Les pétrolières tombent en vrille

L'OPEP, qui pompe plus du tiers du brut... (PHOTO MARK RALSTON, ARCHIVES AFP)

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L'OPEP, qui pompe plus du tiers du brut mondial, continue à sacrifier ses prix pour défendre ses parts de marché face à la production des autres pays producteurs, en particulier la Russie et les États-Unis.

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Paul Durivage
La Presse

Les sociétés pétrolières, qui traversent leur pire crise en 30 ans, ont été durement éprouvées sur les places boursières nord-américaines, hier, alors que le prix du pétrole a fracassé la barre fatidique des 40$US le baril, pour se retrouver à son plus bas niveau en sept ans.

Le West Texas Intermediate a chuté de 5,8%, à 37,65$US le baril, son plus bas niveau depuis février 2009. Même chose pour le Brent du Nord, la référence européenne, qui cotait à moins de 41$US à Londres, comparativement à 66,09$US un an plus tôt.

Cela arrive après que l'Organisation des pays exportateurs de pétrole a douché tout espoir de baisse de sa production, vendredi, en renonçant à la plafonner, au moins jusqu'en juin 2016. Le cartel, qui pompe plus du tiers du brut mondial, continue donc à sacrifier ses prix pour défendre ses parts de marché face à la production des autres pays producteurs, en particulier la Russie et les États-Unis.

Au Canada, cinquième producteur mondial, les actions des sociétés pétrolières et gazières ont subi le contrecoup de la chute des prix de l'or noir en dévissant de 5,9%, dans la foulée. Elles ont perdu plus du quart de leur valeur depuis le début de l'année, tirant vers le bas l'indice général S&P/TSX, composé en bonne partie de titres de ressources.

Les entreprises canadiennes du secteur de l'énergie ont essuyé des pertes d'exploitation de 2,4 milliards de dollars depuis le début de l'année 2015, relève le service des études économiques du Mouvement Desjardins qui prévoit que les prix du pétrole pourraient se maintenir à des niveaux très bas encore plusieurs trimestres. D'autres baisses auraient d'importantes conséquences pour les politiques monétaire et fiscale au pays, note l'économiste en chef François Dupuis.

Pétro-Québec

La chute boursière a été plus marquée encore pour les sociétés pétrolières québécoises en devenir. Junex et Pétrolia, actives notamment dans l'île d'Anticosti et en Gaspésie, ont toutes deux abandonné 13% à la Bourse de croissance TSX, hier, après que le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, s'est vigoureusement dissocié du projet d'exploitation des hydrocarbures dans l'île d'Anticosti, le week-end dernier.

«S'il vous plaît, arrêtez de dire que je suis le promoteur d'Anticosti, cela fait plusieurs fois que je dis que ce n'est pas mon projet, je suis tanné», a-t-il lancé, sur un ton irrité, en conférence de presse à la Conférence sur les changements climatiques à Paris, samedi.

Le premier ministre a néanmoins ajouté que le gouvernement était lié par des contrats et s'exposait à des pénalités s'il ne respectait pas ses obligations dans les démarches des entreprises déjà en cours, ce qui a tout de même rassuré le président de Pétrolia, Alexandre Gagnon.

Aux États-Unis

La faiblesse des prix du brut affecte aussi le marché boursier américain, qui a abandonné hier le tiers des énormes gains de vendredi. Le secteur de l'énergie est jugé bien plus important que son poids d'environ 6% dans l'indice général S&P 500, notamment en raison des investissements dans les infrastructures.

Le prix du baril a baissé de plus de 60% en 18 mois. Le relèvement des taux d'intérêt américains attendu la semaine prochaine pourrait l'enfoncer davantage en faisant grimper le billet vert, inversement corrélé, estiment les experts.

LA RECOMMANDATION

Audacieuse, la firme américaine JP Morgan recommande maintenant de surpondérer dans la composition des portefeuilles boursiers le secteur de l'énergie, «boudé par les vendeurs à découvert». Le stratège Dubravko Lakos-Bujas, qui prévoit par ailleurs beaucoup de volatilité sur le marché des actions, croit que la contraction de la production américaine pourrait rétablir l'équilibre et raffermir les prix du brut dès l'an prochain, alors que la demande ne cesse de croître.




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