Les jeunes passent à l'action

Daniel Asselin, président de la firme Épisode, croit...

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Daniel Asselin, président de la firme Épisode, croit que la philanthropie fait plus que jamais des valeurs des jeunes, ce qui est de bon augure pour l'avenir, dit-il.

Stéphane Champagne

Collaboration spéciale

La Presse

Les générations X, Y et Z ne voient pas la philanthropie comme une simple histoire de dons financiers. Ils n'attendent pas d'avoir connu du succès pour redonner à la communauté, ils choisissent avec soin leurs causes et s'impliquent directement.

Les jeunes sont-ils plus généreux que leurs aînés? Pas d'un point de vue pécuniaire, car 80% des dons en argent au Québec proviennent des boomers (âgés de 51 à 69 ans) et des plus vieux (70 ans et plus). Toutefois, les jeunes intéressent beaucoup les chercheurs par leur grande conscience sociale et leur goût pour l'entraide. On étudie leurs comportements, on calcule combien ils donnent, ce qu'ils donnent, etc. Mais avant tout, on cherche à comprendre comment leurs comportements auront une incidence sur la philanthropie de demain.

Les générations X, Y et Z (de 18 à 50 ans) sont beaucoup plus altruistes et mieux informées que leurs aînés. Cette tendance annonce-t-elle de beaux lendemains pour la philanthropie au Québec? Pour certains, cela ne fait aucun doute. Pour d'autres, cela pourrait remettre en question l'«industrie» de l'entraide.

Daniel Asselin, président de la firme Épisode, croit que la philanthropie fait plus que jamais partie du «panier de valeurs des jeunes», au même titre que l'achat local, le développement durable et le concept du bon dirigeant citoyen. «Mais ce qui les distingue avant tout, c'est leur implication, dit-il. Ils participent aux activités et ils sollicitent les gens autour d'eux.»

Selon l'étude américaine The Millenial Impact, les 20 à 32 ans sont en train de chambouler l'industrie de la philanthropie. Ils ont certes moins d'argent, mais ils préfèrent épouser une cause plutôt qu'un organisme, dit l'étude. Plus informés et plus branchés que jamais, ils communiquent tout.

Et veulent tout savoir sur la cause à laquelle ils donnent, quitte à téléphoner aux responsables de la cause en laquelle ils croient.

Beaucoup moins forte que dans les cultures anglo-saxonnes (le Québec est la province la moins généreuse au Canada), la philanthropie s'enracine lentement, mais sûrement dans les moeurs québécoises. Dans le milieu des affaires, les mécènes francophones sont de plus en plus nombreux, estime Daniel Asselin. Mais il s'agit principalement de boomers qui, par définition, ont plus de 51 ans.

Bonne nouvelle pour la suite des choses, les jeunes entrepreneurs ne comptent vraisemblablement pas attendre d'être plus riches et plus âgés avant de redonner à la société. La mouvance de l'entrepreneuriat social en est la preuve, croit Jonathan Deschênes, de HEC Montréal.

«Les entrepreneurs sociaux vont cibler une problématique sociale et essayer de développer un modèle d'affaires viable et profitable autour de ça, explique le professeur en marketing.

«L'entrepreneuriat social est un engagement réel, alors que la philanthropie, telle qu'elle est perçue par les gens qui donnent, est un geste passif.»

À première vue, plus les jeunes voudront aider leur prochain, mieux le monde se portera. «Mais la mixité des acteurs pourrait ne pas être une bonne nouvelle, dit Jonathan Deschênes. Plus il y a de multiplicité, plus on instaure une déstructuration de la philanthropie. On peut facilement tomber dans la logique du capitalisme sauvage.»

Les jeunes sont à ce point importants que les grands organismes de bienfaisance, mais aussi les organismes économiques, leur font de plus en plus de place. Le nouveau président de la jeune chambre de commerce de Montréal, Gabriel Brian Lopez, est issu du monde de la philanthropie. L'Institut de cardiologie de Montréal a son Cercle des jeunes présidents. Centraide Montréal vient de former son Cercle des jeunes ambassadeurs.

Lili-Anna Perea, PDG de Centraide Montréal, ne s'en cache pas: ce cercle composé d'étudiants, de professionnels et de jeunes chefs d'entreprise a été créé afin de mieux saisir la réalité des jeunes et, par conséquent, les inciter à donner à Centraide, sinon à s'investir dans Centraide.

«Signer un chèque pour un jeune d'aujourd'hui n'a rien de très motivant, soutient Mme Perea. Ils veulent aller au-delà de ça; ils veulent voir, sentir, vivre une expérience.» Le Cercle des jeunes présidents a carte blanche pour trouver des façons d'intéresser les donateurs de demain à Centraide Montréal, de même qu'aux quelque 360 OBNL auxquelles l'organisme contribue.

Les deux organismes regroupant les professionnels de la philanthropie au Québec ont eux aussi les jeunes dans leur ligne de mire. C'est le cas de l'Association des professionnels en gestion philanthropique (APGP), regroupement québécois qui compte 300 membres, et de l'Association des professionnels en philanthropie (APF) section Québec, une organisation qui regroupe 33 000 membres dans le monde.

« Les jeunes sont-ils plus généreux que leurs aînés ? C'est difficile à dire, car la philanthropie est en transformation, explique Jacinthe Roy, DG de l'APGP. Les jeunes s'attendent à ce que les causes qu'ils appuient soient gérées par des professionnels. Ils s'attendent à ce qu'on leur parle. Ils ont des attentes. Il ne faut plus juste s'attarder à la valeur du don, mais aussi à l'énergie qui est mise pour soutenir une cause. »




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