Achat de Talisman par Repsol: un prix de consolation

La supertransaction de 13 milliards US (incluant la... (Photo Reuters)

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La supertransaction de 13 milliards US (incluant la dette) conclue hier soulève peu d'enthousiasme. L'action de Repsol n'a guère bronché sur le marché européen. Il n'y a même pas eu les traditionnelles congratulations lors de la conférence téléphonique avec les analystes, a fait remarquer un participant. Sur la photo, Antonio Brufau, PDG de Repsol.

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Paul Durivage
La Presse

Le repêchage de Talisman Energy (T.TLM) par la société espagnole Repsol a relancé hier l'intérêt pour les titres pétroliers échoués en Bourse. Mais l'offre publique d'achat (OPA) n'est qu'une mince consolation pour les actionnaires de la cinquième pétrolière indépendante au Canada.

Talisman a bondi de 48% à la Bourse de Toronto hier, après deux séances de hausses marquées suscitées par les premiers échos de l'OPA. Le secteur canadien de l'énergie s'en est trouvé généralement ragaillardi et a progressé en moyenne de 4% durant la séance. Les chasseurs d'aubaines couraient notamment après Husky Energy (+6%), contrôlée par le milliardaire Li Ka-Shing de Hong Kong.

Pourtant, à 8,84$, l'action de Talisman retrouve tout juste son niveau de début octobre. Elle valait plus de 13$ pièce en début d'année. En 2011, le cours de l'ancienne filiale canadienne de BP devenue indépendante en 1992 était même monté jusqu'à 25$.

Les analystes doutent d'une surenchère qui pourrait ajouter quelques dollars au prix de consolation offert aux investisseurs canadiens par le champion espagnol de l'énergie. L'offre sur la table est déjà «plus élevée qu'anticipé par le marché», selon Biraj Borkhataria, analyste chez RBC Marché des Capitaux.

«C'est la meilleure option pour les actionnaires, surtout sans président-directeur général en vue, avec l'accroissement de l'endettement et dans un environnement de bas prix pour la ressource», commente Justin Bouchard, de Desjardins Marchés des capitaux.

Même l'opportuniste investisseur Carl Icahn sort perdant avec cette offre. En 2013, le milliardaire new-yorkais avait pris une participation dans le capital de Talisman pour promouvoir sa vente. Et fin 2013, GDF Suez avait soumis une offre d'achat deux fois plus généreuse que celle de Repsol. Le groupe français s'était alors fait éconduire. Les dirigeants de la pétrolière canadienne sont devenus moins gourmands avec la chute des cours du pétrole.

Peu d'enthousiasme

La supertransaction de 13 milliards US (incluant la dette) conclue hier soulève peu d'enthousiasme. L'action de Repsol n'a guère bronché sur le marché européen. Il n'y a même pas eu les traditionnelles congratulations lors de la conférence téléphonique avec les analystes, a fait remarquer un participant.

«Pour ce prix, Repsol obtient une entreprise avec un flux d'encaisse négatif, des activités problématiques et d'une valeur douteuse en mer du Nord, mais aussi ce qu'elle considère comme des éléments d'actif attrayants au Canada, en Amérique latine et en Asie du Sud-Est», commentent les analystes de Barclays. Selon eux, Repsol aurait mieux fait d'attendre que le marché soit encore plus mal en point avant de faire une acquisition.

Les pétrolières canadiennes ont perdu plus de 40% de leur valeur depuis leur pic de juin.

Plusieurs d'entre elles, même avec des cotes de crédit de qualité, se transigent maintenant en deçà de leur valeur comptable et à des multiples des bénéfices courus nettement inférieurs à la moyenne du marché (voir tableau ci-dessus).

L'analyste Chris Cox, de Raymond James, qui avait déjà Talisman à l'oeil, croit que des sociétés pétrolières très endettées comme Penn West et Lightstream Resources pourraient à leur tour devoir chercher des «options stratégiques», ce qui revient souvent à se mettre en vente.

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LA RECOMMANDATION

Malgré le recul des cours, l'analyste Randy Ollenberger, de BMO Marchés des capitaux, recommande aux investisseurs de demeurer en retrait du secteur pétrolier encore six bons mois avant que le portrait global s'éclaircisse. Selon lui, les grands producteurs bien capitalisés, surtout ceux avec des activités en aval (distribution), sont les mieux positionnés pour un rebond. S'il conseille d'éviter les sociétés très endettées dont le dividende repose sur des emprunts, il rappelle qu'elles seront les premières reconsidérées quand les prix du pétrole augmenteront.

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DES PÉTROLIÈRES DE QUALITÉ EN SOLDE

Cote S&P Ratio cours bénéfices / Ratio cours valeur comptable

Imperial Oil AAA/ 11,3/ 1,8

Suncor A- /11,2/ 1,1

Canadian Natural Resources BBB+/ 11,1/ 1,3

Husky Energy BBB+/ 11,7/ 1,1

Cenovus Energy BBB /12,0/ 1,4

Encana BBB/ 9,1/ 1,0

Canadian Oil Sands BBB/ 6,2/ 0,9

Talisman Energy BBB-/ s.o./ 0,9

Source : Bloomberg




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