Des drones au service des municipalités

Johan Lassalle, fondateur de DroneXperts, a découvert un... (Photo Yan Doublet, Le Soleil)

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Johan Lassalle, fondateur de DroneXperts, a découvert un usage inattendu à ses drones: ils sont prisés par les arpenteurs qui les utilisent notamment pour évaluer la quantité de matière extraite d'une carrière.

Photo Yan Doublet, Le Soleil

André Dubuc
André Dubuc
La Presse

Il arrive qu'un entrepreneur invente un produit afin de combler un besoin mais finisse par faire de l'argent autrement.

Johan Lassalle, fondateur de DroneXperts, de Sainte-Marie, en Beauce, pensait révolutionner les plateaux de tournage de cinéma avec ses drones munis de caméras. À l'usage, il s'est aperçu que son invention dans le domaine de l'imagerie aérienne répondait à des besoins insoupçonnés, comme celui d'aider les municipalités à estimer le montant des redevances qu'elles perçoivent sur l'exploitation des carrières et sablières situées sur leur territoire.

«On s'est fait connaître au début pour avoir développé une nacelle gyrostabilisée capable d'embarquer des caméras professionnelles sur un drone», explique l'homme d'affaires de 28 ans, originaire de la Guyane française. La plateforme volante offrait une stabilité d'image rarement vue à l'époque avec des drones.

«À notre grande surprise, les clients les plus intéressés par notre stabilisation, c'étaient les arpenteurs parce qu'ils ont des besoins en imagerie avec des contraintes extrêmes en termes de précision pour pouvoir être capables d'exploiter les images avec les logiciels existants», poursuit-il.

Arriver à un tel niveau de précision ne s'est pas fait en criant «Silence, on tourne».

«Ça a pris pas loin de quatre mois de travaux intensifs de R-D uniquement dédiés à ce système, dit M. Lassalle, un ancien militaire agissant comme chaudronnier-soudeur-scaphandrier. J'avais des passionnés qui venaient m'aider, chacun spécialisé dans son domaine: un en électronique, un en programmation et un en émission-réception.»

Depuis 2009, les municipalités prélèvent des redevances - de 0,54$ la tonne métrique en 2014 - auprès des exploitants de carrières et des sablières. L'argent, qui peut atteindre des centaines de milliers de dollars par an par municipalité, est destiné à un fonds réservé à la réfection et à l'entretien de voies publiques.

Les exploitants fournissent des rapports sur les quantités extraites chaque année, mais les municipalités ont le devoir de mettre en place un mécanisme de validation de l'information.

Les arpenteurs se servent des appareils téléguidés dans leur tâche de certifier les calculs de volume de ressources prélevées dans les carrières et sablières. D'ailleurs, une firme d'arpentage de Québec, DLT, a vu tout le potentiel des drones et est entrée dans le capital-actions de DroneXperts en 2014.

«On est allés au salon des affaires municipales en septembre, on a eu une très belle réception. Les intervenants municipaux nous ont sauté dessus!», dit Alexandre Tremblay, directeur des opérations chez DLT et responsable du développement du drone. La firme travaille notamment avec la Ville de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier, pour laquelle elle a passé trois carrières au drone.

Auparavant, les arpenteurs devaient se rendre sur place pour prendre manuellement des positions avec un GPS et autres instruments, et faire ensuite des moyennes à partir des données recueillies.

«Au lieu de ressortir après une semaine sur le terrain avec des milliers de points et faire des moyennes à partir de là, nous, au bout de 20 minutes de vol par un drone, on sort 600 millions de points. L'exécution est extrêmement rapide», insiste M. Lassalle, un pilote qui a déjà volé pour la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU).

En faisant le relevé de la carrière en début puis en fin d'année, une municipalité obtient une bonne estimation de la quantité extraite pour ensuite la comparer avec les chiffres divulgués par l'exploitant de la carrière.

Une première boutique de drones

Jusqu'à tout récemment, DroneXperts tirait de revenus de contrats de location de services, mais elle vient d'ouvrir une boutique de vente de drones au détail, rue Frank-Carrel à Québec, où l'entreprise vend des appareils téléguidés au grand public. Le Soleil a consacré un article le 6 décembre dernier à l'ouverture de ce magasin hors de l'ordinaire.

À la boutique, les drones se vendent à des prix allant de 600 à 7000$. À titre comparatif, les drones sur mesure conçus et fabriqués par les 8 employés de la PME beauceronne se détaillent, eux, de 20 000 à 160 000$. Pour ce qui est de la location d'un drone avec opérateur, le coût revient à moins de 400$ l'heure.

Après avoir développé sa nacelle gyrostabilisée, l'entreprise fondée en 2011 s'est fait une spécialité de concevoir et fabriquer sur mesure des systèmes installés sur des drones pour des applications industrielles spécifiques.

D'après Johan Lassalle, le nombre d'utilisations de drones à des fins industrielles va exploser dans les prochaines années. Et ce n'est pas du cinéma, assure-t-il.

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DRONEXPERTS

Qui: Johan Lassalle, président-fondateur, Jonathan Champagne, vice-président et directeur administratif, et Marc-Olivier Bleau, chargé de projet

L'idée: Concevoir des drones suffisamment puissants pour lever des caméras professionnelles tout en assurant la stabilisation d'image recherchée.

L'ambition: Faire fonctionner à distance sur un drone tout instrument pouvant servir au travail.

Ils y croient et y ont investi de l'argent: Les trois associés et un groupe de cinq investisseurs parmi lesquels figurent les arpenteurs de DLT.




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