin, une quinzaine d'entrepreneurs participeront à ce qui a été baptisé la Formation Triomphe. «Fidèle à la formule d'EEB, des entrepreneurs qui ont réussi leur transfert viendront discuter avec ceux et celles qui hésitent à aller de l'avant, explique Nathaly Riverin, directrice générale de l'EEB. Les entrepreneurs ont le pied sur le frein. On peut comprendre; ils ont peur que la vie de retraité soit plate. Or, plein de possibilités s'offrent à eux. La Formation Triomphe est là pour aider les entrepreneurs à lâcher prise.»

La Fondation de l'entrepreneurship a lancé il y a un an le programme Initiative Relève, qui vise à créer une synergie entre différents partenaires afin de faciliter, sinon d'accélérer, l'accès à des ressources auprès des repreneurs et des cédants. «Nous misons sur une approche triple: le financement, le savoir-faire et le savoir-être, dit Rina Marchand, directrice principale, contenus et innovation, à la Fondation. Pour s'inscrire, le processus de transfert de son entreprise doit être assez avancé. Nous avons fait un projet-pilote à Québec et Montréal. L'opération a été concluante et nous allons la poursuivre dans d'autres villes du Québec.»

HEC Montréal offre déjà des cours de perfectionnement pour les personnes-ressources oeuvrant dans le domaine du transfert d'entreprises. Mais dès l'automne 2014, si ce n'est au début de 2015, l'institution prévoit mettre en place une certification visant à professionnaliser les transferts. «C'est l'accréditation de l'Institute of Family Enterprise Advisor (IFEA), qui existe déjà au Canada et que nous allons offrir au Québec. Elle s'adresse aux comptables, aux banquiers, aux avocats, aux consultants, bref à tous ceux qui travaillent dans le domaine», explique Colette Vanasse, directrice, développement des affaires, à l'Institut d'entrepreneuriat Banque Nationale-HEC Montréal et au Parcours entrepreneurial Rémi-Marcoux.




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