Franchises: entre rêve et réalité

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Me Jean-Philippe Turgeon, associé et responsable du groupe Franchises et distribution au cabinet Lavery

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Stéphane Champagne

Collaboration spéciale

Agence France-Presse

Le concept de la franchise n'a jamais été aussi prisé au Québec. Une bonne nouvelle pour une société distincte qui souhaite voir plus d'entrepreneurs se lancer en affaires. Mais attention : une franchise n'est pas automatiquement gage de succès. État de la situation.

Selon Pierre Garceau, président du Conseil québécois de la franchise (CQF), on trouve quelque 390 franchiseurs dans près de 70 secteurs d'activité au Québec. Soins vétérinaires, rénovation, entretien ménager, soins à domicile, mécanique automobile, kiosque de fruits et légumes : la diversité est palpable.

Aux États-Unis, la franchise s'est immiscée à ce jour dans 225 secteurs différents. « Les franchises représentent presque 50 % des ventes au détail aux États-Unis, dit Pierre Garceau. C'est une bonne nouvelle que la franchise gagne du terrain au Québec. Toutefois, il faut professionnaliser, voire humaniser la relation entre le franchiseur et le franchisé. »

D'ailleurs, un nombre croissant de franchiseurs américains cherchent à s'implanter au Québec, explique Me Jean-Philippe Turgeon, associé et responsable du groupe Franchises et distribution au cabinet Lavery. « Le principal obstacle des franchiseurs américains : ils ont de la difficulté à trouver des responsables de territoire au Québec. »

Claude Ananou, professeur à HEC Montréal, croit que le modèle de la franchise est promu à un très bel avenir. « Le salariat est appelé à changer, on le voit bien avec tous ces emplois qui sont abolis, explique l'enseignant au département de management. Je crois que les travailleurs vont devenir des franchisés. On va tous devenir des petits "inc." On sera rémunéré pour notre production. Je dis à mes étudiants : oubliez les jobs à salaire. »

Qu'un nombre croissant de Québécois deviennent leur propre patron est certes encourageant, mais si cela passe par la franchise, les choses doivent être faites dans les règles de l'art. Loin des projecteurs, pour la plupart, des chicanes ont cours entre des franchiseurs et leurs franchisés. Le cas le plus connu est Qualinet. Ce franchiseur, spécialisé dans le nettoyage après sinistre, a fait l'objet d'un reportage à l'émission La facture. On lui reproche d'avoir fait miroiter des revenus irréalistes à un nouveau franchisé qui, un an après avoir investi 300 000 $, a dû fermer boutique.

«Il y a actuellement plusieurs regroupements de franchisés, surtout en restauration, qui sont inquiets et qui mettent de la pression sur leur franchiseur parce que celui-ci n'est pas au-devant de la parade.»

Jean H. Gagnon
Avocat dans la franchise au Québec depuis 40 ans

« On a déjà vu ça avant de tels regroupements, notamment dans les restaurants Mikes et Scores, mais cette fois, le mouvement semble un peu plus gros. »

Impossible, toutefois, de connaître l'identité de ces franchisés. « On va les laisser régler ça entre eux, dit Me Gagnon. De toute façon, un franchisé n'a pas intérêt à dire sur la place publique qu'il est inquiet. Ça ne ferait que nuire à son entreprise. »

Le concept de la franchise doit donc être pris très au sérieux. Autant le franchiseur doit être transparent, autant le franchisé doit se renseigner et demander conseil avant de signer un contrat.

L'un des principaux enjeux actuellement au Québec est d'amener les franchiseurs à se soucier de la qualité de leur système d'exploitation, croit Me Jean-Philippe Turgeon, avocat chez Lavery.

« Le franchisé est intéressé par la franchise pour devenir son propre patron sans devoir investir dans le développement , dit-il. Normalement, la première franchise vendue est un calque d'une entreprise qui va bien, que le franchiseur a mis des années à construire. Le grand problème au Québec, et ailleurs dans le monde, c'est que certaines personnes veulent aller trop vite. Il n'existe pas de loi sur la franchise au Québec, comme c'est le cas aux États-Unis et dans quelques provinces canadiennes comme l'Ontario, l'Alberta et la Colombie-Britannique. »

CINQ CONSEILS AVANT D'ACHETER UNE FRANCHISE

1. Avoir un bon contrat de franchise, le faire valider et, surtout, comprendre ses obligations.

2. S'assurer que le franchiseur est propriétaire de sa marque de commerce et que sa marque est protégée.

3. Valider que le franchiseur a un bon système d'approvisionnement ou des fournisseurs efficaces.

4. S'assurer que le franchiseur a une politique raisonnable pour empêcher la concurrence entre franchisés.

5. S'assurer que la franchise est viable. S'adresser à des franchisés existants. Font-ils de l'argent ? Un franchisé devrait se faire offrir une journée exploratoire dans une franchise existante.

EN CHIFFRES

26,8

La franchise au Québec a généré en 2014 un chiffre d'affaires de 26,8 milliards, comparativement à 23,7 milliards en 2012.

390

En 2015, le Québec comptait environ 390 franchiseurs, dont près de 300 appartenaient à des intérêts québécois ou canadiens. Du lot, 121 franchiseurs étaient membres du Conseil québécois de la franchise.

12 703

Le Québec comptait, à la fin de 2013, 12 703 commerces, points de vente ou points de service associés à l'univers de la franchise.

Source : Conseil québécois de la franchise 2013 et 2014




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