Alexandre Taillefer

L'art de redonner

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Marc Tison
La Presse

Huit rencontres avec des gens d'affaires qui se dépassent et font autrement, souvent dans des sphères extérieures à leur champ d'activités principal. Simplement pour accomplir quelque chose de plus. Pour eux, pour d'autres, pour nous tous.

Une poule coquettement vêtue d'une combinaison de fausse hermine. Un fusil d'assaut peint blanc et couvert d'une résille noire. Un vieux piano droit dont un angle a été sculpté pour faire apparaître dans le bois d'origine un insecte aux ailes déployées.

Des oeuvres d'art (contemporain, faut-il le préciser).

Nous sommes dans la galerie d'Alexandre Taillefer - c'est accessoirement aussi sa résidence.

La belle maison de plain-pied s'étend sur trois ailes généreusement vitrées, qui toutes accueillent des toiles, des sculptures, des assemblages.

Comme ce coyote - un véritable pelage collé sur la toile - qui s'attaque au ventre d'une femme enceinte.

«Une de mes oeuvres favorites, de Marc Séguin», décrit son propriétaire. «C'est une toile qui s'appelle La revanche des roadkills - ce sont les animaux tués sur la route. C'est un coyote qui revient sur Terre pour se venger d'avoir été frappé par cette femme.» Bien en évidence, le grand tableau occupe un mur, tout près de l'entrée de la résidence.

«C'est de l'art frappant, convient-il. On a fait cette acquisition il y a une douzaine d'années et elle continue à nous parler. Elle parle de l'hégémonie de l'humain sur Terre.»

Étonnant contraste avec cet homme en apparence si cérébral, comme si l'émotion artistique devait être brutale pour percer la carapace de sa rigoureuse intelligence.

S'entourer de beauté permet à l'humain d'être plus heureux, professe-t-il. «Je pense aimer la beauté. Cependant, la beauté que je perçois n'est pas nécessairement la même que tout le monde.»

Un besoin et une cause

«L'art contemporain est un besoin pour moi, confie le collectionneur. C'est aussi une cause, parce que c'est un domaine de l'art qui est un peu laissé pour compte.»

On le connaît pour souffler le chaud et le froid dans l'oeil du dragon - populariser l'entrepreneuriat, particulièrement auprès des jeunes, est une autre de ses causes.

Lui-même d'abord entrepreneur, il est maintenant associé principal de XPND Capital, une firme d'investissement.

Mais pour cet investisseur, l'art n'est pas un placement. «Pour moi, l'art est un investissement dans notre âme avant tout, ça ne figure pas dans mon bilan. Je n'ai jamais vendu une seule oeuvre.»

La collection qu'il a constituée avec sa conjointe Debbie Zakaib compte près de 350 pièces. «Même les oeuvres aujourd'hui qui ont peut-être moins de place dans notre esprit sont toujours dans notre collection, assure-t-il. C'est un patrimoine qu'on espère léguer à nos enfants.»

C'est aussi un héritage qu'il tient en partie de sa mère, qui peignait des répliques de tableaux de grands maîtres. «Chez nous, il y a toujours eu des tableaux sur les murs, raconte-t-il. Ma première acquisition d'oeuvre s'est faite à l'âge de 18 ans et petit à petit, on a continué à fréquenter des foires d'art, des artistes, des galeries, et c'est devenu aujourd'hui une passion.»

Cette passion s'est traduite en engagement.

La place de l'art

En 2012, le Musée d'art contemporain (MAC) lui a demandé de présider son conseil d'administration. Il venait de mener pendant six ans le conseil d'administration de l'Opéra de Montréal, où il avait abordé le problème d'attrition du public avec une approche d'affaires et une nouvelle dynamique de commercialisation.

Il veut appliquer la même méthode au Musée d'art contemporain.

«Il faut s'assurer que les gens viennent nous voir, dit-il, il faut s'assurer que les gens comprennent que la culture a un prix, et que les gens doivent participer au financement de la culture.»

Si la culture a un prix, elle n'est pas inaccessible pour autant.

«Ce n'est certainement pas une culture élitiste. Aujourd'hui, les musées d'art contemporain sont les musées les plus fréquentés au monde et notre but à Montréal aujourd'hui, c'est de s'assurer que les Montréalais s'approprient leur musée d'art contemporain, le fréquentent sur une base hebdomadaire, viennent y puiser une énergie qui va leur permettre d'être plus heureux dans leur vie quotidienne.»

Une belle et noble mission. Il ne se voit pourtant pas comme un mécène.

«Je trouve que le terme mécène est un peu pompeux. J'essaie aujourd'hui de redonner à la société ce que la société m'a offert. J'ai eu la chance d'avoir une bonne éducation, j'ai eu la chance de rencontrer des gens qui m'ont fait progresser. Le succès en affaires, c'est 50 % de travail et 50 % de chance. Il faut que je puisse m'impliquer dans la société pour redonner.»

Redonner un peu de place à l'art, notamment.

«Sans art, sans culture, il n'y a pas de société.»

«Les gens pensent que l'art contemporain est hermétique. Ce n'est pas du tout le cas. L'interprétation de l'art que vous faites est toujours la bonne.»

Alexandre Taillefer

Le MAC en chiffres

213 246 visiteurs en 2012-2013

132 employés, dont 60 réguliers (2012-2013)

7800 oeuvres 

5 % de la collection peut être exposée (avec les rotations d'oeuvres et les expositions itinérantes)

Budget annuel : environ 12 millions de dollars

***

Projet d'agrandissement du MAC

Le MAC veut accroître sa surface d'exposition, mais cet agrandissement se fera par un réaménagement interne.

« Il y aura peu d'agrandissement vers l'extérieur, indique Wanda Palma, porte-parole du MAC. Le musée sera agrandi vers l'extérieur de moins de 10 %, mais l'entrée deviendra plus visible, plus accessible. La boutique sera à l'intérieur du musée et pas dans un couloir à la Place des Arts. »

L'inauguration était initialement prévue pour 2017, mais la date demeure à préciser. « Notre dossier d'opportunité vient d'être transmis au gouvernement du Québec, au ministère de la Culture, et nous attendons le feu vert pour aller à la prochaine étape, soit la réalisation des plans. »

Budget : 44,6 millions




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