REER: rythme de croisière

Marc Tison
La Presse

En 2005, François et Lucie avaient participé à la chronique de consultation en finances personnelles Sous la loupe. Dix ans plus tard, où en sont-ils?

EN 2005

LA SITUATION

> François: 47 ans

> Salaire: 63 000$

> REER: 30 000$

> Rente de retraite estimée à 55 ans: 44 000$

> Lucie: 49 ans

> Revenu: 30 000$

> REER: 75 000$

> Rente de retraite estimée à 57 ans: 6600$

> Propriété: 110 000$, libre d'hypothèque

L'OBJECTIF

François veut partir à la retraite à 55 ans. Lucie pourra-t-elle prendre la sienne au même moment?

LA RÉPONSE DU PLANIFICATEUR

Il y aurait une différence de revenu net d'à peine 2000$, selon que les retraites sont simultanées ou décalées. Le jeu en vaut la chandelle, mais il faudra rééquilibrer les revenus de retraite entre les conjoints pour réduire la facture fiscale.

EN 2015

Finalement, François et Lucie n'ont pas pris leur retraite en même temps.

«Ç'aurait été trop serré», indique François.

Il va avoir 57 ans ce printemps.

Il a cessé de travailler à la fin de 2012, ses congés et journées de maladie lui permettant de rester en emploi jusqu'en novembre 2013. Il gagnait alors 73 000$.

Âgée de 59 ans, Lucie est encore au travail. Elle ne partira pas à la retraite avant un an, peut-être deux.

Par choix ou par obligation financière? François éclate de rire: «Avec le rythme de vie et les dépenses qu'elle fait, il est préférable qu'elle continue à travailler!»

Mais elle aime son travail, qui lui rapporte un revenu annuel de 33 000$ pour une semaine de 32 heures.

Son horaire segmenté lui laisse quelques heures libres au milieu de la journée. François et Lucie peuvent donc faire des activités en commun?

«Si elle ne va pas magasiner!, relance-t-il. Mes filles la taquinent beaucoup: elles lui ont donné le prix du panier d'or chez Dollarama.»

Aucun sarcasme, que de l'affection dans la voix...

Depuis le temps...

Les finances familiales se portent bien; la famille aussi, d'ailleurs. «Depuis le temps, il y a des choses qui se sont produites!»

Racontez-nous ça.

«J'ai une fille qui s'est mariée. J'ai payé une partie des dépenses du mariage. J'ai une autre fille encore aux études à l'université et je paie ses droits de scolarité.» Il lui a offert le billet d'avion pour son stage de neuf mois en Europe.

«Et je suis grand-père d'un petit-fils de 5 ans. J'ai déjà investi 2000$ dans son épargne-études. Et j'ai une petite-fille qui a 3 semaines.»

Un beau bilan.

Prudents REER

François a toujours versé le maximum admissible dans son REER ou celui de sa conjointe. Lucie continue à faire de même de son côté.

Leurs investissements sont sécuritaires, notamment des placements boursiers à capital garanti. Cette prudence leur avait permis de traverser sans trop de mal la crise de 2008-2009.

«Pour le fonds d'études de mes enfants, par exemple, on avait pris un placement garanti. Sur trois ans, on n'a eu aucun rendement. Mais si on avait été sur le marché boursier sans garantie, on passait de 17 000$ à 12 000$.»

Avec les cotisations annuelles, les épargnes REER de Lucie sont passées de 75 000$ en 2005 à 115 000$ aujourd'hui. Celles de François ont été portées de 30 000$ à 79 000$.

Rentes de retraite

François touche actuellement une rente de retraite 49 000$, à laquelle une rétroactivité ajoutera bientôt 1000$. Sa rente suffit à boucler le budget familial sans qu'il ait à puiser dans ses REER. «Cette année, j'ai pu me permettre des rénovations de 10 000$ sur la maison. Et l'année prochaine, pour notre 35e anniversaire de mariage, on se paie une croisière en Alaska!»

Il détient également 19 000$ dans son compte d'épargne libre d'impôt (CELI), «pour les petits à-côtés au cas où il y aurait des problèmes».

Une pleine retraite à 60 ans devrait valoir à Lucie une rente de 10 000$ par année, estime François. Si elle la demande au même moment, sa rente de la RRQ s'établirait à 193$ par mois.

«Si je prends moi aussi ma rente de la RRQ à 60 ans, on atteindrait des revenus de 67 000 ou 68 000$ à deux. Et je ne touche pas encore aux REER!»

Dépenses de retraite

A-t-il estimé le budget du couple au moment de la retraite de sa conjointe?

Une hésitation...

«Ça, c'est un petit peu plus compliqué. Avec la baisse de revenus de mon épouse quand elle va être à la retraite, j'ai beau essayer de lui faire comprendre que le rythme de revenus va diminuer...»

Il s'interrompt, puis reprend sa réflexion. Sa retraite avait entraîné une baisse de revenus de 22 000$ sans autres difficultés, celle de Lucie devrait soustraire encore 15 000$. «On devrait y arriver sans problème. Écoutez, quand ma femme restait à la maison pour élever les enfants, on a vécu avec un salaire d'une quarantaine de mille.»

Avec quatre enfants, tout de même!

Ils vendront une de leurs deux voitures quand Lucie parviendra à la retraite. Il reste un solde de 5000$ sur celle de Lucie; la seule dette qui demeure.

La maison, évaluée à 110 000$ en 2005, vaut maintenant 211 000$. L'hypothèque était déjà soldée en 2005. «C'est ça, la grosse marge de manoeuvre», observe François.

«Je n'ai pas commencé avec une grosse maison. Quand je suis parti en appartement, je vivais dans un un et demi. Quand on a eu notre premier enfant, on habitait dans un quatre et demi. Après ça, j'ai acheté ma maison, et seulement ensuite, j'ai acheté une voiture. On est parti à zéro et on a monté tranquillement.»

«Il faut être extrêmement discipliné, ajoute-t-il. Depuis l'âge de 25 ans, l'épargne était un poste dans mon budget.»

Minutieux, il aime jouer avec les chiffres, faire des projections. Il a établi un budget estimatif du couple jusqu'à 80 ans.

«Mes enfants me disent: papa, t'es fou! J'ai fait un calcul pour la croisière, dit-il en rigolant. J'ai dit à mon épouse qu'après 35 ans de mariage, ça revient à 37 cents par jour de cadeau pour elle.»

Un excellent investissement.




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